Face à la multiplication des maux qui défigurent la société et corrompent la vie de l’individu, le chef de l’Église anglicane interpelle sur la place de l’Église aujourd’hui et en fait le thème de son mandement de carême présenté ce mercredi. « À quoi sert l’Église dans le monde d’aujourd’hui ? » s’interroge Mgr Ian Ernest. On relève aussi cette préoccupation de l’Évêque de Maurice concernant la tendance d’un repli sur soi. Selon ses observations, les débats sur les réformes électorales « révèlent encore une fois notre incapacité à aller au-delà de nos clivages ethniques », rejoignant ainsi la réflexion de Mgr Maurice Piat, l’évêque de Port-Louis, sur la question.
Mgr Ian Ernest pose un regard critique sur la société et sur le mode de vie qui engendre dans bien des cas échec, incompréhension et tristesse. « En jetant un coup d’oeil autour de nous, nous découvrons avec tristesse que le monde est affligé par de nombreuses calamités telles que la mauvaise gouvernance tant sur le plan politique, familial et social, la déshumanisation de nos structures, la violence meurtrière qui perturbe nos vies et la peur qui paralyse notre marche vers le progrès », écrit l’évêque de Maurice. Il s’agit d’un « monde essoufflé et asphyxié par un manque de sens à la vie, un manque de générosité, la jalousie, la violence, et qui a besoin d’être renouvelé ». Si l’évêque de Maurice s’en inquiète, c’est parce que ces comportements déviants ne sont pas sans conséquence sur le vivre-ensemble. « Tout, de nos jours, est orienté vers un mode de vie dont le fondement n’est pas toujours viable et ceci peut mettre en péril une éthique de vie, si nécessaire pour le développement d’une nation ».
Mais en même temps Mgr Ernest relève le désir qui existe chez beaucoup de gens « à rechercher aujourd’hui du bon, du bien et du vrai » et il y a selon lui « de plus en plus une soif de profondeur de vie ». Le chef de l’Église anglicane note toutefois « un certain découragement de voir que la religion n’assure pas cette transformation de vie ». D’où cette question capitale qu’il se pose : « À quoi sert l’Église aujourd’hui ? » Il invite les fidèles anglicans en ce temps de carême à réfléchir ensemble dans la même direction. « Après dix ans comme évêque de notre diocèse, il est temps pour moi d’avoir le courage de porter une réflexion profonde sur notre Église pour savoir si elle répond avec obéissance et amour à l’appel de Dieu ». Loin d’être un « temps sacrificiel », le carême à son avis permet de voir clairement les enjeux à la lumière de l’Évangile de ce que l’Église est appelée à être dans le monde aujourd’hui. Mgr Ernest est catégorique : « L’Église peut continuer à avoir une place de choix dans le monde d’aujourd’hui – et ainsi démontrer que l’Église a bien sa raison d’être ». Il n’y a pas que l’Église qui doit se renouveler pour s’adapter aux nouvelles réalités du monde et Mgr Ernest invite les chrétiens à revoir leur mission de baptisés à la lumière des pistes de réflexions qu’il leur donne dans ce mandement de carême. « La mission est à la fois Parole et action. Pour comprendre notre tâche, il nous faut avant tout découvrir à quoi sert l’Église », leur dit Mgr Ernest. Ce dernier souligne que le diocèse Anglican est « une Église qui s’engage de plus en plus à promouvoir la paix, la justice, l’équité et le respect des valeurs citoyennes ». En insistant sur la notion de solidarité, Mgr Ernest souligne le sort des Rodriguais e des Chagossiens à Maurice, qui devrait à son avis interpeller tout un chacun.