Vingt jours après le dernier contact du Dr Vivekanand Koonja avec sa famille, la police est sur la brèche pour retrouver le médecin mauricien. Les forces de police indiennes et mauriciennes multiplient ainsi les démarches, que ce soit du côté ses proches à Maurice ou de ses éventuels contacts en Inde, ou encore auprès des personnes que le médecin aurait sollicitées dans la Grande Péninsule entre le 31 décembre et le 2 janvier, date à partir de laquelle il n’a plus donné de ses nouvelles. Aux dernières informations, l’enquête menée par les plus hautes instances policières de Mumbai s’oriente vers certaines pistes à Bangalore, lieu pour lequel le Dr Koonja a acheté un billet d’avion le 31 décembre 2012 afin de pouvoir regagner Maurice. À ce stade néanmoins, si l’on soutient que l’enquête progresse rapidement, plusieurs zones d’ombres subsistent et l’énigme reste entière.
La disparition du Dr V. Koonja, affecté au Service d’aide médicale d’urgence (SAMU) de l’hôpital de Flacq, mobilise les plus hautes sphères de la police indienne et mauricienne. Depuis le 7 janvier, date à laquelle le ministère de la Santé a été officiellement averti par sa famille du non retour du Dr Koonja à Maurice, et vu de l’absence de toute nouvelle de sa part, l’alerte a été donnée aux autorités concernées à Maurice et en Inde pour le retrouver. Cette affaire est suivie de près par le ministère des Affaires étrangères, par le haut Commissariat mauricien dans la Grande péninsule, par la police mauricienne, avec notamment le concours du Commissaire de Police, et, surtout, la police de Mumbai. La police de Delhi, à travers la Lajpat Nagar Police Station, a pour sa part été informée d’un Missing person Case le mercredi 16 janvier.
Depuis, les autorités indiennes et mauriciennes entreprennent sans relâche des recherches pour retrouver le médecin disparu. Une cellule de crise à ce sujet a d’ailleurs été mise en place par le haut Commissariat mauricien en Inde. À ce stade, très peu d’informations transpirent sur ce cas de disparition. Le ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, qui était en mission officielle en Inde, a sollicité l’aide de son homologue indien, à qui il a remis des clichés du disparu et donné des détails sur son voyage. Il indique que ce dossier est suivi de très près par son ministère, en contact permanent avec celui des Affaires étrangères. La ministre de la sécurité sociale, Sheila Bappoo, également en Inde en ce moment, a de son côté mobilisé l’aide du ministre de l’Intérieur indien.
Arvin Boolell : « Un peu plus de clarté à ce stade »
Le ministre Arvin Boolell, que Week-End a rencontré hier, indique qu’il réagit « non seulement en tant que ministre mais aussi en tant que médecin ». « Cette affaire cause un vrai traumatisme pour la famille du médecin disparu », dit-il. Ainsi, le ministère des Affaires étrangères effectue un suivi constant auprès des proches du médecin, indiquant il est important de ne rien laisser au hasard dans ce genre de cas de disparition. « Il y a beaucoup de facteurs à ce stade de l’enquête qui établissent un peu plus de clarté dans une situation difficile », soutient Arvin Boolell. Toutefois, à ce jour, si l’enquête progresse rapidement, le Dr Koonja demeure toujours introuvable et les zones d’ombres sont nombreuses.
La disparition du Dr V. Koonja remonte au 2 janvier 2013. Le médecin mauricien s’était rendu en mission dans la Grande Péninsule et avait quitté le pays le 29 décembre à bord d’un vol d’Air Mauritius. Il accompagnait une patiente qui devait recevoir des soins à l’hôpital Vidyasagar Institute of Mental Health, Neuro & Allied Sciences (VIMHANS), situé à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport de New Delhi. Il est ainsi arrivé à New Delhi à 06 h 15 le 30 décembre 2012. Selon le ministère de la Santé, le médecin du SAMU a procédé au transfert de sa patiente et a quitté l’hôpital le même jour pour se rendre à l’aéroport de New Delhi où, ayant raté le vol d’Air Mauritius pour revenir au pays, il a effectué un check-in pour le vol AI315 qui devait quitter Mumbai pour Maurice à 22 h 50. (Voir en hors-texte le fil chronologique des déplacements du Dr Koonja)
Ayant raté à plusieurs reprises les vols ou les connexions lui permettant de rentrer à Maurice, le Dr Koonja s’est finalement retrouvé au Nirmal Inn, une guest house située à 6 km de l’aéroport de Mumbai, où il a effectué son check-in le matin du 1er janvier. Il ne devait pas quitter sa chambre de la journée.
