Après presque une dizaine d’années de campagne systématique en vue d’obtenir confirmation par les Américains de connivence avec les Britanniques de la transformation de Diego  Garcia en base de torture de présumés terroristes d’Al Qaïda après le double attentat de New York le 11 septembre 2001, la vérité fait surface. Les dernières révélations de l’ancien Chief of Staff de Colin Powell, ex-secrétaire d’État américain, Lawrence Wilkerson, dans une interview avec Vice News en fin de semaine écoulée, viennent démentir toutes les « fausses garanties » données par Londres précédemment niant toute utilisation des facilités à la base américaine de Diego Garcia dans le cadre du Rendition Programme de lutte antiterroriste.
Jusqu’ici, le gouvernement britannique s’est fait fort de dire qu’à aucun moment Diego Garcia n’avait été utilisé pour torturer des prisonniers accusés de faire partie du réseau terroriste international sous les ordres de feu Ben Laden et cela « in defiance » des dispositions de la convention pour le respect des droits de l’homme.
Toutefois, les faits révélés par celui qui est présenté dans la presse britannique d’hier matin, soit The Guardian et The Independent, comme étant « a leading Bush-era official » sont considérés comme étant extrêmement explosifs au détriment de Londres. Sans l’ombre d’un doute, le principal lieutenant de l’ancien secrétaire américain, la cheville ouvrière de la lutte antiterroriste, Colin Powell, confirme ce que les organisations de droits de l’homme en Grande-Bretagne et ailleurs soupçonnaient. « The Indian Ocean atoll was used as a transit site where people were temporarily housed, let us say, and interrogated from time to time », fait comprendre ce responsible américain âgé de 70 ans aujourd’hui à la retraite.
« What I heard was more along the lines of using it as a transit location when perhaps other places were full or other places were deemed too dangerous or insecure, or unavailable at the moment. So you might have a case where you simply go in and use a facility at Diego Garcia for a month or two weeks or whatever and you do your nefarious activities there », a ajouté Lawrence Wilkerson, qui a servi au Département d’État sous Colin Powell de 2002 à 2005.
L’embarras des Britanniques est encore plus grand car cet ancien chef d’état-major américain soutient que cette transformation de Diego Garcia en tant que QG de la torture dans la lutte antiterroriste n’aurait pu se faire à l’insu et derrière le dos de Londres. Quand le gouvernement britannique avait été pris en flagrant délit de mensonges avec des premières preuves de la présence de détenus terroristes sur la base de Diego Garcia en 2002, il avait allégué qu’il n’avait pas été informé par les autorités américaines.
Jusqu’à tout récemment, le porte-parole du Foreign Office se contentait de rappeler que « the US government has assured us that, apart from the two cases in 2002, there have been no other instances in which US intelligence flights landed in the UK, our Overseas Territories, or the Crown Dependencies with a detainee ».
Réinstallation des descendants de Chagossiens
Poursuivant ses révélations et se basant sur son expérience sur la base militaire de Diego Garcia où il avait servi dans les années 1980, l’ancien bras droit de Colin Powell maintient que « Diego Garcia did not host a permanent CIA prison but was used as a back-up location to conduct interrogations and it was « difficult » to believe they could have taken place without the knowledge of the British authorities ». C’est ce que rapporte The Independent, qui ajoute que « it is the first time that a top Bush administration official has gone on the record to state that the British territory formed part of the chain of « black sites » from Poland to Afghanistan used by the CIA for interrogation and torture ».
Le quotidian britannique ajoute que « the testimony, based on information from four separate intelligence sources that include a CIA official who participated in Washington’s extraordinary rendition programme, flatly contradicts years of denial on both sides of the Atlantic ». Les premières réactions enregistrées à Londres sont accablantes pour l’ancien Premier ministre Tony Blair et l’ex-secrétaire au Foreign and Commonwealth Office, Jack Straw.
Sir Menzies Campbell, qui fait partie du Parliamentary Intelligence and Security Committee de la Chambre des Communes, réclame une enquête sur la teneur des révélations du Chief of Staff de Colin Powell en s’appesantissant sur le fait que « if true, they would constitute a very different picture to that which has previously been painted of the use to which Diego Garcia has been put by the United States ».
De son côté, Cori Crider, directeur de Reprieve, une organisation non-gouvernementale luttant en faveur des droits de l’homme, réclame la suspension des consultations en cours entre Londres et Washington pour la reconduction du bail de Diego Garcia pour 20 ans à partir de 2016. « This suggests the UK Government has not told the whole truth about Diego Garcia’s part in the CIA’s torture programme. Ministers have consistently said that only two CIA rendition victims ever landed on Diego Garcia. Mr Wilkerson’s comments suggest that either they haven’t been honest with the public or the US government hasn’t been honest with them », avance-t-il.
Ce développement intervient après la publication du rapport du Senate Intelligence Committee des États-Unis confirmant l’inclusion de Diego Garcia dans la liste des black-site prisons avec des noms spécifiques oblitérés dans le document rendu public par les Américains. Le malaise des Britanniques sera encore plus conséquent car ils se préparent à rendre publique dans les jours à venir une étude commanditée auprès de la firme KPMG portant sur une éventuelle réinstallation des descendants de Chagossiens, déplacés de l’archipel au cours de la première moitié des années 1960 en vue d’accueillir la base nucléaire sur Diego Garcia.