Alors que ses délégués s’apprêtaient à rencontrer en en début d’après-midi des représentants de la direction d’Air Mauritius pour discuter de la « discrimination » dont se disent victimes les employés d’Airmate Ltd – une filiale de la compagnie aérienne –, la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), par la voix de son président Reeaz Chuttoo, a accusé Air Mauritius de « manque d’éthique ». Le syndicaliste a affirmé, dans une déclaration au Mauricien, que le président du board de la compagnie d’aviation nationale, Arjoon Suddhoo, « n’a pas tenu ses engagements ».
« Lors de notre rencontre du 24 mars avec le président du board d’Air Mauritius pour discuter de l’affaire Airmate Ltd, Arjoon Suddhoo nous avait demandé de suspendre nos actions syndicales jusqu’à fin avril, le temps qu’il saisisse mieux ce dossier. Nous notons avec consternation qu’en attendant, le nouveau board continue la politique de “gangstering économique” de l’ancienne direction. C’est un manque d’éthique déplorable », a soutenu ce matin Reeaz Chuttoo, peu avant sa rencontre avec les représentants de la direction de la compagnie d’aviation nationale à l’Air Mauritius Centre. À noter que l’expression “gangsters de l’économie” a été inventée par Raymond Fisman et Edward Miguel dans leur livre Les gangsters de l’économie : Corruption, violence et pauvreté des nations (2008), pour dénoncer les gouvernements, les bureaucrates et les trafiquants qui détournent l’aide au développement et exploitent les travailleurs.
Reeaz Chuttoo soutient qu’Air Mauritius a créé Airmate Ltd en 2006 comme un centre d’appels et l’a transformée en 2008 en un “job contractor” pour « pouvoir miner les accords collectifs » signés avec la compagnie d’aviation nationale, et ce au détriment des employés. « Le CEO André Viljoen a lui-même concédé qu’Airmate a été transformé en un “job contractor” pour diminuer les coûts en réduisant drastiquement les salaires de manière déguisée », avance-t-il. Pour soutenir ses dires, Reeaz Chuttoo explique qu’avant la fin du délai qu’elle s’était elle-même fixé, Air Mauritius a commencé à licencier des employés d’Airmate Ltd avec deux années de service, « alors que l’Employment Rights Act (ERiA) stipule que les employés ayant deux ou plus années de service doivent être sur le “permanent establishment” ».
Le syndicaliste ajoute qu’Air Mauritius aurait introduit, pour les employés d’Airmate Ltd, une évaluation de performance alors que personne jusqu’ici n’aurait fait l’objet d’un mauvais rapport. « C’est maintenant qu’on alerte l’opinion publique alors que le département des ressources humaines découvre que certains de ses employés sont sous-qualifiés », déplore-t-il. Reeaz Chuttoo déplore également qu’Air Mauritius ait entamé des “discussions informelles” avec certains syndicats de la compagnie pour mettre en oeuvre une stratégie consistant à retirer les employés d’Air Mauritius dans les départements où travaillent également les employés d’Airmate Ltd. « C’est une manoeuvre machiavélique, car Air Mauritius pourra ensuite venir soutenir que les employés d’Airmate ne font pas le même travail que ceux d’Air Mauritius, ce qui pourrait alors justifier leurs salaires trois fois moindres », avance-t-il.
« La pire des manoeuvres, c’est qu’Air Mauritius a créé entre-temps une nouvelle compagnie, Airmate Serives, qui est un “service provider”. Cela ne nous étonnerait pas d’apprendre que ces employés qu’on licencie à tour de bras y soient recrutés à nouveau », s’indigne le syndicaliste. « Si ce n’est pas du “gangstering économique” par une compagnie appartenant de surcroît à l’État mauricien, qui est supposé donner le bon exemple de bonne gouvernance… » Le président de la CTSP a annoncé qu’une lettre a été envoyée au Premier ministre sir Anerood Jugnauth, pour solliciter son intervention en faveur des « employés exploités d’Airmate ».