Il se dit être « un pur produit du tennis français en tant que joueur et coach » et son référentiel « c’est le top niveau. » Et depuis mardi, Ludovic Louis, 36 ans, s’est mis à l’oeuvre en tant que nouveau directeur technique national (DTN) de la Fédération mauricienne de tennis (FMT).
Le Français arrive dans un contexte assez particulier puisque le tennis sera le grand absent aux prochains Jeux des îles en 2019, qui plus est à Maurice. C’est dire qu’il lui faudra trouver d’autres alternatives pour combler les attentes et garder les jeunes motivés. « J’ai d’autres projets intéressants que je vais soumettre au comité pour faire oublier cette grosse déception et cette tristesse, car il se pourrait aussi le tennis soit également absent des Jeux de 2023 au cas où c’est l’un des plus petits pays qui l’organise. Donc, il faudra trouver d’autres alternatives pour avancer », déclare Ludovic Louis.
Mais pour l’heure, le technicien se montre très enthousiaste à assumer ses nouvelles responsabilités. Il a été précédemment et ce, pendant dix ans, entraîneur et responsable de la compétition au niveau jeunes et adultes au Tennis Club de Cergy (Pontoise), situé non loin de Paris. Et il arrive à Maurice avec un diplôme d’État supérieur (anciennement connu comme le brevet d’État supérieur) qu’il a obtenu en 2015 et qui représente la formation technique la plus élevée et imposée depuis quatre ans par le ministère français des Sports.
« Cela représente 1 500 heures de formation faites en plus d’une année. Compte tenu de l’évolution du tennis et du métier de coach devenu plus complexe, cette formation englobe donc des responsabilités plus accrues en matière de connaissance du haut niveau, coaching, formation de coaches, direction de clubs, le tennis adulte et féminin et des Masters. Cela représente effectivement un nouveau challenge en tant que DTN. Il y a quelque chose de très intéressant à faire ici. C’est pourquoi je suis heureux qu’on me fasse confiance pour développer le tennis mauricien. »
Les objectifs sont donc déjà fixés. Mais en quoi cette vision diffère-t-elle de celles de ses prédécesseurs ? « Je suis très rigoureux et je connais les exigences du très haut niveau à travers mon frère, qui a été lui-même classé dans le top 600 mondial à l’ATP. Je connais toute la rigueur, les sacrifices et la complexité des voyages que cela impose. Moi, j’apporte le vécu par l’intermédiaire de mon frère et celui des joueurs mauriciens qui ont été sur le circuit. Je pense à Marinne Giraud et Enzo Couacaud qui se situe actuellement dans les 300 mondiaux ATP. » Son frère Sébastien Louis avait été le coach personnel d’Enzo Couacaud pendant cinq ans. Ils se sont séparés à l’amiable depuis l’an dernier après Wimbledon, mais sont restés très proches.
En somme, on dira que les DTN qui ont précédé Ludovic Louis à Maurice — les trois derniers étant le Syrien Abraham Ibrahim (février 2016- février 2017), le Kenyan Georges Oyoo (décembre 2011-décembre 2015) et le Franco-Argentin Marcelo Wowk (sept 2010-août 2011) — ont apporté les uns après les autres une pierre à l’édifice, sans être jamais allés plus loin en raison des réalités du tennis mauricien, celles-ci étant liées aux études et à l’isolement.
Le tennis français, une crédibilité naturelle
« J’ai signé pour une année renouvelable et je fais un point d’honneur de la qualité de l’entraînement des jeunes. Ma mission est d’apporter des détails techniques, tactiques et mentaux sur les entraînements en lien étroit avec le préparateur physique (Baretta Joson). Je vais aussi pouvoir commencer avec le président Kamil Patel et travailler ensemble vu qu’il sera là pour les quatre années à venir. Cela me permet d’avoir un interlocuteur direct pour développer le tennis. L’objectif est aussi de lancer les joueurs sur le circuit et continuer à les former et veiller à leur épanouissement général », dit pour l’instant le Français.
Et comment évalue-t-il le niveau ? (Il réfléchit un moment) « Je suis un peu surpris de voir le bon niveau des jeunes par rapport à leur âge. Mais il leur manque des matchs à l’étranger pour s’aguerrir. Il faudra commencer par la zone subsaharienne pour bien se situer avant se confronter au noyau dur de l’Europe », observe-t-il.     
On apprend aussi que le Français avait déjà vu incognito les meilleurs jeunes en matchs il y a environ quatre mois au centre national lors d’un tournoi. « Le niveau est vraiment très intéressant, mais il y a un gros travail à faire. Là on est en train de positionner nos objectifs pour les tournois à venir. » Il est actif sur les courts de Petit Camp depuis mardi et a pris le temps de les observer et voir « comment se comporte leur tennis en général, réajuster les soucis techniques pour qu’ils n’aient pas vraiment de limite dans leur jeu. »
Selon ses dires, le courant passe bien, d’autant que la langue ne représente aucune barrière. « Pouvoir s’exprimer et se comprendre est déjà un gros avantage. Quand je deviens rigoureux avec eux, ils comprennent. Je suis un produit de la Fédération française de tennis, ce qui est en soi très rassurant par rapport à la culture française du tennis. C’est une crédibilité qui est naturelle. »
Cette nouvelle donne fera-t-elle la différence pour réussir une véritable percée au plus haut niveau ? D’autant que Ludovic Louis avoue qu’ « il faut être très sûr de soi, très orgueilleux, impitoyable et mentalement très fort pour réussir dans le haut niveau. Ce sont là les qualités intrinsèques du joueur qui veut réussir sur le circuit. »
Il aura dans le courant du mois de mai un meilleur aperçu du niveau du tennis dans la zone lors d’un tournoi ITF par équipes U12 qui se tiendra à Madagascar. « On espère y envoyer les meilleurs. On y va en tant qu’acteurs pour réaliser des résultats et non en tant que spectateurs », renchérit-il.