A la lumière de ma question préliminaire, tout le monde a à l’esprit, dans cette région du monde, les récents incendies criminels à l’île de la Réunion, l’île-soeur, qui ont grandement détruit son unique écosystème forestier. Cela dit, il est loisible aussi de penser à tous les autres embrasements presque simultanés et consécutifs qui ne cessent de donner à cette année 2011, en dehors de ses inondations et tremblements de terre, une drôle odeur de cramé, de brûlé, de politiques de terres brûlées. Et les révolutions arabes, propagées comme une traînée de poudre, n’arrivent pas encore à mettre fin aux retours des flammes probables, en dépit des mises en chantier démocratiques inouïes…
Et il en est un qui emmène régulièrement des pompiers au foyer de l’incendie, celui-là, hellène, que d’aucuns, par mauvais jeu de mots ont appelé, la tragédie grecque, car on a l’impression que sous le Parthénon, chaque fois qu’un prêt est annoncé, le peuple est projeté dans le brasier sacrificiel de la finance. Le feu ronge le pays, ayant pour fagots des comptes truqués et notes des agences de notation, pompiers et pyromanes tour à tour. Et le chef pompier, Papandréou, jugeant le feu sous le poêlon cathartique trop ardent, car la fièvre populaire ne retombe pas, a préféré transmettre le relais à qui peut soulager l’ardeur des sauveurs échaudés mais indéfectibles au pied du bûcher athénien. Ceux qui essaient d’éteindre le feu grec connaissent le risque de propagation du foyer de la monnaie unique dans la tourmente, et ses menaces de réduire la construction européenne à cendres et fumées.
En effet, le feu crépite déjà en Italie, en Irlande, en Espagne, au Portugal… La France, chef pompier avec l’Allemagne, annonce les pires restrictions budgétaires depuis la deuxième guerre mondiale. Encore une fois, on fustige ceux qui sont censés agir comme les vigiles du feu, surtout les agences de notation, dont les notes font perdre des places aux 3A, et sont susceptibles, au lieu de calmer l’ardeur des incendies, de faire l’effet d’un appel des flammes. Et l’Europe fait un appel d’air ( ?) en « mouillant » les pays émergents, qui, conscients que l’euro est un combustible incontournable à faire tourner le commerce mondial, répondent présents, non sans conditions… Dans ce contexte on ne peut plus brûlant, tous s’accordent à dire qu’il ne faut plus jeter de l’argent par les fenêtres, surtout, et on le comprend, si c’est du papier-monnaie…
Dans le scénario du pyromane-pompier, nous apprenons qu’un autre feu, censé nucléaire, risque d’embraser le Moyen-Orient, avec l’attaque annoncée d’Israël sur l’Iran, qui menacerait l’état hébreu, campé dans un océan de pays arabes pétrolifères. Aussi, les iraniens, dans la ligne de mire, seraient à abattre, avant que l’embrasement nucléaire – dont les “preuves” du développement de l’arsenal nucléaire ne sont pas prouvées à l’heure où j’écris ce carnet – ne risque d’ajouter de l’huile sur le feu dans cette région du monde. Explosive, cette situation se résume ainsi : pour éteindre un feu, dans une guerre préventive (alors qu’il n’y a pas de guerre déclarée par l’Iran), il faut détruire celui qui serait tenté de l’allumer sous un déluge de feu. Et cela est une autre énigme du Sphinx, qui sans cesse renaît de ses cendres, quand on sait qu’Israël a développé le nucléaire à des fins militaires en dehors des règles de la communauté internationale… Ainsi va le monde, où il est de plus en plus difficile, sur certains foyers qui consument le monde actuel, de distinguer celui qui allume ou celui qui éteint les feux multiples qui nous rendent de plus en plus perplexes, dans ce que nous appelons avec une fierté mal fondée : le feu de l’action… Un tel acte ferait flamber le prix du brut, et agrandirait les flammes du bûcher qui consume Athènes…
“Alime dife mo dadao…”
Et ici, à Maurice, alors que l’on débat du budget de cette petite île que l’on veut durable, dans une situation politique instable en raison de l’alliance au pouvoir rendue caduque suite à la démission des ministres du MSM, certains ont parlé de budget-confetti… Budget dans lequel le ministre Duval, dans un exercice de social-démocratie « on ne joue pas avec le feu », et peut-être aussi « électoraliste » (mais on peut se demander quel budget est totalement exempt de ces considérations ?), propose des mesures et pour les plus démunis, et pour les plus favorisés, en n’oubliant pas les PME, afin que l’économie de l’île puisse résister aux embrasements multiples qui, heureusement dit-on, ne franchissent pas trop nos lagons, enfin, pas « trop encore », car nos banques, gérées encore à la méthode du « bon père de famille », ne se sont pas précipitées dans l’enfer des subprimes et debentures américains, qui ont flambé, comme aux casinos (dont l’État mauricien se désengage !), avant de se réduire à un amas de ruines et de faillites en cascades. Il n’est un secret pour personne que le système bancaire mauricien a un joli petit matelas de bénéfices, ce qui semble le mettre à l’abri du grésillement de l’euro…
A moins que ce feu monétaire du “dehors”, dont on dit qu’il bivouaque à nos portes, ne nous surprenne, en se faufilant chez nous par les fenêtres, là où l’on pense avoir mis des antivols… Mais que peut l’antivol quand le feu pourlèche les murs, et que les pompiers se demandent s’il y a un pyromane parmi eux ? Il est bien sûr question, ici, de la solidité du gouvernement fragilisé par la cassure de la coalition gouvernementale, où quelques pompiers rêvent à voix haute de faire « alime dife, alime dife mo dadao… » (1).
(1) Référence à un sega mauricien, dont la traduction “allume le feu, allume le feu… ”, signifie “allume le brasier” pour chauffer la ravanne, tambour circulaire, accompagnant le sega, chant national du pays. Mais il signifie aussi, embraser, brûler, créer le trouble, “met dife”, littéralement, « faire monter la température, exciter… «