Le diocèse de Port-Louis est en deuil. Avec le décès en clinique, hier après-midi, de Mgr Amédée Nagapen, âgé de 81 ans, l’Eglise catholique de Maurice a perdu un ses plus illustres fils. D’ailleurs, il est reconnu comme étant l’historien du diocèse et a été aussi un écrivain émérite, dont la contribution est reconnue sur le plan international. Ces dernières années, il avait connu des ennuis de santé. Son état s’était subitement détérioré depuis le mois de mars dernier. Le 24 février dernier, il avait célébré le 57e anniversaire de son ordination presbytérale.
Les arrangements arrêtés par les responsables du diocèse de Port-Louis pour les funérailles sont que la dépouille sera exposée à la cathédrale Saint-Louis à partir de midi aujourd’hui. Les funérailles seront célébrées à 14 h à la cathédrale. Mgr Nagapen sera inhumé au cimetière Saint-Jean. Mais déjà, hier soir, Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis, a présidé en compagnie d’autres prêtres du diocèse à des séances de prières à la chapelle ardente au couvent de Belle-Rose.
Néanmoins, l’ultime hommage à la mémoire de l’ancien vicaire-général est de manière sublime par Liliane Berthelot, écrivain, qui a côtoyé Mgr Nagapen au cours de ces 40 dernières années. Elle collaborait avec Mgr Nagapen pour l’édition de son dernier ouvrage consacré au premier prêtre mauricien de la Bourse d’Angleterre, le Père Tristan Bardet, au XIXe siècle.
« Le décès de Mgr Nagapen est un véritablement déchirement pour moi. Mais je suis soulagée d’avoir pu exaucer son dernier voeu. J’ai pu lui apporter la maquette du livre sur ce premier prêtre mauricien lauréat. Jeudi, je me suis rendue à la clinique Bon Pasteur avec la maquette en mains. Mgr Nagapen s’était assoupi. J’ai remis la maquette à l’infirmier avec la requête de la lui soumettre personnellement. Je suis repassée ce samedi après-midi pour prendre de ses nouvelles ne sachant nullement qu’il allait mourir. J’ai appris que dans un de ses derniers moments de discernement, il a pu feuilleter la maquette de son livre et voir les images », a déclaré Liliane Berthelot à Week-End dans la soirée d’hier.
L’ultime voeu
« Vous allez me demander en quoi c’était l’ultime voeu de Mgr Nagapen ? Tout simplement, il y a quinzaine de jours alors qu’il se trouvait encore au Thabor, il avait déclaré à qui voulait l’entendre : Vous n’allez pas publier mon livre si je n’arrivais pas à voir la maquette. Jeudi, je lui ai apporté la maquette du livre, qui devra sortir de l’imprimerie lundi», poursuit-elle.
Avec le feu vert de Mgr Piat, Liliane Bertelot a porté à terme le dernier ouvrage de Mgr Nagapen. Car avec la nette détérioration de son état de santé depuis mars dernier, Liliane Berthelot s’est vue confier la tâche de suivre les épreuves de correction et le bon à tirer.
Même si tout le diocèse savait que l’état de santé de Mgr Nagapen était chancelant, tous les membres du diocèse ressentent au plus profond d’eux ce vide créé par son décès. « C’est une bibliothèque qui part », lâche le Père Alex Macca, qui se souviendra toujours de cet homme d’Eglise symbolisant la discrétion.
Mgr Nagapen naquit à Port-Louis le 23 octobre 1930. Après de brillantes études au Collège Royal de Port-Louis, abandonnant les possibilités d’une belle carrière, il fit son entrée au Séminaire des Colonies du Croix-Valmer en France et fut ordonné prêtre le 24 février 1955 dans la chapelle du séminaire par Mgr Gaudel, évêque de Fréjus-et-Toulon.
De retour à Maurice le 19 juillet 1955, il fut nommé dans plusieurs paroisses. En août 1967, il partit en congé d’études à l’Université Saint-François-Xavier à Antigonish au Canada où il obtint un diplôme en sciences sociales. En 1969, il fut nommé vicaire-général en 1969, poste qu’il occupa jusqu’en 2002.
Mgr Nagapen fut aussi rédacteur en chef de La Vie Catholique (1968 à 1971), président de la Roman Catholic Education Authority (1971 à 1991), directeur du Foyer Mgr Murphy (1971 à 1990), aumônier de l’Apostolat de la mer (1998 à 2003). L’une de ses plus importantes réalisations sur le plan socio-économique reste l’introduction des Credit Unions dans le diocèse et la fondation de l’Institut pour le Développement et le Progrès avec Jean-Noël Adolphe.