A la Cité-Perdue, poche de pauvreté de Poste-Lafayette, où elle vit avec sa famille, Laurie Achille, une jeune femme de 23 ans, est la seule à détenir un diplôme en health care. Après avoir suivi deux formations dans une école privée et réussi avec succès un stage dans une clinique l’année dernière, Laurie Achille peine à trouver du travail. Se sentant discriminée pour des raisons géographiques, la jeune femme a fini par travailler dans un centre d’appels et dans une usine de fabrication de montres avant de jeter l’éponge. Aujourd’hui, elle sert les clients de la boutique familiale .
Comme chaque matin, Laurie Achille est derrière les fourneaux ou devant le plan de travail de la cuisine familiale bien avant 8 heures. Depuis quelque temps, la jeune femme de 23 ans aide sa mère, Mirella Rabaye, à faire tourner la boutique et le restaurant que celle-ci tient à Cité-Perdue, Poste-Lafayette. La façade jaune et flamboyante du commerce, annexée à la maison des Rabaye, apporte une touche de couleur à ce coin qui, comme l’indique son nom, est isolé. Cachée derrière les filaos, hautes herbes et autres arbres, Cité-Perdue se laisse difficilement entrevoir lorsqu’on longe cette partie de l’est. Contrairement aux bungalows, villas et hôtels, les habitations de la cité sont discrètes. Érigée sur les terres de l’État, Cité-Perdue est principalement composée de petites maisons précaires, construites en tôle et en bois. Celles qui sont en dur appartiennent à des familles qui ont pu décrocher un bail de l’État. Mirella Rabaye, 42 ans, fait partie de ces foyers qui grâce à l’octroi du bail ont pu améliorer leurs conditions de vie. Mais ce n’est pas dans sa boutique — qu’elle a ouverte certes au prix d’effort et de sacrifices — qu’elle voudrait voir sa fille travailler. «Sa place est dans une clinique, un milieu hospitalier, une pharmacie ou dans un cabinet médical », dit Mirella Rabaye, visiblement dépitée. Depuis que Laurie a, en 2011, réussi haut la main l’Internal Examination of Diploma in Health Care, elle ne trouve pas de travail dans le secteur médical. Pour la jeune femme, ainsi que sa famille, c’est l’incompréhension. «J’ai frappé à plusieurs portes, y compris celles des politiques, car cela me fend le coeur de voir ma fille malheureuse parce qu’elle ne peut exercer une profession liée à ses études. Je ne demande pas la lune! Je demande seulement qu’on lui donne enfin sa chance! Ses cours nous ont coûté cher», confie Mirella Rabaye. Comme cette dernière, Laurie Achille est convaincue que le facteur géographique jouerait en défaveur de la jeune chômeuse.