Intervenant hier au Centre Che Guevara, à Rose-Hill, dans le cadre d’un débat organisé par le Collectif 1er Février pour commémorer le 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice, le secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien (COI), Jean-Claude de l’Estrac, a dénoncé « le manque de volonté politique » pour améliorer le sort des descendants d’esclaves, estimant que « cela ressemble à un génocide ». Il a plaidé pour l’instauration d’une discrimination positive et une meilleure éducation préprimaire pour les descendants d’esclaves, lors d’un débat sur le thème « L’Esclavage dans l’océan Indien ».
« On sait très bien qui sont ceux qui continuent à subir les séquelles de l’esclavage, où ils habitent et combien ils sont. On sait que le présent système favorise certains au détriment des autres, mais il y a comme un manque de volonté délibéré pour attaquer ce problème à la source. Cela ressemble à un génocide », a affirmé Jean-Claude de l’Estrac. « Ce problème, on l’a clairement défini démographiquement et statistiquement. Nous savons exactement qui sont ceux qui subissent encore les séquelles de l’esclavage et nous savons exactement quels types d’aides donner. Zot kone kifer zot pa adres sa issue-la ? Kifer pena sa polisi-la? ? À la fin, c’est soupçonneux », a-t-il soutenu.
Le secrétaire général de la COI a exprimé sa « conviction » que la solution passait par l’éducation. « Pour corriger ces inégalités héritées, cela passe par une discrimination positive et par l’acquis de l’éducation ». Dans ce contexte, il a expliqué que la clé de la solution pour ceux frappés par l’échec se trouve au niveau de l’éducation préprimaire. « Dan primer li tro tar, lekours fini large. Me mo pa tann koz preprimer ditou », a-t-il déploré.
Auparavant, l’intervenant a retracé l’histoire de l’esclavage dans le monde. Rappelant que l’esclavage existait dans des sociétés de la région de l’Europe du Sud-Est, les Balkans notamment, bien avant le phénomène du déracinement des Africains et de la traite négrière, il a fait ressortir que c’est durant la période des colonies que le besoin s’est fait sentir de se procurer des esclaves à Madagascar, et ensuite au Mozambique, pour remédier à un manque de main-d’oeuvre pour ces colonies de plantation comme Maurice. « C’est ainsi que nos descendants d’esclaves sont les héritiers de traditions disparates », a-t-il précisé pour expliquer la discrimination qui se fait entre eux-mêmes.
Le secrétaire de la COI a d’autre part fait un vibrant plaidoyer pour « désethniciser » l’esclavage et proposé un programme de soutien aux familles qui en subissent encore les séquelles « olye get zot zis kouma bann ki bwar, manze, danse e pa okip zot zanfan ». Jack Bizlall, intervenant également à ce débat, a plaidé pour que les chercheurs de l’océan Indien se mettent ensemble pour étudier les similitudes sur l’esclavage pratiqué dans les différentes îles de cette partie du monde. « Nou bizin al o-dela enn komemorasyon e get seki nou ena an komun. Nou bizin get bann dat, statistik, rol legliz katolik, kategorizasyon bann esklav, drwa de retour e la kestyon de kompensasyon ek ekpropriasyon », a-t-il suggeré.