Les food packs offerts par des volontaires aident des centaines de familles

Au fur et à mesure que le confinement se prolonge le nombre de familles en difficulté augmente. Sur le terrain ils sont de plus en plus nombreux à solliciter les ONG et les volontaires pour recevoir des vivres. Mais, malgré l’élan de solidarité qui a émergé depuis le début, les dons commencent à diminuer. Ce qui rend la tâche compliquée alors que la précarité s’accentue. Des volontaires sur le terrain en parlent.

“Au début, j’ai commencé par aider une dizaine de familles que je connaissais en prenant de mes propres réserves de provisions” confie Tony Ah Yu,

directeur général de Sotraclean Ltd et responsable du Neighbour Watch d’Albion. Désormais, c’est une centaine de familles qui est aidée quotidiennement par la structure qu’il a mise en place avec des bénévoles albionais. Mais la quantité de dons reste limitée par rapport à la demande qui augmente sans cesse. Plus le confinement se prolonge et plus la liste des demandes se rallonge aussi du côté de Caritas. La secrétaire générale, Patricia Adèle, ne cache pas son inquiétude : “Au début du confinement, il y avait un grand élan de solidarité mais comme la situation perdure, les dons ont drastiquement diminué alors que les demandes sont en hausse. Toutes ces familles sont vraiment en situation de difficulté.” Aide nou prochain, réseau de solidarité constitué par Samuel Carriapen sur Facebook, aide quelque 800 familles à travers le pays. « C’est très grave comme situation et je crains qu’elle ne s’aggrave davantage. Ce n’est pas simplement une question de nourriture. Les gens n’ont pas d’argent et vivent aussi avec la peur de ne pas retrouver du travail après le confinement. Ils se sentent abandonnés.”

La faim se propage.

À la base son idée était de regrouper sur une seule et uniquement page tous les appels d’aide reçus. Néanmoins, face aux nombreux posts de détresse, le graphiste, avec l’aide d’autres amis, Samuel Carriapen n’a pas hésité à descendre sur le terrain pour distribuer des vivres en puisant dans leurs propres ressources. Mais là, encore cela ne suffit pas : “Il y a encore beaucoup d’autres familles dans le besoin qui habitent des endroits difficiles d’accès et qui n’ont même pas de téléphone pour nous contacter”.

Sur le terrain, dit Tony Ah Yu : “La situation est très alarmante et elle s’empire. Ce sont des pères et des mères qui en temps normal bossent le jour pour faire manger les leurs le soir. Du jour au lendemain ils se retrouvent sans argent, sans réserve de nourriture et dans l’incapacité de se nourrir.” Depuis plusieurs semaines, cette personnalité très active dans le milieu social et son équipe effectuent deux tournées par jour pour offrir des repas chauds ainsi que des boîtes de vivres.

Les dons manquent à l’appel

Même si Caritas est disposé à mettre en place plusieurs plans d’aide, l’association se retrouve aujourd’hui face à une grande détresse. “Il est impossible pour nous d’aider tous ceux qui frappent à notre porte. Et cela, même si nous espérons du soutien suite à nos demandes auprès du Covid Fund et autres partenaires.” Si Caritas pensait à un plan d’étalant sur trois mois, les semaines à venir sont incertaines. « Même nos sponsors ont des soucis. Il nous sera impossible de tout financer seul pendent ces trois mois.” À ce stade, Caritas a offert des basic packs alimentaires et d’hygiène à 3 500 familles. Mais ses 52 cellules reparties à travers l’île devront revoir les critères : “Au début Caritas donnait à tout le monde. Mais comme certains de bénéficiaires habituels ont pu toucher une allocation de la MRA ou du SRM, nous essayons, après vérification, de venir en aide à ceux qui n’ont vraiment rien.”

Sa distribution quotidienne Tony Ah Yu la décrit comme “une goutte dans l’océan.” Chaque jour il reste confronté à une grande détresse : “Parmi ceux que nous aidons en ce moment, il y a des gens qui n’avaient jamais eu à demander de l’aide. Ils menaient une vie normale et subvenaient à leurs besoins. C’est très difficile pour eux de n’avoir aucun autre recours que de dépendre sur ces packs ou sur les repas que nous offrons. Ca m’a fait prendre conscience que nul n’est à l’abri.”

Poursuivre après le confinement

La détermination est bien présente que ce soit du côté de Caritas, de Tony Ah Yu, de Samuel Carriapen et des autres volontaires actifs sur le terrain. Patricia Adèle explique que plusieurs projets sont déjà en négociation entre Caritas et des partenaires pour des actions soutenables jusqu’en décembre : “Il est urgent de revoir certaines choses. Il faudra trouver d’autres moyens pour aider ces foyers.” S’il multiplie les démarches pour se fournir en dons, Samuel Carriapen, ancien fundraiser d’une association caritative, a aussi une autre priorité : “Plusieurs de ces familles sont dans l’extrême pauvreté et n’ont pas compris le danger de ce virus. J’ai rencontré beaucoup de personnes sans masque ni gant. Avec mes collaborateurs nous espérons très bientôt pouvoir aussi rajouter ces éléments en sus de la nourriture.” Du côté d’Albion, Tony Ah Yu pense déjà à l’après confinement : « Il ne faudra surtout pas les abandonner. Avec les autres habitants, nous tenterons de poursuivre l’aide et la distribution. Nous espérons aussi mettre en place une cellule d’écoute et de conseil pour mieux les encadrer et les orienter.”

Attention aux roder rol

Se filmer ou se photographier à faire des dons c’est une manie qui semble affecter bien des roder rol avides de likes en ce moment. En effet, ils sont quelques-uns pour qui les dons offerts constituent surtout une occasion de faire étalage de leur générosité et de se donner une bonne image sur les réseaux sociaux. Entretemps, face à eux, ils sont encore plus nombreux à offrir et à partager dans le silence et surtout dans le respect de ceux à qui ils viennent en aide. Parce que le respect de la dignité des personnes dans la précarité est aussi une règle d’or à savoir observer. Dans cette flopée de vautours à tournoyer au dessus du malheur figurent aussi des politiciens qui restent en mode campagne électorale malgré l’urgence et la détresse humaine.