Après l’adoption au Parlement il y a trois semaines d’une loi pour autoriser l’avortement dans des cas spécifiques, le diocèse anglican a élaboré une filière d’action tant pour décourager le recours à cette pratique que pour faire diminuer le nombre de grossesses parmi les adolescentes. On relève sur la liste des priorités un projet de construction d’un centre d’accueil pour les femmes enceintes et en situation de détresse. Le diocèse anglican souhaite une collaboration de plusieurs institutions publiques et privées pour la réalisation de cet ambitieux projet.
« Nous ne pouvons rester les bras croisés même si la loi a été votée. Dorénavant il faut mener une campagne de sensibilisation sur les conséquences de l’avortement sur l’état de santé de la femme et toucher particulièrement les jeunes sur cette question. Il faut leur faire comprendre que l’avortement n’est pas un moyen de contraception et les informer de ses séquelles physiques, psychologiques, émotionnelles et spirituelles. Les adolescents ont besoin d’informations précises sur la sexualité. Les parents doivent discuter de la sexualité avec leurs enfants et l’école doit compléter ce qui est acquis au sein de la famille », dit au Mauricien Mgr Ian Ernest, évêque du diocèse anglican.
L’élaboration d’un programme d’éducation sexuelle et la construction d’un centre d’accueil pour les femmes faisant face à une grossesse non-désirée et qui vivent des situations difficiles sont les deux principaux axes de la ligne d’action du diocèse anglican. Mais Mgr Ernest insiste également sur l’importance d’un travail collectif dans la prévention des grossesses précoces et appelle les forces vives de la société à y collaborer.
Depuis deux ans le diocèse anglican entreprend un travail de réflexion en profondeur sur l’avortement en allant sur le terrain. D’après les témoignages recueillis, les responsables de ce dossier ont constaté que le besoin d’un centre d’accueil pour les jeunes filles et les femmes mariées confrontées à une grossesse non-désirée se fait sentir. La nouvelle législation sur l’avortement motive le diocèse anglican à donner maintenant forme à cette idée. « Nous avons commencé à discuter sérieusement de ce projet mais nous avons besoin de plusieurs partenaires pour le réaliser », souligne Mgr Ernest. « On a beaucoup entendu parler ces derniers jours de la nécessité d’être solidaires envers les adolescentes et les femmes mariées qui songent à avorter pour différentes raisons. Je souhaite que tous ceux qui veulent diminuer la souffrance de ces femmes en détresse se mettent ensemble pour une action concrète. Nous allons solliciter la collaboration du diocèse de Port-Louis, du gouvernement et d’autres ONG pour la réalisation ce projet de centre d’accueil ».
La mission de ce centre est d’accueillir pendant la journée des femmes enceintes qui ont besoin d’une attention spéciale et d’un soutien pour mener à terme leur grossesse. En d’autres mots, les préparer à mener une vie digne et à être autonomes. Le diocèse anglican a déjà quelques idées précises sur la manière d’atteindre cet objectif : évaluer les besoins individuels de chaque femme et créer un dossier personnel pour chacune d’entre elles ; offrir un soutien psychologique et moral ; assurer des séances quotidiennes de formation dans plusieurs domaines et organisation d’ateliers hebdomadaires ; planifier leur intégration dans la vie sociale ; suivre leur parcours académique.
Ce projet s’inscrivant dans la durée, sa réalisation comme son fonctionnement nécessitent un soutien financier sûr. D’où la recherche d’un partenariat à plusieurs volets.
Par ailleurs, selon le constat du diocèse anglican, le problème de grossesses parmi les adolescentes prend une proportion alarmante à Rodrigues. « C’est un problème inquiétant dans l’île », dit Mgr Ernest, qui a eu l’occasion d’en discuter lors de sa mission pastorale à Rodrigues le mois dernier. Rappelons que des responsables d’établissements secondaires à Rodrigues ont déjà fait état dans les colonnes du Mauricien de ce problème qui met un frein au parcours scolaire de beaucoup de jeunes filles ayant pourtant des aptitudes pour étudier. Le diocèse anglican envisage ainsi d’ouvrir un centre d’accueil dans la région de La Ferme. « Comme nous construisons une nouvelle église à La Ferme, nous avons pensé, dans une mission pastorale, ouvrir également un centre d’accueil pour ces jeunes filles qui se retrouvent enceintes », explique Mgr Ernest.
Le diocèse publiera bientôt des brochures traitant de la sexualité et des jeunes, qui seront distribuées aux adolescents et à leurs parents.