PADMA MOULIN-UTCHANAH

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles… »

Ce poème de Rimbaud me vient à l’esprit en regardant les tableaux de l’artiste-peintre Didier Wong Chi Man. Il présente une ode à la couleur qui invite le visiteur à déambuler entre les voyelles, là où se croisent les mots qui apprivoisent le monde qui nous entoure.

Didier Wong, à l’image de ses tableaux, est un personnage. Il n’en est pas à son premier évènement. Paris, Toulouse, Lille, Maurice, ces villes et pays ont accueilli les œuvres de l’artiste. Il a également exposé chez un amateur d’art ainsi qu’à la Galerie du CROUS (espace culturel universitaire). Ma rencontre avec cet artiste franco-mauricien s’est faite lors du vernissage qui s’est tenu le 13 février 2019 dans le 18e arrondissement de Paris. Dix tableaux, au titre évocateur, ornent les murs : Cactus ; Kiltir Réazir ; Posson Sounouk ; Africa, Asia, Europe ; Aret Kokin nu laplaz ; Chaos ; Guet mwa bien ; Kiltir ; Look dan trou ; Humanité.

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Didier Wong décrit sa peinture « comme une sorte de palimpseste, un travail de couches, d’effacements; effacer pour mieux révéler ». Il ajoute : « C’est une juxtaposition de motifs, de mots, de phrases, de langues, le tout se côtoyant pour produire ce qu’Édouard Glissant appelle la Créolisation ». Si ce Docteur en arts et sciences de l’art revendique clairement avoir été inspiré au départ par Jean-Michel Basquiat, il a su transformer cette influence artistique du Maître absolu en quelque chose de nouveau et d’imprévisible qui est l’esprit même de la créolisation. N’est-il pas vrai que bon nombre d’artistes et écrivains ont été portés dans leur création par un être admiré ? Jean de La Fontaine s’est lui-même inspiré d’Ésope, écrivain grec, et de Pilpay le sage, un fabuliste indien.

Si les thèmes abordés se dessinent au pluriel, mon choix s’est attardé davantage sur trois œuvres : Kiltir Réazir, Chaos et Humanité.

Kiltir Réazir est une sorte d’exaspération pour Didier Wong. Le questionnement en toutes lettres « KOT MO MIZÉ D’ART ??? » sur ce tableau s’insurge contre l’inexistence d’un musée dédié à la peinture à Maurice. Il fait de cette lutte son cheval de bataille. Dans ce même élan d’indignation, Chaos aborde les travers de la politique internationale. Une manière pour ce professeur d’Arts Appliqués de s’engager dans le politiquement incorrect par le biais de son pinceau affûté, l’arme de combat par excellence. Dans un monde de plus en plus individualiste, le tableau Humanité exhorte le visiteur à la réflexion. Les mots « empathie » et « solidarité » aiguisent nos pensées sur les fondements des valeurs du partage, comme l’esquisse d’un message qui va au-delà des frontières.

L’exposition de Didier Wong Chi Man, un peintre à la vibration artistique colorée, à voir ou à redécouvrir jusqu’à fin mars.

Chez Suzanne

64 rue Lamarck

75018 Paris

Du mardi au dimanche

08h-23h