Les Mauriciens ne sont pas bien informés sur la foi de l’autre et les connaissances que nombre d’entre eux disent détenir au sujet des religions autres que la leur sont « superficielles ». C’est ce qui ressort d’une étude intitulée Inter-faith dialogue in Mauritius – a myth or reality ? et dont les conclusions ont été présentées en mai. Selon l’auteure de cette enquête, Allia Syed Hossen-Gooljar, qui vient de terminer un cours de deux ans en Peace and Inter-faith Studies à l’Université de Maurice, il importe d’organiser des rencontres interreligieuses structurées en vue de mieux faire connaître les différentes religions dans le pays et d’éviter par là même des tensions et malentendus comme cela a été le cas dernièrement sur Facebook.
Menée auprès de membres d’ONG à travers l’île, l’étude se donnait pour but d’évaluer le degré de connaissances des Mauriciens sur les religions de leurs compatriotes. Pour Allia Syed Hossen-Gooljar, qui est aussi la directrice du Cercle des Dames Mourides (CDM), dans le sillage des commentaires à portée raciste récemment postés sur Facebook, « il est important pour chacun d’entre nous de réfléchir sur le besoin de promouvoir un vrai dialogue interreligieux dans le pays ».
Les personnes interrogées comprenaient 48 % d’hindous, 14 % de musulmans, 30 % de chrétiens, 3 % de bouddhistes et 5 % qui ne se revendiquaient d’aucune religion. Sondés sur le nombre de religions qu’ils connaissaient, 88 % ont indiqué connaître une religion autre que la leur. 15 % disent connaître au moins une religion autre que la leur, 38 % connaissent deux autres, 25 % trois autres, 10 % quatre autres alors que 12 % n’étaient familiers à aucune religion autre que la leur. L’enquête souligne que s’agissant des 88 % qui disent être familiers avec au moins une religion autre que la leur, des questions plus approfondies ont permis de découvrir qu’en réalité, leurs connaissances sont superficielles.
De manière hasardeuse
L’étude montre que « les gens font un effort pour se familiariser avec les autres religions. Toutefois, étant donné qu’il n’y a pas de programme structuré sur des thèmes y relatifs, ils apprennent de manière hasardeuse, avec pour résultat qu’ils n’ont pas de connaissances approfondies ». En effet, des 88 % des sondés qui disent être familiers avec au moins une autre religion, 74 % interagissent avec les autres religions à travers leurs voisins et amis. 45 % s’en enquièrent dans les livres. 19 % ont appris à connaître une autre religion en fréquentant un établissement scolaire confessionnel et 25 % s’en informent par le biais des médias.
Au chapitre des connaissances à propos des diverses écoles de pensée au sein des diverses religions, la majorité des participants ont déclaré être au courant des différences et similarités. Mais, une fois encore, des questions plus élaborées ont permis de constater qu’ils sont « often confused on the nature of the schools of thoughts ».
En guise d’exemples d’écoles de pensée au sein de l’hindouisme, certains ont ainsi cité le “karma”, le système de castes ou des groupes spirituels tels Sai Baba… D’autres pensent qu’il existe un système de castes dans l’Islam et ont donné des noms de groupes provenant de régions spécifiques de l’Inde comme écoles de pensée au sein de l’Islam. Des groupes religieux tels que Hizbullah, Ahmadiyya et Soufi ont également été cités en guise d’exemples d’écoles de pensée au sein de l’Islam. S’agissant de la foi chrétienne, les participants semblaient, selon l’étude, mieux connaître les différentes écoles de pensée alors qu’ils n’en connaissaient point pour ce qui est du bouddhisme.
Au regard des fêtes religieuses célébrées dans l’île, certaines étaient très connues des participants et d’autres bien moins. S’agissant de Divali, tous les participants non-hindous ont, à des degrés divers, affiché une certaine connaissance. Par contre, « des interrogations plus profondes ont révélé qu’ils ne connaissent que la signification externe de la fête. Ils retiennent du Divali le partage de gâteaux et les lumières. Ils ne connaissent pas les valeurs derrière la célébration ».
