Le dîner annuel offert par la Banque de Maurice est en passe de devenir la plateforme où le gouverneur Manou Bheenick, avec son art de jongler avec les mots, se fait un plaisir d’administrer publiquement sa dose annuelle de quinine aux banquiers du pays. Jeudi dernier ne fut nullement une exception, sauf que le spectrum s’est élargi avec des pointes contre les partisans de la croissance à n’importe quel prix par le truchement de « Monetary Fixes » et la cible facilement identifiable. Manou Bheenick a opté pour un scénario de down memory lane de ses six ans à la tête à la banque centrale. Le Chief Guest à cette soirée était l’ancien gouverneur de la Banque centrale d’Argentine, Martin Redrado.
Passant en revue la situation dans le monde bancaire, Manou Bheenick souligne qu’au cours de cette période de six ans, les avoirs bancaires ont enregistré une croissance de 70%, les 21 banques commerciales regroupent quelque 35 000 actionnaires et emploient 7 000 personnes. 216 branches sont opérationnelles à travers l’île avec 2,5 millions de comptes, soit une moyenne de deux par tête d’habitant. « L’empreinte des banques dépasse les rivages de Maurice pour s’étendre à d’autres territoires de l’océan Indien, soit le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe, et également les Maldives et l’Inde », ajoute-t-il en rappelant que trois des banques se classent parmi le Top 80 en Afrique.
Se félicitant de la robustesse et de la résilience dont a fait preuve le secteur bancaire, le gouverneur de la Banque de Maurice se permet de commenter les profits réalisés. « Banks in Mauritius have continued to make extraordinary profits, beyond even those of our even top six companies in the real economy ! Let’s hope our top bankers will share this wealth judiciously with all the stakeholders to the benefit of all people of this land. A fair deal for bank customers is very much at the top of our agenda », laisse-t-il entendre en guise d’entrée en matière.
Plus loin, Manou Bheenick mettra l’accent sur la notion de prudence chez le banquier car « let’s just hope that bankers everywhere remember whose money they are speculating on — not their money but yours ! » Il conseille aux banqueirs la vigilance aux « first tell-tale signs of bubbles. » « Nous devrons nous méfier des niveaux de crédits nullement soutenables et des marges de profits exagérées. Les banques doivent promouvoir une allocation optimale de capital et non seulement s’asseoir dessus », a-t-il dit.
Avec la publication prochaine par la Mauritius Bankers’ Association d’un nouveau code d’éthique et de pratiques bancaires, Manou Bheenick exprime le souhait que « if there is one thing we must learn, it is how to bring banking and accountancy back in from the righteous wind of public anger, for a refit with refreshed ethics, a new sense of corporate probity and a bolder capacity for corporate governance. »
Le débat sur le taux de croissance approprié pour une économie comme Maurice, ayant l’ambition de vouloir à tout prix éviter le piège des revenus intermédiaires, n’a pas échappé à l’attention du gouverneur de la Banque de Maurice. D’un revers de la main, il balaie les partisans de la croissance au-dessus de 5%. « May I say, this is just unrealistic. It arises from a failure to understand the dynamics of economic growth. These dynamics change as you emerge from the developing to the developed stage », trouvera-t-il en soutenant que ce changement de palier ne se fait pas au rythme d’un « sprint of 5% but more at the pace of a long-distance runner. »
Poursuivant à ce même chapitre, Manou Bheenick fait ressortir que Maurice devra s’adapter à la « new normal of reduced growth in the Western economies on whose coattails our export-driven economy has been riding. » Il a plaidé pour un nouveau mindset reléguant au second plan la recette d’une main-d’oeuvre à bon marché pour favoriser des facteurs comme une productivité accrue, une compétitivité plus aiguë, de l’innovation, de la flexibilité et de la cerebral management, que ce soit dans le privé que dans le public.
La Banque de Maurice rejette le credo de la croissance à tout prix. « Growth at any cost has never been our credo…. Our track record may not be perfect ; our present may be tense ; and our future may look conditional — that may in fact well serve as an apt diagnosis of our predicament at any point in our recent history. What we should avoid is the risk of blowing it all by pursuing an unrealistic agenda of higher growth by monetary fixes », lâchera-t-il sans crier gare.
En guise de conclusion, le gouverneur de la banque centrale s’est permis d’aborder le volet de la coopération et des échanges sur le plan régional. « What we lack now is a clear vision for our future, a long-term picture of where we want to in 2030 based on greater intra-regional cooperation and reinvigorated trade, amongst others. »
‘The Indian Ocean Commission is promoting new regional ventures in air and sea transport and in communications, many business are extending their regional links. But we would do well to think ahead about combining regional fiscal and monetary management and the development of regional governance through some sharing of sovereignty », recommande le gouverneur de la Banque de Maurice en mettant en garde contre l’exemple de l’Union européenne. « We must avoid the pitfalls that are testing the European Union, seeing the task not to enrich ourselves but to enrich all the peoples of these beautiful African lands », avertit-il.