« Il existe dans le pays une vraie volonté pour une réforme électorale qui introduirait un système mixte de first-past-the-post et de représentation proportionnelle », a déclaré Rama Sithanen, présent hier à la réunion entre Navin Ramgoolam et Rashid Beebeejaun d’une part, et Paul Bérenger et Alan Ganoo, d’autre part. Il a aussi rencontré hier d’autres personnalités dont le leader du PMSD Xavier-Luc Duval et Pravind Jugnauth, leader du MSM, avant d’avoir une session de travail ce matin avec Rajni Lallah et Lindsey Collen de Lalit.
Alors qu’il poursuit ses consultations, Rama Sithanen constate la manifestation de deux courants principaux. Selon le premier, la priorité doit être donnée à un système susceptible de voir l’émergence d’un gouvernement fort au lendemain des élections, gage de stabilité et d’efficacité. Et d’après le deuxième, la priorité doit être donnée à une élection juste et équitable. Parmi les autres éléments qui se dégagent, figure l’importance de la présence des femmes au parlement. Il s’agit de décider si les femmes doivent être candidates dans toutes les circonscriptions ou si elles doivent n’être présentes que sur une base nationale. De plus, si toutes les composantes de la population doivent être représentées au parlement, il s’agira de voir comment le traduire dans la réalité. Il est aussi question du seuil à partir duquel un parti pourra avoir droit à des candidats choisis à partir de la liste proportionnelle. Certains sont définitivement contre un seuil de 10 %. Le problème, observe Rama Sithanen, est qu’un seuil trop faible risque de favoriser une fragmentation de partis sur une base sectaire. Il s’agit également d’essayer de trouver un accord sur le nombre de députés choisis sur une base de représentation proportionnelle. Les différentes propositions suggèrent 14 à 30 députés.
Au chapitre de la représentation proportionnelle, plusieurs formules existent, notamment Sachs A et Sachs C. La première avait été proposée par Emmanuel Leung Shing, mais n’est pas juste, et la deuxième, proposée par Sachs lui-même, contient une base trop forte de proportionnelle. « En fin de compte, il s’agit de savoir comment réduire l’écart de sièges entre le gouvernement et l’opposition, tout en permettant au premier d’avoir une majorité confortable pour diriger. » Rama Sithanen indique que si la formule mixte avait été introduite en 1987, le gouvernement aurait eu des difficultés à avoir une majorité confortable. Quant à la question d’assurer que tous les segments de la population soient représentés au parlement, il revient aux partis, selon Rama Sithanen, d’arriver à un arrangement politique.
Dans une déclaration à la presse après sa première rencontre avec Rama Sithanen après les élections générales de 2010, Pravind Jugnauth avait présenté l’initiative de Rama Sithanen comme une démarche citoyenne. « Il a fait des recherches sur les différents systèmes électoraux dans le monde. La rencontre a permis d’échanger les idées que nous avons. C’était une réunion très enrichissante qui nous a permis de discuter sur plusieurs aspects de la réforme électorale. Un exercice très positif. Nous avons partagé le même point de vue pour la majorité des points. Certains demandent plus de réflexion. Notre principal souci est l’avenir du pays pas celui du parti. Nous attendons le rapport de Rama Sithanen avant de faire d’autres commentaires », avait dit Pravind Jugnauth. Il avait par la même occasion estimé que le rapport Carcassonne était une perte de temps.
Pour Lindsey Collen, la rencontre avec Rama Sithanen en compagnie de Rajini Lallah pendant plus d’une heure a été intéressante. Pour Lalit, il s’agit d’abord de trouver une formule qui permet de résoudre dans l’immédiat les problèmes qui se posent, dont celui des best losers. Il estime par ailleurs qu’un débat plus ouvert sur les grands changements nécessaires pour améliorer la démocratie parlementaire est primordial. « Il s’agit de donner plus de pouvoirs aux parlementaires afin qu’ils puissent contrôler l’exécutif plus efficacement. » Lindsey Collen a fait une présentation de la formule que Lalit envisage de présenter dans son rapport et dont l’application devrait obtenir le soutien des trois quarts des parlementaires. Lalit, en effet, propose la présentation de quatre candidats dans chaque circonscription à Maurice, trois à Rodrigues et un représentant des Chagossiens. À laquelle s’ajouterait 20 députés choisis à partir des listes proportionnelles avec des noms en ordre de priorité. Ce qui constituerait au total un parlement à 104 députés. « Le nombre de députés est le prix à payer pour avoir un parlement, perçu comme équitable et juste, et voir l’élimination du système best losers », a déclaré Lindsey Collen.