Manou Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), a soutenu hier que la stabilité financière et monétaire a beaucoup contribué à la croissance économique solide que Maurice a enregistrée depuis que la crise financière s’est déclenchée en 2007 et que la banque centrale a joué un rôle de premier ordre en vue de rendre le secteur bancaire et financier plus robuste. C’était lors d’un dîner de gala offert à la BoM Tower à l’occasion de la tenue du symposium de l’Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF), une organisation regroupant des banques centrales, des institutions financières, des opérateurs économiques et universitaires et agissant comme think-tank sur des sujets relevant du monde de l’économie et de la finance. Manou Bheenick a défendu avec force la politique de taux de change de la BoM.
Manou Bheenick a indiqué que l’économie mauricienne était en 2011 un tiers plus grosse que ce qu’elle était en 2007, le Produit intérieur brut (PIB) du pays passant de Rs 244 milliards à Rs 323 milliards. La stabilité financière et monétaire, a-t-il poursuivi, a été d’un apport important dans la création d’une croissance plus robuste pendant que cette période de crise. Le gouvernement et la BoM, a indiqué le gouverneur, ont pris une série de mesures pour permettre au pays de faire face à une succession de chocs qui ont frappé à la fois les secteurs financiers et de l’économie réelle. Manou Bheenick s’est appesanti sur les actions entreprises par la banque centrale. « We have struggled to maintain a high level of monetary and financial stability in spite of our exposure arising from the openness of the economy », a-t-il fait ressortir tout en arguant que la banque centrale ne s’est pas limitée à la conduite de la politique monétaire notamment par des décisions au niveau du taux d’intérêt mais a aussi assumé pleinement son « socio-developmental role » dans l’économie.
Le gouverneur de la BoM a fait état d’une dizaine de principales mesures prises par les autorités bancaires pour atténuer les effets néfastes de la crise sur l’économie. Mention est faite de la ligne de crédit spéciale en devises étrangères pour le financement des importations ; des interventions sur le marché des devises ; du doublement à Rs 2 milliards du capital de la BoM ; des facilités de financement à des taux préférentiels mises à la disposition du Mauritius Sugar Syndicate pour la production sucrière ; des plans de soutien financier aux petites et moyennes entreprises ; des mesures concernant la gestion de la dette et l’introduction de nouveaux instruments financiers ; de la décision de fournir directement des devises à la State Trading Corporation et des facilités accordées aux entreprises pour réduire leur endettement, notamment à travers la Special Facility in Foreign Currency d’un montant de 600 millions d’euros. S’expliquant sur cette dernière mesure, Manou Bheenick a observé que la BoM « was charting new territory as we had never undertaken such a refinancing operation ». Il a précisé dans la foulée que les opérateurs économiques fortement endettés et qui étaient sévèrement affectés par le déséquilibre entre leurs recettes en devises et leurs dettes en roupies mauriciennes, « posed grave risks to the balance sheets of banks and to overall financial stability of the country ». En parallèle à cette facilité de crédits en devises, la BoM est intervenue sur le marché des devises mais dans une perspective de consolidation de ses réserves.
« There is no doubt that the rupee has strenghened since the crisis — the rupee exchange rate index moved from 100 in 2007 to 91.6 in December 2011, standing at 94.2 in September 2012. Over the same period, year-on-year inflation has fallen from 11,9 % in 2006 to 3,9 % in September 2012 after having dipped to a record low of 0,1 % in October 2009 », a indiqué le gouverneur qui s’est félicité du repli de l’inflation pendant la période en question grâce à la politique adoptée par la BoM en matière de taux de change. Manou Bheenick a cité plusieurs extraits des rapports du Fonds monétaire international sur la politique de taux de change de Maurice pour démontrer l’efficacité des interventions de la banque centrale sur le marché des devises en vue de réduire la volatilité de la roupie. Manou Bheenick est d’avis qu’il y a eu probablement une mauvaise lecture des analyses du FMI par ceux qui prônent une dépréciation accélérée de la roupie. L’opération de reconstitution de ses réserves, lancée par la BoM en juin 2012, a porté ses fruits. La BoM a augmenté le niveau de ses réserves d’un mois et l’objectif visé est de constituer des réserves couvrant six mois d’importations. « We managed to contain rupee appreciation and corrected the growing misalignment without creating disorderly conditions on the domestic foreign exchange market. Whether this will suffice to combat further appreciation depends very much on what happens to our trading partner currencies », a souligné Manou Bheenick.
Dans la première partie de son intervention, le gouverneur de la banque centrale a parlé de l’émergence économique du continent africain, avec un taux de croissance avoisinant les 5 % en moyenne ces dernières années. L’Afrique attire des investissements étrangers notamment de la Chine, les échanges commerciaux entre l’Inde/la Chine et l’Afrique sont en hausse constante mais, a noté Manou Bheenick, le commerce intra-africain demeure bas, ne représentant que seulement 10 % des échanges totaux du continent alors que dans la région du sud-est asiatique, le taux est de 30 % et, en Europe, de 60 %. « Red tape, poor infrastructure and trade barriers are costing Africa billions dollars and depreving the region of new sources of economic growth », a-t-il déclaré.
Appelant à une stimulation des échanges commerciaux intrarégionaux et au développement des liens financiers, Manou Bheenick a affirmé qu’une telle démarche pourrait aider à créer plus de croissance économique et à développer le potentiel du continent en matière de création d’emplois. Par ailleurs, le gouverneur a laissé entendre que la convergence macroéconomique et l’intégration financière sont parmi les priorités des banques centrales africaines. Il pense qu’il y a un besoin pour les régulateurs africains de collaborer davantage et d’échanger des informations en vue de mitiger les risques de contagion au niveau du secteur bancaire. Il a ajouté que la BoM est partie prenante de toute initiative visant l’intégration économique en Afrique.