Quant aux participants non-hindous qui ont déclaré connaître la fête Holi, ils ont indiqué recueillir les informations à travers les médias et ont en tête l’image de personnes s’aspergeant de couleurs. Ougadi n’est également pas une fête très connue des participants non-hindous. Maha Shivaratree étant une célébration qui fait l’objet de nombre de reportages dans les journaux comme à la télé, les non-hindous sondés étaient au courant des significations rattachées à la fête. Thaipoosam Cavadee étant aussi médiatisée, les participants non-hindous y étaient familiers. Quant à la fête Ganesh Chaturthi, 16 % des non-hindous ont dit y être très familiers et 34 % ignorent tout de la célébration.
Sens profond de la fête
Du côté des fêtes chrétiennes, Noël étant célébrée au niveau national, tous les participants non-chrétiens connaissaient la fête. Toutefois, c’est avant tout le Père Noël qu’ils retiennent et pour nombre d’entre eux, indépendamment des religions, ce sont les achats durant cette période qui priment. La plupart n’accordent pas d’importance à l’aspect religieux. Les non-chrétiens interrogés connaissent également Pâques dans la mesure où la célébration marque la fin du carême chrétien. S’agissant de l’Assomption, 18 % seulement des non-chrétiens sondés connaissent très bien la fête, 59 % assez bien, 13 % n’en ont pas de bonnes connaissances et 10 % ne détiennent aucune notion sur cette célébration.
En ce qui concerne les fêtes musulmanes, une majorité des non-musulmans interrogés disent connaître la fête Eid-Ul-Fitr étant donné que comme pour Pâques, celle-ci marque la fin du jeûne observé par les fidèles. Par contre, ils ne sont pas nombreux à connaître la fête Eid-Ul-Adha.
Si les non-bouddhistes sondés connaissent le Nouvel an chinois, ils ne connaissent par contre pas le sens profond de la fête. Là encore, ils en retiennent surtout le partage de gâteaux.
Comment les participants se sont-ils familiarisés aux diverses fêtes autres que la leur ? 67 % des sondés l’ont été à travers des amis, 19 % ont fait des recherches à travers Internet, 45 % se sont informés à travers les médias et 11 % ont cité d’autres sources d’information. Mais, « although they hold that they know about these festivals, they do not know about the real meaning behind these festivals ».
Rites et rituels
Au regard des différents rites et rituels pratiqués au sein des diverses religions, seuls 4 % des sondés ont déclaré être très au courant des significations qui y sont rattachées. 52 % ont indiqué en être un peu au courant alors que 44 % ignorent tout des rites et rituels.
Êtes-vous au courant que certaines personnes de certaines religions ne peuvent consommer certains types d’aliments ? À cette question, 89 % des participants ont répondu par l’affirmative et 11 % par la négative. Toutefois, note l’étude, « dans la plupart des cas, les sondés ne pouvaient donner d’exemple. Il semblerait que pour l’Islam, la plupart des gens savent que les musulmans ne mangent pas de porc et consomment seulement des aliments halal. Mais, pour d’autres religions, les participants n’ont pu donner d’exemple dans la plupart des cas ».
Et, quant à la question de connaître à quel point ils sont à l’aise avec les personnes pratiquant une autre religion que la leur, 79 % des sondés ont répondu se sentir très à l’aise et 21 % sont plus ou moins à l’aise.
S’agissant des lieux où ils rencontrent des personnes de religions diverses, 82 % des participants n’ont parlé que de leur lieu de travail, 75 % ont cité des événements sociaux tels le mariage et les funérailles et 27 % ont parlé d’amis proches et de voisins qu’ils rencontrent régulièrement.
L’étude révèle également que si la majorité des personnes sondées ont des collègues de diverses croyances, leurs interactions avec ces derniers sont très limitées. « Il n’y a ainsi pas de grande opportunité de comprendre les autres croyances. En revanche, il est intéressant de noter que quand ils sont invités à un mariage ou des funérailles, les gens se font un devoir d’assister aux cérémonies des religions autres que la leur. » L’enquête note par ailleurs qu’il y a beaucoup d’ignorance et de manque de compréhension des autres religions, ce qui a souvent pour résultats des « sweeping statements being made thus giving rise to unnecessary tensions ».
L’étude a d’autre part montré qu’une majorité des participants jugent qu’il y a lieu de disséminer davantage d’informations au sujet des religions autres que la leur.