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La Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), par la voix de sa secrétaire Jane Ragoo, a réclamé une enquête sur les circonstances entourant la création de la compagnie Airmate Ltd. C’était samedi dernier lors d’une assemblée spéciale des employés de cette filiale d’Air Mauritius, qui s’estiment victimes de « discrimination ». Une manifestation devant les locaux d’Air Mauritius, à Port-Louis, ce mardi, une distribution de tracts à l’aéroport la semaine prochaine et une grève ont été les principales décisions votées samedi.
« Il est inadmissible et révoltant qu’une compagnie de l’État mauricien, ici Air Mauritius, puisse se croire capable de violer impunément les lois de notre République, en l’occurrence la Section 20 de l’Employment Rights Act (ERiA), et se comporter comme un “gangster de l’économie” en bafouant les droits fondamentaux des travailleurs. Le gouvernement de l’Alliance Lepep a le devoir d’y mettre bon ordre. À y voir de plus près, il devient de plus en plus évident qu’une enquête de grande envergure est nécessaire pour faire la lumière sur les circonstances entourant la création de cette compagnie par Air Mauritius et voir si cette décision n’a pas profité, comme on le voit ces jours-ci, à des petits copains », a confié Jane Ragoo au Mauricien à l’issue de cette assemblée spéciale des employés d’Airmate Ltd au siège de la CTSP, à Rose-Hill.
La syndicaliste rappelle que Airmate Ltd était, à sa création en 2006, initialement un centre d’appels appartenant à 100% à la compagnie d’aviation nationale. Par la suite, elle a commencé à diversifier ses activités et à recruter du personnel pour d’autres tâches. « Le problème, c’est que les quelque 700 employés d’Airmate Ltd sont payés trois fois moins que les employés de la compagnie d’aviation nationale, alors qu’ils font le même travail et dans les mêmes conditions. C’est une discrimination inacceptable ! » s’offusque-t-elle. La CTSP et son affiliée, la Private Enterprises Employees Union (PEEU) – qui représente les intérêts des employés d’Airmate Ltd –, estiment que cette « flagrante discrimination » envers les employés d’Airmate Ltd est une « violation » de la Section 20 de l’ERiA. Celle-ci stipule, entre autres, que « work of same value should be equally remunerated ».
« Toutes nos démarches sont jusqu’ici restées vaines et la nouvelle que ces employés d’Airmate Ltd seront bientôt sacrifiés sur l’autel d’un “New Business Plan” chez Air Mauritius est venue s’ajouter à la souffrance des quelque 700 employés concernés », s’est indignée Jane Ragoo. Lors de l’assemblée spéciale de samedi dernier, trois principales décisions ont été votées à main levée : une mobilisation des employés d’Airmate Ltd devant le siège d’Air Mauritius lorsque leurs représentants syndicaux rencontreront les membres de la direction ce mardi à 12 h 30, la distribution de tracts à l’aéroport à partir de la semaine prochaine pour « dénoncer Air Mauritius » auprès des touristes, et une grève éventuelle si leurs démarches n’aboutissent pas.
Lors de la réunion de samedi, le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, a déclaré que cette fédération syndicale comptait déposer une plainte auprès du Bureau international du travail (BIT) contre l’État mauricien pour violation de la Convention 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective que Maurice a signée. « Si on laisse une compagnie de l’État créer une filiale dans le but d’exploiter les travailleurs, demain, n’importe quelle compagnie privée fera de même », a-t-il avancé.