Hier soir, à un dîner marquant la Eid, fête musulmane célébrant la fin du Ramadhan déjà fêtée il y a trois semaines, le PM mauricien s’est prononcé sur la question syrienne. Il n’a pas caché sa perplexité face au contexte actuel où les États-Unis et la France se préparent à des « frappes » contre la Syrie.
En amont de ce repas commémorant la Eid, le Premier Ministre Navin Ramgoolam a confié aux ministres, ambassadeurs et notables présents au repas organisé par le Ministère de la Culture et le Centre Culturel Islamique situé à Plaine Verte, quartier où Ramgoolam est né, à Port-Louis, qu’il était préoccupé par la situation qui se développe au Moyen-Orient, redoutant, encore une fois, un embrasement de la région.
« Deux poids, deux mesures » …
Navin Ramgoolam a demandé à tout un chacun de prier afin que l’on ne retombe pas dans le cycle de la guerre. Parlant des récentes accusations relatives à l’utilisation probable d’armes chimiques par le régime syrien, le PM est d’accord pour une « punition », mais à condition que l’on produise des preuves irréfutables.
Comme nombre de citoyens de Maurice et d’autres pays, Ramgoolam ne peut s’empêcher de réfléchir à cette énième guerre qui se prépare sous nos yeux. Il a opéré un retour en arrière et a élargi le périmètre incriminé, afin que l’on ne fonce pas tête baissée dans cette guerre souhaitée par certains pays, et ce, malgré les réticences de l’ONU : « Quand Israël utilise des bombes au phosphore sur les Palestiniens lors de bombardements à Gaza, il ne se passe absolument rien. Cette arme n’est-elle pas une arme chimique ? Quand on a des présomptions d’utilisation de l’autre côté, la sanction punitive ne tarde pas. Les américains ont utilisé du napalm au Vietnam. Pourquoi deux poids, deux mesures ? »
Il existe des précédents…
Navin Ramgoolam a rappelé qu’il se trouvait à Londres lors de l’invasion de l’Irak par les forces de la coalition. Le Premier Ministre anglais, Tony Blair, qui, l’on se souvient avait fini par avouer qu’il avait menti au sujet des armes de destruction massive (1), avait placé des chars autour de l’aéroport de Londres, afin, se rappelle le PM mauricien, de parer à toute attaque de missiles de Saddam Hussein qui pouvaient atteindre la capitale britannique. Il a confié à l’auditoire qu’il a trouvé cela assez surprenant. Pour lui, pas de doute, le gouvernement anglais préparait son opinion publique à la guerre qu’il désirait mener.
Il aussi rappelé Colin Powell, qui, à la veille de l’invasion de l’Irak, montrait des « preuves » d’armes biologiques, et que l’on a ensuite démasquées comme des faux fabriqués pour servir la cause de la « guerre préventive contre le terrorisme » (2).
Le mensonge d’état pour envahir l’Irak ne connaît aucune limite (3).
Ce rappel fait par Ramgoolam rejoint les réticences pour celles et ceux qui n’ont pas oublié ces « preuves » falsifiées qui ont mené à la destruction de vies humaines innocentes. « Les Syriens sont des humains, n’est-ce pas, ils ont leur dignité aussi… »
L’assistance a suivi les propos du Premier Ministre avec grand intérêt. Ils ont été l’écho de nombreuses réserves émises à Maurice et ailleurs au-devant de cette guerre qui élude une approche juste et non biaisée. Et qui trouble les consciences dans un monde déjà miné par la crise économique et financière.
Dans la nuit port-louisienne, ce repas oecuménique, réunissant toutes les communautés de l’île, aura été un instant de réflexion de bon aloi. Ramgoolam n’a pas emprunté la langue de bois. Ce ton critique indique que partout dans le monde, cette veillée d’armes ne fait pas l’unanimité et ne suscite pas l’enthousiasme des peuples pour une autre guerre trouble dans une région réputée pour sa complexité géopolitique. En outre, cet événement a fourni l’occasion on ne peut plus propice pour Navin Ramgoolam de poser les jalons de la position diplomatique mauricienne sur l’épineux dossier syrien dont on sait qu’une solution pacifique semble être écartée par Obama et Hollande.
Déjà, comme l’ont compris les convives devant leur traditionnel briani de poulet au riz basmati, le compte à rebours semble avoir commencé sur le chemin de Damas…