Le tout exprimé à grands coups d’énergie, de gestes spontanés, d’où ce sentiment d’imprévisibilité qui découle de ses toiles. Disons-le d’emblée, Didier Wong a une admiration pour l’enfant terrible de la peinture néo-expressionniste des années 1980, Jean-Michel Basquiat. Ce dernier intéresse Didier Wong dans le processus de mise en relation. On trouve les mots, phrases, graffitis, qui chez Basquiat sont liés à la ville et à la rue. La comparaison s’arrête là. Parce que Didier Wong est un artiste singulier dans l’histoire de l’art à Maurice. Sa première exposition à Maurice, qui se tiendra jusqu’au 28 juillet 2012 à la Galerie Imaaya, à Pointe-aux-Canonniers, nous fera découvrir les facettes de sa personnalité à la fois réservée et rayonnante. Didier Wong peint sur du papier, de la toile avec du crayon gras et de l’acrylique d’une main assurée et élégante, avec rapidité et spontanéité. Pour lui, peindre ça se fait avec l’autre. 
« La peinture ça se fait avec l’autre » est d’ailleurs le sujet de sa thèse soutenue en Arts et sciences de l’art, en 2009. Un aspect révélateur de la peinture de Didier Wong est la mise en contact de plusieurs cultures, de plusieurs éléments distincts. La recherche doctorale de Wong l’a amené à s’intéresser au concept de créolisation, inventé par Edouard Glissant. Didier déclare :  » Ce sont les idées de « Relation » et « d’Imprévisible » qui m’ont amené à mener des recherches sur la pensée glissantienne. Quand il pose la question sur le  « devenir humain », je me suis posé la question du devenir de la peinture, voire de ma peinture. Une décennie de cela, on parlait de la mort de cette dernière. Or, nous constatons aujourd’hui un retour en force de la peinture sur le marché de l’art. Faire de la peinture avec l’autre ? Qu’est-ce que l’autre peut m’apporter et apporter à ma peinture ? » Autant d’interrogations qui nous amènent à la créolisation de la peinture. Cette forme de créolisation existe dans le sens où le peintre met en relation des motifs, des mots, des citations, des phrases dans des langues différentes sur la surface de la toile. Mais il y a aussi l’intervention de l’autre que le peintre ne connaît pas. Didier Wong ajoute sur les plans théoriques et stylistiques : « Il ne s’agit pas de raconter une histoire, pas de thèmes ou de sujets dans mes toiles. C’est simplement la juxtaposition, la superposition de motifs, de couleurs, de collage parfois et de mots qui amènent à susciter des questionnements et des réflexions sur ma peinture. »  Didier Wong navigue librement entre la ligne, la couleur, l’écriture, le particulier et l’universel. Il travaille sur un mode d’expression qui lui permet d’enrichir la surface et le contenu de son oeuvre : l’effacement. « Effacer par insatisfaction, effacer pour provoquer des accidents, effacer pour mieux révéler. »  Un motif biffé de manière intentionnelle peut faire surgir d’autres motifs du passé. La peinture de Didier Wong est toujours en mouvement. Ainsi, il intègre en toute liberté des références au Chikungunya, au patrimoine local, des références factuelles à la vie de son pays. Ses signes, ses mots et ses symboles émanent de sources nombreuses (Chazal, par exemple). Il y a aussi les références à l’Afrique et d’autres continents. Pour Didier Wong, la mise en relation est la clé du pouvoir et il laisse cette puissance se déchaîner dans ses peintures. Si l’on regarde de près l’ensemble des 20 peintures exposées, on s’aperçoit que l’approche désinvolte dominée par l’imprévisibilité n’est qu’illusoire. Les images de Didier Wong se fondent dans des pensées et des sujets empreints d’intelligence et de cohésion.