Le 4e dialogue politique entre l’UE et Maurice, qui s’est ouvert lundi, a abordé le volet régional aujourd’hui avec une session de travail entre la délégation de l’Union européenne (UE), dirigée par l’ambassadrice Marjaana Sall, chef de la délégation européenne à Maurice, et la Commission de l’océan Indien. À l’ouverture de la réunion ce matin, le secrétaire général de la COI, Jean-Claude de l’Estrac, a souligné la « special relationship » qui prévaut entre l’UE et la COI. « La préservation des intérêts européens dans l’océan Indien passe aussi par une COI forte et respectée » a-t-il fait comprendre. Marjaana Sall a, de son côté, évoqué les 30 ans de coopération, décrite comme « exemplaire », entre l’UE et la COI. La délégation européenne devait rencontrer le Premier ministre en fin de matinée avant de visiter le chantier naval de l’océan Indien dans l’après-midi.
Comme devait le souligner Jean-Claude de l’Estrac, pas moins de 227 millions d’euros de projets ont été financés par l’UE depuis 1985. Il a toutefois regretté que la coopération régionale soit « plus souvent soutenue dans les faits par l’UE que par les États membres de la COI ». Parmi les projets réalisés avec le soutien de l’UE, il a cité la gestion et la surveillance des pêches, les actions en faveur de la stabilité politique et la sécurité maritime, les chantiers de connectivité et les nombreux projets liés à la protection de l’environnement, à la promotion des énergies renouvelables ou encore la sécurité alimentaire. ll a par conséquent remercié les États membres de l’UE, et surtout la France, qui suit avec un intérêt particulier l’évolution de l’océan Indien et qui apporte un soutien à l’organisation régionale à travers l’Agence française de développement.
Il a souhaité que les États membres de la COI s’impliquent davantage « humainement, financièrement et matériellement » aux projets de l’organisation et à leur pérennisation. Jean-Claude de l’Estrac a également insisté sur les intérêts partagés de l’UE et des pays de la région de l’océan Indien. A titre d’exemple, 30% du thon écoulé sur le marché européen provient en effet de la région et sont pêchés par les flottes française et espagnole alors que 75% des exportations de l’Europe transitent par l’océan Indien. « Les projets de la COI concernant la sécurité maritime servent également les intérêts européens », souligne-t-il. Il a présenté l’après-Cotonou (cet accord, qui lie l’UE aux pays ACP, arrive à terme en 2020, Ndlr) comme « un défi à relever » dans les relations avec l’UE. « J’ai témoigné de certaines remarques dans les couloirs européens remettant en cause l’aide à Maurice et aux Seychelles, dont les revenus par tête d’habitant sont parfois équivalents à ceux de certains pays européens », a-t-il fait remarquer. « Dans ce contexte, la COI se doit d’assurer, aux côtés de l’UE, la prise en compte des intérêts et des problématiques spécifiques des États insulaires en développement, notamment sur la base des conclusions de la Conférence de Samoa et de la COP21. Il a d’autre part déploré « la lenteur administrative » au niveau de l’UE en vue de l’approbation des projets et a souhaité « un transfert effectif du savoir-faire » aux cabinets et consultants de la région. Il a finalement estimé que « c’est ensemble, et sur un même pied d’égalité, qu’il faudra, dans les quatre ans à venir, construire un nouveau pacte de confiance pour le développement de l’indianocéanie ».
Pour sa part, Marjaana Sall a affirmé que l’UE adhère à la vision de la COI de la coopération régionale de proximité, démocratique et solidaire de l’océan Indien. Elle a souligné l’aide européenne accordée à l’économie bleue et verte ainsi que le soutien européen à la volonté de la COI de contribuer à la stabilité politique dans la région de même que l’importance de la lutte contre la piraterie et « les nouvelles menaces qui guettent la région » de l’océan Indien. Elle a souhaité que l’accord de partenariat économique UE-ACP « progresse dans les consultations » et « réponde aux aspirations de tous ».