C’est aux alentours de midi, le 2 janvier, que le Dr V. Koonja a quitté le Nirmal Inn, indiquant au personnel qu’il allait faire du shopping. Toutefois, il n’avait pas son sac sur lui. Il devait également indiquer au personnel de l’hôtel, ainsi qu’à son épouse, qu’il prendrait le prochain vol pour Maurice le lendemain matin.
Depuis sa sortie du Nirmal Inn aux alentours de midi, non seulement l’hôtel est sans nouvelles du médecin, mais sa famille également. Le propriétaire de cette maison d’hôte a été interrogé par la police indienne, qui a retrouvé le sac ainsi que des documents du médecin dans sa chambre. Cette disparition intrigue fortement les limiers de la police indienne et les autorités mauriciennes. D’autant que la police a retrouvé dans son sac une veste, son passeport, Rs 800 indiennes et Rs 50 mauriciennes, ainsi que son billet d’avion et une carte bancaire.
Évocation d’un « manque de places disponibles »
Le Dr. V. Koonja est un habitué de la Grande Péninsule, non seulement en raison de ses déplacements professionnels, mais aussi parce qu’il y a effectué ses études en médecine. Habitué, donc, à se rendre en Inde, sa disparition constitue un choc pour bon nombre de ses collègues qui ne comprennent pas les raisons qui seraient à l’origine des vol « ratés » du Dr Koonja. Certains avancent qu’il aurait peut-être été pris dans les manifestations qui secouaient New Delhi le 31 décembre, à la suite du viol d’une étudiante indienne. Dans une conversation téléphonique avec ses proches, le 2 janvier, le Dr Koonja aurait expliqué n’avoir pu être sur ce vol en raison « d’un manque de places disponibles ». Il leur aurait également indiqué qu’il s’arrangerait néanmoins pour être sur le prochain vol en direction de Maurice. Vingt jours plus tard, il n’a donné aucun signe de vie à sa famille.
Des proches sous le choc
La famille et les proches du Dr Koonja sont bouleversés par cette disparition et affirme ne pas savoir où pourrait se trouver le médecin. « Nous ne savons pas de quel endroit il nous a appelés le 2 janvier. Il nous a dit ce jour-là qu’il n’y avait pas de place sur l’avion la veille, et c’est pour cette raison qu’il n’a pu rentrer », font-ils comprendre. Sous le choc, ils ne souhaitent pas parler de cette affaire et comptent sur les autorités mauriciennes et indiennes pour le retrouver. Toutefois, selon nos informations, l’épouse du Dr V. Koonja a indiqué aux enquêteurs que son mari voyageait également avec un second sac qui contenait les médicaments du patient qu’il accompagnait. Elle a également confié au Consul de Maurice en Inde le numéro de téléphone sur lequel son mari l’a contactée le 2 janvier, permettant aux autorités indiennes de parler à une personne qui devait les diriger vers la maison d’hôte où le Dr Koonja a séjourné.
Le Consul de Maurice en Inde est en contact étroit avec les autorités indiennes pour suivre de près cette affaire. Selon lui, la police indienne explore toutes les pistes possibles pour retrouver la trace du Dr V. Koonja. Actuellement, la police indienne visionne les enregistrements des caméras de surveillance placées dans les lieux stratégiques que le médecin aurait pu avoir traversés. De même, les autorités policières se sont adressées à la famille pour connaître les moindres détails entourant ce médecin de 55 ans. Parmi les informations recherchées, les contacts éventuels du Dr Koonja en Inde, plus précisément à Mumbai et à l’université où il a fait ses études. Des recherches sont également effectuées auprès des centres hospitaliers pour vérifier s’il n’y aurait pas été conduit. Cette disparition suscite par ailleurs de nombreuses interrogations, avec plusieurs zones d’ombres qui restent à être éclaircies. Entre autres, l’alerte tardive donnée aux autorités mauriciennes concernant le non retour au pays du médecin, les Rs 7 000 mauriciennes prélevées du compte bancaire du médecin le 1er et le 2 janvier en Inde, et le fait qu’il n’y ait plus eu aucune transaction sur son compte.
Les autorités mauriciennes et indiennes assurent que tous les moyens seront déployés pour faire la lumière sur la disparition de ce médecin du SAMU.