Le vice-Premier ministre et ministre des Finances est intervenu hier après-midi au Parlement sur le discours-programme. Xavier-Luc Duval s’est dit confiant qu’en dépit des profonds bouleversements dans les pays qui constituent nos principaux marchés touristiques et d’exportation, Maurice bénéficiera à long terme de la crise économique européenne. Il est convaincu que le déplacement du pôle de croissance économique vers l’Asie, notamment, jouera en faveur de Maurice. De par sa position géographique, l’île est appelée, dit-il, à devenir pleinement le « gateway » entre l’Asie et l’Afrique.
« Nous sommes cette fois réellement à la croisée des chemins », estime le VPM et ministre des Finances. De nos décisions et de l’application du programme gouvernemental 2012-2015 dépendra le sort de Maurice, dit-il. « L’Europe sera cette année en récession selon un récent rapport du FMI. Nos principaux marchés sont à genou », souligne Xavier-Luc Duval, qui rappelle que notre industrie touristique dépend à 60 % des arrivées européennes, que nos produits d’exportation, notamment le sucre et le textile, tirent leurs revenus du bloc européen. Toutefois, malgré cette conjoncture extrêmement difficile, Maurice a fait preuve d’une résilience extraordinaire et devrait connaître cette année « a more than reasonable growth rate ». Le ministre des Finances s’est montré optimiste : « For once fate is going to do us a good turn », dit-il. Ce changement relatif en Europe nous affectera indirectement, dit-il. De même le déplacement de la création des richesses vers l’Asie pourrait, si nous savons en tirer avantage, influer positivement sur le tourisme, le textile, et l’offshore mauriciens. « Ce que le Singapour est à l’Asie, Maurice l’est pour le continent africain », dont elle constitue, dit-il, le portail d’accès.
“Mismatch”
Parlant de la productivité locale, Xavier-Luc Duval a plaidé pour une meilleure adéquation entre éducation, formation et emploi. A ce jour, le pays compte 44 000 chômeurs, mais en revanche emploie 38 000 ouvriers étrangers. « The challenge is to train our workforce to take jobs available. There is a mismatch between education, training and employment available », souligne-t-il. Tout le monde ne peut devenir médecin, avocat, ou banquier et un changement de mentalité est nécessaire. Les Mauriciens doivent comprendre que pour avoir une un high-income economy, ils doivent produire davantage. Le ministre des Finances concède que le salaire d’un ouvrier est très bas à Maurice comparé à d’autres pays, mais la productivité, tout aussi basse selon lui, doit augmenter.
FDI
Au chapitre des investissements directs étrangers, le VPM rappelle que ceux-ci apportent non seulement de l’emploi et des revenus, mais aussi le savoir-faire et la technicité. Et de déplorer : « FDI in manufacturing is so low. We need FDI that bring knowhow. » Le Board of Investment a un rôle crucial à jouer pour attirer des investisseurs de Chine où le minimum salarial offert à la masse ouvrière a tellement augmenté que cette situation devrait voir la délocalisation d’industries vers Maurice : « Rise in Chinese wages will move jobs to Mauritius. » M. Duval a aussi abordé le traité de non-double imposition avec l’Inde, où Maurice, dit-il, est en train de rechercher une « win-win situation » sur le plan fiscal. Il est confiant que le prochain Joint Working Group Maurice-Inde – prévu le 23 août – verra la prise rapide de résolutions en vue de « erase uncertainty » entre les deux pays.
Parlant de l’action gouvernementale, le ministre des Finances a d’autre part évoqué le « major revamping of our Land use policy and of the utility sector » avec des développements infrastructurels conséquents pour l’avenir. Pour sa part, dit-il, le secteur privé doit jouer son rôle, notamment en matière d’emploi. Parlant de pratiques de « protez montayn », il a plaidé pour un secteur privé qui offre des chances égales à tous (equal opportunities), alors que la fonction publique doit, elle, développer une culture du travail et de la performance. Le VPM s’est dit confiant et ambitieux pour le pays : « Il nous faut travailler pour que les revenus du pays par tête d’habitant, actuellement de 8 800 USD, augmentent à 14 000 USD d’ici dix ans. »