Selon toute logique, Rodrigues devrait constituer une vraie couleur dans l’arc-en-ciel républicain de cet État qui aurait dû être connu sous la dénomination de “The Republic of Mauritius and Rodrigues”. Mais force est de constater que, par la méchanceté des hommes, le peuple rodriguais prend de plus en plus ses distances des valeurs et réalités républicaines. Et pour cause. Les attitudes paternalistes de Port-Louis par rapport à Rodrigues et les intentions à peine voilées des principaux dirigeants politiques mauriciens d’empêcher l’avancement de l’homme rodriguais et de le garder dans un statut d’assistanat provoquent des réactions qui pourraient être interprétées comme de l’anti-mauricianisme par ceux qui ignorent le quotidien du Rodriguais.
Il est clair que depuis quelque temps, les Seigneurs de Port-Louis démontrent un certain mépris pour les Rodriguais visionnaires, tout en démontrant une admiration évidente pour ces Rodriguais qui se prosternent devant eux en tant que quantité négligeable, venus demander, supplier, mendier, quémander… Et cette façon d’exploiter l’ignorance et l’incompétence de quelqu’un, d’en prendre plaisir jusqu’à le récompenser, ne saurait être interprétée que comme une nouvelle colonisation de Rodrigues. Pourtant, l’île est légalement autonome depuis octobre 2002.
Châtiment.
Le quotidien que vit le Rodriguais, comparé à l’image qu’il voit de l’autre partie de la république aux infos, ne lui permet pas le luxe de se considérer citoyen à part entière de la République de Maurice.
Contrairement à ce que montre la MBC-TV, la population de Rodrigues ne se compose pas uniquement de trois commissaires, d’un ministre et d’un PPS. Il y a le petit peuple, celui-là même dont le quotidien n’est pas montré aux infos car cela fait honte à cette “nation arc-en-ciel” où l’on vit “en harmonie sociale comme enn sel lepep, enn sel nasion”. Des termes dont nos dirigeants politiques se gargarisent pour se donner l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et le faire croire au monde.
La société rodriguaise est aujourd’hui condamnée à vivre dans le pire des misères, en marge d’une république qui se flatte pourtant d’être une réussite économique. Mais est-ce une réussite que d’aller offrir des millions, puisés des deniers publics, à un “ami” qui veut s’offrir Aston Martin et Bugatti, alors même que toute une population moisit dans l’indifférence et le mépris de son gouvernement ?
Pour l’observateur averti, il est clair que le Rodriguais subit aujourd’hui le châtiment extrême d’un gouvernement aux méthodes communautaristes, juste pour avoir osé réclamer son autonomie, un statut qui est un droit moral, légal et légitime. Alors que de l’autre côté, on fait tout pour effacer l’histoire de Rodrigues par l’imposition d’une contre-histoire trop mal façonnée pour pouvoir embobiner le dernier des ignorants.
Fierté et identité.
Face aux interrogations des Rodriguais, Port-Louis répond toujours : “Vous êtes un peuple autonome. C’est vous qui devez décider !” Belles paroles, mais hélas, souvent prononcées par des personnes qui n’ont aucune notion de ce qu’est l’autonomie de Rodrigues. Ce qui a provoqué, ces dernières années, de multiples réactions d’acteurs sociaux et d’autres organisations non-gouvernementales. Et le plus grave, c’est l’éloignement du citoyen rodriguais des valeurs républicaines. Car bien souvent, on constate que, dès qu’il s’agit de bénéficier d’une faveur ou d’une facilité, le Rodriguais revendique ses droits comme citoyen de la république, alors que lorsqu’il s’agit de se mettre en règle avec un devoir, il dégaine ses spécificités et le droit de respect des différences.
Avec son accession au statut d’autonomie, le peuple rodriguais avait retrouvé sa fierté car il considérait que Port-Louis avait compris sa démarche pour la reconnaissance de son identité. Il commençait à dire sa fierté d’être Mauricien et d’appartenir à la République. Il considérait que des relations d’interdépendance, de confiance et de respect allaient rapprocher nos deux peuples et qu’il allait pouvoir apporter sa contribution à l’édification d’une vraie nation mauricienne.
Désillusion.
Or, aujourd’hui, Rodrigues vit dans la désillusion car elle avait considéré son accession à l’autonomie comme un signal que Port-Louis voulait travailler avec elle comme partenaire égal. Un peu comme le “Je vous ai compris” de De Gaulle aux Algériens en 1958.
Mais des événements très parlants allaient survenir pour dévoiler les vraies intentions des dirigeants politiques mauriciens.
