Les réflexions de l’évêque de Maurice dans son mandement de carême 2013, rendu public aujourd’hui, portent sur la famille. Mgr Ian Ernest y fait part de ses observations concernant la détresse qui gagne de plus en plus de familles mauriciennes et qui sont dues aux difficultés que celles-ci n’arrivent pas à surmonter. Il identifie les causes qui selon lui apportent de « grands bouleversements » et créent des fragilités et instabilités au sein de nombreuses familles. « L’institution familiale semble être mise en péril quand le taux de divorces ne cesse de croître », écrit Mgr Ian Ernest. Mais il reste « convaincu que la famille reste une valeur sûre et un refuge certain pour nous tous sans exception » et fait ainsi quelques suggestions aux familles pour le maintien d’une « stabilité épanouissante ».
Déjà dans son message à la population à l’occasion de la Noël, Mgr Ian Ernest avait attiré l’attention sur les problèmes qui minent des familles, et dans ce mandement de carême il prolonge et approfondit la réflexion. Cette lettre pastorale a pour objectif, dit-il, « de conduire les familles chrétiennes sur des pistes de réflexion qui les aideraient à revoir leur vie familiale et leur responsabilité d’agir selon les critères et les valeurs évangéliques ». La période de carême étant, selon lui, propice à cette autoévaluation de la vocation de la famille chrétienne et il invite les Chrétiens à prendre le temps pour regarder en face ces situations « qui projettent des rêves mais qui, en réalité sont porteuses de conflits, d’incompréhension, de violence, de séparation et de misère ». Ces réflexions et analyses de Mgr Ernest sont accompagnées abondamment de références bibliques afin de montrer que la « famille fait partie du plan de Dieu », d’où le titre de ce mandement : « La famille : Lieu de rencontre avec Dieu ».
Si cette lettre pastorale est destinée avant tout aux fidèles de la communauté anglicane, en revanche elle traite d’un sujet très ouvert qui pourrait intéresser les Mauriciens des différentes confessions religieuses. « Il est important de reconnaître que la famille existe et qu’elle est précieuse pour chacun de nous, quelles que soient notre culture, notre religion ou notre appartenance ethnique », soutient Mgr Ernest dans sa note d’introduction. Malgré ce « regard interrogateur » qu’il porte, dit-il, sur l’institution familiale, il « est convaincu que la famille reste une valeur sûre et un refuge certain pour nous tous sans exception ». Pour l’évêque de Maurice, la famille est le « lieu par excellence de rencontres et d’apprentissage » et il souligne les « relations riches » et les « moments de communion exaltante » que le cercle familial peut procurer à ses membres. « C’est dans ce lieu que nous découvrons notre identité en tant que personne et notre capacité à reconnaître les autres comme nos semblables. C’est là aussi qu’une personne peut s’épanouir et prendre conscience de ce qu’elle est dans le regard et l’affection de ceux qui l’entourent », dit l’évêque du diocèse anglican qui se demande si quelqu’un peut imaginer son existence sans un apport familial.
Cependant, malgré ces valeurs « sûres », Mgr Ernest reconnaît que nombreuses familles « ne jouissent pas d’une stabilité épanouissante » en raison de secousses. Nombre d’entre elles passent par des crises et certaines tendances de la vie modernes fragilisent le socle et entraînent des « bouleversements considérables ». « L’institution familiale semble être mise en péril quand le taux de divorces ne cesse de croître, quand les maisons de retraite poussent comme des champignons, quand la fréquence des ménages commencés hors mariage se développe à grande vitesse, quand les parents veulent rester jeunes, quand l’avortement, la pratique de l’homosexualité ne posent aucun problème moral pour quelques-uns d’entre nous », analyse l’évêque de Maurice.
Mgr Ernest relève aussi la tendance à une attitude égocentrique et qui favorise cet effritement des relations à l’intérieur de la famille. « Une culture de désengagement qui s’infiltre graduellement dans nos moeurs. Ce non-engagement correspond bien à cette attitude égocentrique où le “moi” devient un territoire non défini et sans repères duquel émerge un flou ».
L’évêque de Maurice fait état des conflits de différentes natures au sein des couples tandis que les conflits entre les parents et les enfants — en se basant sur les nombreux témoignages auprès des familles chrétiennes et non-chrétiennes — ont trait souvent à la fréquentation de ces derniers, à leur tenue vestimentaire, au langage qu’ils utilisent, aux études ratées, à l’indiscipline, à l’insolence. Il fait mention aussi de la démission des parents devant leurs responsabilités. « Ce sont là des ingrédients qui poussent la famille à des situations de crise. Le manque de discipline s’installe et l’être humain que l’on est perd peu à peu ses repères ».
Selon Ian Ernest, l’incapacité à communiquer semble un facteur majeur dans cette cohabitation difficile aujourd’hui au sein de la famille et estime que les nouveaux “gadgets” de communication ont aggravé le problème. « Par le biais des portables, de Skype, de Facebook et autres Twitter, nous sommes devenus des consommateurs de la communication ». Et il est « urgent », dit Mgr Ernest, de « remettre en place une écologie relationnelle », pour favoriser la pratique des communications et pour rétablir de relations saines et épanouissantes. « Nous avons besoin de retrouver une communication relationnelle plus humaine et non-virtuelle », dit le chef de l’Église anglicane. Il est de la responsabilité de chaque famille de veiller à ce qu’une éducation fondamentale aux valeurs et qu’un apprentissage à la vie sociale soient dispensés. Il appelle à un sursaut de la part de tout un chacun. « Cette responsabilité n’incombe pas simplement à l’État. Il est de notre devoir en tant que citoyens de créer des espaces de conversations, de rencontres pour responsabiliser et les parents et les enfants ».
L’évêque de Maurice dans ce mandement de carême exhorte les Anglicans à ne pas être indifférents aux menaces qui bousculent la stabilité et la vocation de la vie familiale et les appelle à prendre des actions concrètes. Mgr Ernest leur demande de collaborer avec les différentes organisations diocésaines qui oeuvrent pour le bien-être de la famille. « À l’exemple de nos prédécesseurs dans la Foi, nous chrétiens, sans triomphalisme, serons le levain du renouveau de la vie familiale. Nous sommes appelés à manifester le Dieu de l’Amour et de la vie et pour le faire, il nous faut croire que la famille est celle qui assure notre avenir comme êtres humains ». Il recommande aussi aux familles chrétiennes de placer la prière au centre de leur vie quotidienne et rappelle par là même aux parents leur responsabilité première dans la transmission de la foi aux enfants et que cela en soit une priorité. Or, dit-il, « beaucoup de parents chrétiens abdiquent devant leurs responsabilités » dans ce domaine et « confient cette tâche à l’école du dimanche » et sans un « accompagnement sérieux et engagement » de leur part. « Je souhaite donc que ce mandement nous interpelle et nous avertisse car cette responsabilité est un ordre du Seigneur ».
Mgr Ian Ernest devait tenir une conférence de presse ce matin à la Cathédrale St James pour la présentation officielle de « La famille : Lieu de rencontre avec Dieu » de son mandement de carême 2013 mais a dû l’annuler en raison du mauvais temps. Des copies du livret ainsi qu’une version en CD ont été distribuées en ce début de carême dans toutes les paroisses anglicanes à travers l’île. Ce document sera disponible sur le site du diocèse anglican à partir de demain (www.anglicancommunion.org).