La présentation du discours-programme du gouvernement par le président de la République le 24 janvier prochain retient l’attention à plus d’un titre. Elle marquera le vrai début de la nouvelle session parlementaire depuis les dernières élections générales. Les deux dernières séances ont été consacrées à la prestation de serment des nouveaux parlementaires, à l’élection du Speaker et de son adjoint ainsi que ceux qui seront affectés à différentes fonctions parlementaires, d’une part, et à l’élection du nouveau président de la République et de son adjoint respectivement.

Il fut un temps où le discours-programme, ou le discours du trône (avant l’accession de Maurice au statut de République), était un rituel annuel. Elle marquait le début d’une nouvelle session qui était généralement prorogée à la fin de l’année. Par la suite, le gouvernement a adopté le principe d’une session qui pouvait durer pendant tout un mandat gouvernemental, sauf s’il y avait un changement de gouvernement ou de Premier ministre, comme cela a été le cas après le passage de témoin entre sir Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth en janvier 2017.

Maintenant que ce dernier a été confirmé à ses fonctions, ce nouveau discours-programme devrait être porteur de sa vision et de ses ambitions pour le pays. Saura-t-il donner l’impulsion nécessaire au développement de ce pays et un sens de direction à la nation mauricienne, qui cherche encore sa voie. Saura-t-il être à la hauteur de la confiance placée en lui par l’électorat ? Une lourde responsabilité pèse donc sur l’équipe de rédaction présidée par Nando Bodha.

Toutefois, ce dernier n’aura pas à réinventer la roue puisqu’il a déjà participé à la préparation de la Vision 2030 qui, à l’époque, était présentée comme un symbole de la coopération entre le gouvernement et le secteur privé. La National Business Roadmap publiée par Business Mauritius à la fin de l’année dernière est un document précieux. Il traite des forces et des faiblesses du pays et formule une série de propositions dans les domaines clés du pays, dont la gestion des ressources naturelles, le capital humain, la consolidation de la bonne gouvernance et des règles durables, et les défis concernant les vulnérabilités environnementales, le tout en prenant en compte les défis qui se présentent au niveau climatique.

Le programme gouvernemental devrait pouvoir prendre en compte toutes ces propositions et élargir davantage la réflexion en prenant en considération la situation sur le plan local ainsi que le positionnement géopolitique de Maurice dans la région de l’océan Indien et d’Afrique. On s’attend aussi à des propositions ambitieuses concernant l’économie, qui tend à patiner, l’énergie qui est la clé du développement du pays, le tourisme, qui doit trouver un équilibre entre le tourisme de luxe et le tourisme de masse, ainsi que l’éducation, qui doit être un accélérateur du développement social et économique pour tous, et pas uniquement pour une élite fortunée. Jeudi, Ivan Collendavelloo mettait le doigt sur un « imperfect electoral system that needs to be improved ». À quand une solution consensuelle ? Les attentes sont nombreuses. Souhaitons que des propositions émergent des débats parlementaires sur le discours-programme et susciteront des réactions dans le pays en général.

Bien entendu, la présentation du discours-programme a une dimension politique. Les partis de l’opposition comptent ainsi bien saisir l’occasion pour mettre de l’avant leurs revendications. D’où l’idée du boycott symbolique de la lecture du discours-programme. Hier, aucun consensus n’avait d’ailleurs été dégagé. Si l’opposition saisit l’occasion de montrer son unité, il semblerait que les motivations, elles, divergent. Tous les partis n’ont pas la même approche concernant les pétitions électorales. Ainsi, si le PTr et son leader, Navin Ramgoolam, contestent les élections générales, le MMM, lui, ne réclame qu’un “recount” dans certaines circonscriptions. Certains sont d’accord avec une action conjointe entre les députés au niveau du Parlement sous la houlette du leader de l’opposition, à condition que le leader du PTr ne tire pas les ficelles comme un leader extraparlementaire. Le MMM devrait annoncer sa position aujourd’hui alors que le PMSD, partenaire du PTr, attend qu’il y ait un consensus pour prendre sa décision finale. Un vrai imbroglio politique.

Jean Marc Poché