– Alors que Rodrigues est autonome, Maurice décide de nommer l’aéroport de Plaine Corail d’après un politicien mauricien, alors que de nombreux Rodriguais méritaient cet honneur.
– Des politiciens, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires mauriciens viennent s’ingérer dans les affaires rodriguaises dans le seul but de pouvoir influencer le vote de l’électorat et mettre au pouvoir des hommes qu’ils peuvent manipuler à leur guise.
– Le “riz ration” et la farine, denrées de base du petit peuple, sont vendus plus chers à Rodrigues qu’à Maurice. Maurice refuse d’aider Rodrigues et préfère subventionner Aston Martin et Bugatti à un homme d’affaires du pouvoir mauricien plutôt que de soulager les souffrances de 40,000 personnes par une petite subvention. Soulignons que le Rodriguais paie le sucre Rs 20 le demi-kilo. Tout cela fait que de nombreux enfants n’arrivent pas à manger à leur faim. Sans compter la dernière majoration du fret par 30% sur les marchandises arrivant à Rodrigues. Beaucoup d’enfants doivent aller à l’école même s’ils sont malades afin de pouvoir bénéficier de ce pain offert sous le School Feeding Project, pain qui arrive souvent à l’école à 14h30 alors que l’heure du déjeuner est à 11h40.
– Un ministre, ancien chauffeur de taxi, décide que c’est lui et non le peuple rodriguais qui doit décider du statut de Port Mathurin. Il utilise des promesses pour séduire les travailleurs sociaux de Rodrigues à sa cause.
Aucune consultation.
– Alors que Rodrigues vit dans la paupérisation, la clochardisation sociale, l’éclatement des familles (beaucoup de chefs de famille ont dû quitter les leurs pour aller travailler à Maurice où plusieurs ont été victimes d’assassinats), la pauvreté absolue, le gaspillage des fonds publics, la montée de la fraude et de la corruption, la dégradation des valeurs sociales et familiales (aujourd’hui, le nombre de grossesses chez les collégiennes, filles-mères et autres mineures dépasse de loin celui des femmes vivant en couple), nos dirigeants politiques s’offrent châteaux, voitures de marque, voyages avec maîtresses et autres copines, beuveries et partouzes au vu et au su du petit peuple. Des Rodriguais font appel à Port-Louis pour jeter un regard sur ce qui se passe et y mettre un frein, mais des politiciens de Maurice viennent encourager, féliciter, et même récompenser ces personnes. Qui se ressemble, s’assemble ?
– Dans sa politique communautariste, Port-Louis décide sur un coup de tête d’introduire le créole à l’école comme sujet à part entière, et non comme médium d’enseignement, comme Rodrigues l’a toujours souhaité. Aucune consultation n’est envisagée avec les Rodriguais sur un sujet qui touche à l’identité même de ce peuple. Pourtant, Rodrigues est différente de Maurice. Et sur ce point, elle peut constituer une chance pour la République si Port-Louis comprend ce que peut représenter cette île que les chercheurs européens surnomment “le petit conservatoire des Mascareignes”.
Abus et manquements.
– Dans la même foulée, Maurice veut que contrairement à ce que souhaite Rodrigues, comme démontré depuis la création du Rodrigues Council of Social Services (RCSS) en 1971, le gouvernement ait le contrôle absolu sur toutes les ONG pour mieux manipuler les acteurs sociaux et influencer l’orientation que veulent donner les Rodriguais à leur pays.
– Depuis quelque temps, Port-Louis a décidé de nommer un ministre de Rodrigues afin d’outrepasser les prérogatives et pouvoirs de l’Assemblée Régionale de Rodrigues et influencer le Conseil Exécutif de l’île.
– Plus d’une centaine d’organisations sociales sont intervenues pour solliciter une intervention des autorités compétentes afin de contrôler les abus et autres manquements, mais tout semble indiquer que Maurice reste sourd aux problèmes rodriguais et, pire encore, c’est Port-Louis qui aurait décidé qu’il en soit ainsi.
– Il n’y a plus aucune confiance dans les institutions depuis que le quartier général de la police à Port Mathurin a été cambriolé et des pièces à convictions emportées, comprenant de la drogue, de l’argent et des boissons alcoolisées. Il faut souligner que, quelques jours plus tard, le feu a détruit une somme importante de données lorsqu’un incendie a éclaté dans la… cuisine du même quartier général de la police.
– Tous ces éléments (parmi tant d’autres) font que certains essayent encore de se battre pour changer le cours des choses. Alors que d’autres, plus radicaux, ont entamé un débat sur l’indépendance de Rodrigues, ou tout simplement la sécession de l’île, car Maurice est devenu un vrai obstacle à l’avancement de Rodrigues.