À l’initiative de l’organisation pour l’initiative de la diaspora indienne, dont la présidente est Ranjita Bunwaree, une conférence sur la diaspora indienne a été organisée la semaine dernière. Elle a été inaugurée par le vice-président de la République, Barlen Pillay Vyapoory. Il a, à cette occasion, souligné l’importante contribution des musulmans au développement et au progrès de l’île Maurice.
Cader Kalla a axé son intervention sur la contribution des marchands musulmans à Maurice. Il a rappelé que la majeure partie des marchands musulmans provenaient de Surat, du Gujrat et de Cutch entre autres. À la suite de l’arrivée des travailleurs sous contrat, dit-il, il était important de les nourrir avec des aliments qu’ils connaissaient. C’est ainsi que les Cutchee Meimons étaient engagés dans l’importation et la vente au détail de riz, de lentilles, de légumes secs et de poisson sec. Les marchands Surtee, eux, étaient spécialisés dans l’importation et la commercialisation de produits textiles.
Pour sa part, Anwar Dusmohamed de l’Urdu Speaking Union a parlé de la langue et de la littérature ourdou à l’île Maurice. Nasim Goumany a parlé de la contribution du Dr Idrice Goumany à la santé des immigrants indiens, en particulier les travailleurs embauchés touchés par la variole. Tous les médecins de cette époque avaient refusé de guérir les patients de peur d’être infectés par la maladie. Le Dr Idrice Goumany s’est porté volontaire pour prendre en charge la quarantaine de Pointe-aux-Canonniers. Il est mort en faisant son devoir en guérissant les patients.
Pour Assad Buglah, l’initiative de l’Organisation indienne de la diaspora d’organiser une conférence centrée sur la diaspora musulmane est très louable dans la mesure où cette diaspora constitue l’un des piliers intégraux de la nation mauricienne.
De plus, il a constaté que la couverture géographique de la diaspora indienne est très large. « Beaucoup de gens ont tendance à la limiter aux personnes originaires de l’Inde actuelle. Or nos ancêtres sont arrivés à Maurice bien avant la partition entre l’Inde et le Pakistan et viennent de différentes parties de l’Inde et au-delà dont Rangoon, Peshawar, Sind, Lahore et Chittagong, pour ne mentionner que ces quelques endroits », a-t-il observé.
C’est sous le règne de Mahé de La Bourdonnais (1735-1747) qu’un établissement musulman efficace a commencé dans l’île. Mahé voulait construire un nouveau port à Port-Louis. Il a apporté des centaines de lascars à l’île Maurice. Ces derniers se sont installés dans la banlieue est de Port-Louis, connue sous le nom de Camp des Lascars à Plaine-Verte. Les lascars, qui étaient musulmans, ont pratiqué non sans difficulté leur religion et leur culture. La loi française ne reconnaissait aucune religion autre que le catholicisme. Beaucoup de lascars ont dû adopter un prénom chrétien afin de se conformer à la directive française. Ils ont pratiqué leur religion dans la clandestinité.
Assad Buglah a également évoqué la visite à Maurice de Tipu Sultan en 1798. Tipu Sultan menait une guerre décisive avec les Britanniques qui se développaient dans le sud de l’Inde et qui menaçaient son sultanat. Les envoyés de Tipu Sultan ont passé environ trois mois sur l’île, en attendant que les vents de la mousson changent de direction avant que leurs navires ne puissent retourner en Inde.
L’entente qui existait entre Tipu et le gouverneur français réconforta les lascars en pratiquant ouvertement leur religion. Après le départ des envoyés de Tipu Sultan, une pétition avait été envoyée en décembre 1798 au gouverneur pour demander la permission de construire un lieu de prière. Leur demande a été refusée. En 1802, ils ont renouvelé leur pétition. Leur demande a été à nouveau refusée. Ils n’ont jamais perdu courage. En 1805, ils ont réitéré leur demande. Cette fois, elle a été acceptée. Le gouverneur français a accordé un terrain à « loscars propriétaires » dans le but de construire une « pagode » (mosquée). La vieille famille de lascars, les Goolamy, a joué un rôle essentiel dans l’établissement de cette première mosquée. « Il n’est pas surprenant que lorsque Sakina Bibi Goolamy est décédée à l’âge de 112 ans, les autorités françaises aient autorisé son enterrement dans le complexe de la mosquée », observe Assad Buglah.
Évoquant le Yamse (connu comme ghoon à Maurice), Assad Buglah estime que ce terme découle de Yaum e Ashura (10e jour de Muharram). Malgré les restrictions religieuses sur d’autres religions, Yamse était le seul événement non-chrétien toléré par le régime français. Le festival est rapidement devenu une plate-forme de solidarité parmi les travailleurs de toutes les confessions, musulmans et non-musulmans.
Assad Buglah souligne également que les musulmans étaient connectés aux ottomans. Ainsi le sultan, qui était le calife du monde musulman, avait son mot à dire lors de la nomination des imams. Selon un document officiel, la nomination de Gassy Sobdar a été approuvée par le dirigeant ottoman en 1859. L’un des imams avait écrit au sultan, lui demandant de fournir un costume ottoman traditionnel afin qu’il puisse assister à des fonctions officielles organisées par le gouvernement colonial. Il souligne également que les familles musulmanes ont investi massivement dans la poursuite de l’éducation. Ils ont travaillé dur pour financer l’éducation à l’étranger de leurs enfants.