Une semaine s’est écoulée depuis la disparition du skipper du trimaran Équinoxe, Moteelall Soodun (58 ans), au large de l’Île Plate, alors qu’il avait à bord neuf passagers, six touristes français et trois Mauriciens. À ce stade des opérations de recherches, les chances de retrouver le skipper sont infimes malgré les importants dispositifs déployés à cet effet. Les conditions météorologiques de la semaine écoulée n’ont nullement facilité la tâche des membres de la National Coast Guard, qui ont même dû faire face à un incident majeur mercredi matin.
La journée du dimanche 27 mai avait commencé sur une mauvaise note pour Moteelall Soodun, un habitant Camp-Carol, Grand-Baie, et skipper de métier depuis plus de 20 ans. Son neveu et bras droit en mer, Sarvan Kumar Soodun (24 ans) était indisponible pour cette sortie dominicale avec des clients français sur l’Îlot Gabriel, au nord de Maurice. « Mo ti sipoze al ar li couma dabitid. Me dimans mo ti malad. An plis de sa, letan pa ti bon. Monn dir li mo pa pou ale… », raconte à Week-End l’assistant-skipper, visiblement touché par la disparition tragique de son oncle.
Moteelall Soodun devait à ce moment se tourner vers d’autres connaissances pour l’accompagner lors de cette sortie en mer, avec pour itinéraire un aller-retour entre Grand-Baie et l’Îlot Gabriel. Avec une quarantaine d’années d’expérience en mer, le skipper ne devait s’imaginer, en quittant la terre ferme, que le mauvais temps allait lui faire vivre un véritable cauchemar à bord de son trimaran Équinoxe. « Avan ariv parti l’Île Plate, enn moma lapass-la inn bouzer. Gro vag inn koumans vinn lor bato… », poursuit Sarvan Kumar Soodun. L’Équinoxe, avec à son bord neuf passagers – six touristes français et trois Mauriciens – devait être une première fois malmené par la houle, avant qu’une autre vague vienne, dans un deuxième temps, littéralement balayer le pont du trimaran. Le skipper Soodun, aux commandes du voilier, devait basculer par-dessus bord, avec pour résultat que le bateau se retrouve sans personne pour le manoeuvrer et la vie des neuf passagers en danger.
Dans les secondes ayant suivi sa chute, Moteelall Soodun aurait multiplié les efforts pour se rapprocher du trimaran et essayer de s’y agripper, mais la force du courant l’en a empêché. « Pa panike, pa trakase ! Bato-la pa pou devire », devait-il quand même lancer à ses clients, inquiets et encore à bord. Les tentatives de ces derniers de faire parvenir une bouée de sauvetage au skipper dans l’eau se sont également avérées vaines, compte tenu de la mer houleuse et des vents violents.
À 11h35, l’OPS Room de la National Coast Guard (NCG) devait recevoir un appel de détresse l’informant que le trimaran Équinoxe était en difficulté dans les parages de l’Île Plate. Immédiatement, la division des garde-côtes du Nord devait être mise en High Alert. Une première escouade, composée des éléments de la NCG de Grand-Baie et de Trou-aux-Biches dépêchés sur les lieux, devait confirmer les informations obtenues. Dans un premier temps, les opérations de sauvetage et de recherche, avec le déploiement de deux Heavy Duty Boats et d’un Defender Boat, ont procédé au remorquage du trimaran à la dérive avec ses neuf occupants. Une fois cette étape franchie avec succès, l’important dispositif mis en oeuvre pour cette intervention, avec le support aérien de l’hélicoptère de la police Fennec, devait se concentrer principalement sur les recherches en vue de retrouver le skipper Moteelall Soodun. L’opération menée jusqu’à 18h40 dimanche s’est malheureusement avérée infructueuse.
Avec le mauvais temps persistant et une mer démontée dans cette région, les rondes de la NCG pour retrouver le skipper du trimaran ont dû faire face à des incidents majeurs mercredi matin. Vers 8h30, au quatrième jour de recherche, les nageurs professionnels de la NCG devaient repérer quelque chose de suspect dans les environs de l’Îlot Gabriel. En tentant de s’approcher pour une identification, un Heavy Duty Boat, avec à son bord deux éléments de la NCG affectés à Grand-Baie, a été malmené par cinq vagues successives. L’embarcation de recherche et de sauvetage devait se retourner. Gardant leur sang-froid malgré la situation, la mer démontée et les vents violents, les deux membres de la NCG ont réussi à nager jusqu’à l’Île Plate. Une fois sur la terre ferme, ils ont été transférés par hélicoptère au Sir Seewoosagur Ramgoolam North Hospital.
Compte tenu des complications survenues mercredi et des conditions météorologiques difficiles, les responsables de la Northern Division avaient, en fin de semaine, entériné la décision de mettre un terme aux recherches par bateau. Les opérations devaient se poursuivre avec uniquement l’hélicoptère de la police Fennec. Selon les derniers recoupement effectuées par Week-End hier après-midi, il semblerait qu’avec une certaine amélioration des conditions en mer, la NCG puisse privilégier à nouveau les recherches par bateau. De leur côté, les proches de Moteelall Soodun gardent toujours espoir malgré six jours de vaines recherches. L’épouse et le fils du disparu, installés en France, sont quant à eux dans l’attente pour engager les procédures en vue d’un éventuel déplacement à Maurice.
Fait à souligner, ce n’est pas la première fois que Moteelall Soodun se retrouve en difficulté en mer. En 2000 déjà, plus précisément dans la nuit du 17 au 18 juin, l’habitant de Grand-Baie avait dérivé toute une nuit en haute mer, après qu’une vague s’est abattue sur sa planche à voile. Il sera repéré par un bateau de pêche le lendemain matin. Il a, semble-t-il, eu moins de chance dimanche dernier…