L’ensemble des institutions du secteur privé semble accueillir favorablement les mesures et politiques annoncées hier dans le discours-programme pour la période 2012-2015. Le Joint Economic Council (JEC), dans une première réaction officielle à la mi-journée, pense qu’il y a dans ce discours-programme « continuité dans la stratégie de diversification de l’économie » mais fait état également de certaines inquiétudes, notamment sur la politique d’accès aérien et l’amendement des lois du travail. Les institutions du secteur privé, tout affirmant qu’elles sont prêtes à apporter leur contribution dans la mise à exécution, considèrent que c’est dans l’efficacité de l’implémentation des mesures que dépend le succès du discours-programme.
Dans un premier commentaire général, le JEC considère qu’en sus de la continuité dans la stratégie de diversification économique et de la promotion de la coopération régionale, le discours-programme reconnaît la nécessité de renforcer davantage le cadre de facilitation des affaires et qu’il met l’accent sur le besoin de revoir le programme de développement des ressources humaines. Le discours-programme, poursuit le JEC, veut encourager le secteur privé à investir dans les infrastructures et semble accorder priorité à la question de law and order tout en veillant à ce que la fonction publique puisse répondre aux besoins stratégiques du pays.
Cependant, le JEC note avec inquiétude que sur la question de politique d’accès aérien comme énoncée à la page 14 (paragraphe 25) du discours-programme, le sujet est abordé de façon restrictive. « Air access policy is a wider issue and goes beyond Air Mauritius », souligne la direction du JEC. Cette dernière constate également que le gouvernement, en dépit du fait que les nouvelles lois du travail ont permis d’éviter une forte remontée du chômage pendant la crise économique, souhaite apporter des amendements à ces législations. L’instance suprême du secteur privé estime que le gouvernement aurait dû établir les coûts totaux d’implémentation des mesures annoncées dans son discours-programme et ce avec des délais d’exécution bien définis des stratégies et autres activités proposées.
« The Government Programme does propose a broad road map with a wide range of issues and challenges. The successful implementation of such a road map will be critical for the success of the proposed programme », estime le JEC.
Interrogé par Le Mauricien, Ahmed Parkar, président du JEC, soutient qu’une implémentation efficace des mesures contenues dans le discours-programme aura des retombées positives sur l’emploi tout en créant un dynamisme au sein de l’économie. Le discours-programme, ajoute-t-il, évoque des partenariats secteur public-secteur privé (PPP) et ceux-ci, selon lui, devraient contribuer au développement des secteurs de l’eau, du transport, de l’énergie et du réseau routier, entre autres. Le secteur privé, indique Ahmed Parkar, va être partie prenante pour la réalisation du discours-programme.
Logistique
Du côté de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), le président, Cédric de Spéville, trouve que certaines mesures intéressantes ont été annoncées, notamment l’initiative du gouvernement de venir de l’avant avec une économie océanique. « Nous avons un territoire de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, dont nous devons tirer profit. L’idée générale est très bonne. Mais il faut que le gouvernement soit plus précis dans son approche et qu’il vienne de l’avant avec des mesures spécifiques. Ce nouveau pilier devrait générer des emplois et créer de la richesse », dit-il. Cédric de Spéville note également avec satisfaction que le gouvernement veut continuer à investir dans les infrastructures publiques (port, routes, etc.). « Je constate, par ailleurs, que le discours-programme consacre une part importante à la famille, l’enfance et l’éducation entre autres. C’est la base même de toute société. Ces mesures annoncées, il est important qu’il y ait un suivi systématique, et qu’elles soient exécutées rapidement », déclare le président de la MCCI
Pour ce qui est du secteur industriel, la Mauritius Export Association (MEXA) relève les engagements pris par le gouvernement pour renforcer le secteur d’exportation. « Nous accueillons favorablement l’idée de créer un État océan et des activités industrielles qui peuvent être initiées autour de ce concept », souligne Danielle Wong, directrice de la MEXA.
Pour ce qui est des infrastructures, poursuit-t-elle, le discours-programme fait état de mesures concernant le port, l’aéroport et le secteur du transport mais l’association regrette que la question de développement de la logistique comme un ensemble n’ait pas été mentionnée. « Certes, le développement du port, de l’aéroport et du réseau routier fait partie du système de logistique qui a besoin d’être amélioré ; nous avons souhaité une harmonisation du système et que cela soit souligné dans le discours-programme », fait-elle ressortir.
Danielle Wong estime qu’on ne peut parler d’intensification des échanges commerciaux avec l’Afrique s’il n’y a pas une volonté pour développer la connectivité et la logistique. À la MEXA, on considère que la mise sur pied d’une Project Management and Delivery Unit sous l’égide du Bureau du Premier ministre va dans la bonne direction. « Nous pensons que la participation du secteur privé aux travaux de cette cellule doit être recherchée par les autorités », dit la directrice de la MEXA.
Vincent d’Arifat, président de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), apprécie la philosophie du discours-programme. « Des mesures touchant divers secteurs de l’économie dont la manufacture, le tourisme, les petites et moyennes entreprises ont été annoncées. J’accueille avec satisfaction l’idée de créer un État océan et l’exploitation optimale des ressources maritimes. Il y a des projets touchant l’infrastructure en général mais pour ce qui est du secteur portuaire, qui est un maillon essentiel de notre développement économique et celui du secteur manufacturier, je pense que les choses ont trop traîné et qu’il faut maintenant bouger vite. Il faut rendre notre port plus efficace », dit-il. Pour Vincent D’Arifat, il faut fixer un objectif national de porter la part du secteur manufacturier (industries domestiques et d’exportation confondues) dans le Produit intérieur brut national à 25 % au lieu de 18/19 % comme c’est le cas actuellement.
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MEF: Concertation effective
« Le discours-programme met en lumière les priorités du moment et celles des prochaines années », a déclaré le directeur de l’association patronale Azad Jeetun au Mauricien. « Il met l’accent sur la prospérité économique du pays et cette prospérité dépend beaucoup de la croissance économique, du développement des secteurs existants et des secteurs nouveaux, du renforcement des infrastructures, entre autres. Tout cela, nous l’accueillons favorablement. En ce qui concerne le progrès de la population, nous disons toujours que l’Éducation est une priorité pour le succès de l’individu, sa famille, son entreprise et son pays. Tout dépend maintenant de l’implémentation du discours-programme. Il faut beaucoup de concertation entre le privé et le public. À la MEF, nous sommes prêts à collaborer pour que les objectifs fixés soient atteints ».
Par ailleurs, dans les milieux du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication, on trouve que le discours-programme contient de bonnes intentions… Mais, comme le souligne Roshan Seetohul, président de l’OTAM, il reste à mettre à les mettre en pratique.