La situation de l’eau est préoccupante. Pas aussi dramatique que l’année dernière où l’ensemble du pays était dans le rouge, mais néanmoins alarmante, indique la Central Water Authority (CWA). D’autant que les grosses averses prévues pour mi-décembre par la station météorologique de Vacoas ont pris du retard et n’arroseraient l’île qu’en février 2013. Avec la baisse du niveau de nos réservoirs, actuellement à 44% en moyenne de leur capacité et la chute drastique des nappes phréatiques, remplies à 25%, un régime plus sévère de la distribution d’eau pourrait être appliquée le mois prochain. La CWA compte, cependant, faire un constat général fin janvier pour décider de la marche à suivre. En attendant, l’appel à l’utilisation judicieuse de l’or bleu est réitéré, en particulier en cette fin d’année, période durant laquelle la population mauricienne s’adonne au grand nettoyage…
Le calvaire des abonnés de la CWA est loin d’être terminé. L’eau manque toujours dans les robinets. Davantage dans certaines régions, notamment dans l’Est et le Sud-Ouest, où la sécheresse hydrique est plus conséquente cette année.
En effet, si nos réservoirs ont atteint la barre de 44% en moyenne, la situation au niveau des nappes phréatiques inquiète le plus la CWA. « En 2011, la sécheresse était généralisée et le Plateau Central en a davantage souffert. Cette année, la sécheresse a une portée régionale. Les régions du Sud Ouest et de l’Est sont beaucoup plus affectées », explique Bishek Narain, responsable de la communication à la CWA. Cela, même si — en raison des dispositions prises par les autorités pour assurer une distribution d’eau à intervalles réguliers dans ces régions, à la suite des manifestations des habitants des villages de l’Est et du Sud-Ouest — depuis quelques jours, la situation s’améliore lentement.
Les manifestations d’exaspération des habitants de Dilo Pourri, Le Morne et qui ont même conduit à plusieurs arrestations, n’auront ainsi pas été vaines. Depuis une semaine, selon nos informations, les abonnés perçoivent un peu mieux l’eau, même si la distribution se fait toujours par camions-citernes mais à intervalles plus réguliers. Plusieurs hauts cadres de la CWA, accompagnés des députés de la région, se sont également rendus sur place vendredi pour une réunion d’explication avec ces habitants. « Nous avons eu des soucis avec la distribution d’eau en raison de l’assèchement (75%) du forage de Yémen, qui alimente ces régions », explique Prem Saddul, président de la CWA faisant ressortir que cette nappe phréatique n’arrive à produire que 950m3 d’eau par jour contre 4000m3 généralement.
Pour pallier le manque d’eau dans cette partie de l’île, comprenant la région du Morne, La Gaulette, Case Noyale, Coteau Raffin, L’îlot Fortier, Morcellement Gambier…, la CWA a également pris des dispositions, avec le concours de Médine Sugar Estate, pour l’installation de 5 km de tuyau allant de Trois Mamelles à Magenta et de Casela à Tamarin. Une pompe plus puissante a également été installée à Beaux Songes. Mais comme mentionné plus haut, le taux de remplissage des forages, dans cette localité, inquiète la CWA.
Idem en ce qui concerne la région Est où, même si la distribution d’eau semble s’être améliorée (en l’occcurrence, grâce à la mobilisation par la CWA de plusieurs ressources et une plus forte concentration de camions-citernes) et suivant les manifestations de colère des habitants, l’état des forages demeure très inquiétant. La CWA a dû, dans plusieurs régions, avoir recours à des plans de secours plus aigus. Outre la connexion entre réservoirs et autres bassins d’eau, de nouvelles nappes phréatiques ont été forées et des pompes à eau ont dû descendre encore plus bas pour capter l’eau à desservir à la population.
Faites bouillir l’eau !
D’où l’appel de la CWA pour que les abonnés fassent bouillir l’eau avant utilisation. La CWA souligne que l’eau injectée dans le réseau de distribution provient des nappes phréatiques et est filtrée. « Il n’y a pas de raison de douter de la provenance de cette eau mais, par mesure de précaution, il est recommandé de la bouillir avant utilisation », dit le responsable de communication de la CWA.   
Concédant que la situation est pénible pour les abonnés de l’Est et du Sud-Ouest principalement, la CWA appelle à la compréhension et collaboration de ses abonnés. « Nous faisons de notre mieux pour alimenter équitablement toutes les régions. Dans certains endroits, c’est plus difficile, mais tous les moyens sont mis en oeuvre pour que le public puisse recevoir l’eau. La population doit aussi faire un effort pour ne pas gaspiller l’eau. Il y a beaucoup de pression sur nos réserves et il serait judicieux que nous utilisions l’eau avec sensibilité. La situation est préoccupante », dit Bishek Narain.
Le président de la CWA, Prem Saddul, fait ressortir qu' »en raison du déficit pluviométrique (plus particulièrement pour le mois de novembre qui a généré 67% de pluies en moyenne sur l’ensemble de l’île), la demande croissante d’eau potable et l’assèchement des nappes phréatiques, la situation en ce qui concerne nos réserves d’eau est alarmante. »
Déficit pluviométrique
Ainsi, si dans le Nord, le Sud et sur le Plateau Central, la situation est à ce stade plus ou moins stable, selon la CWA, toutes nos réserves désemplissent sensiblement. A hier, Mare aux Vacoas en était à 53.7% de sa capacité, contre 55,2% samedi dernier. La Nicolière affichait, hier, 39,3 % et Piton du Milieu 28,4%. Le taux de remplissage des réservoirs La Ferme, Mare Longue, Midlands Dam était, à hier, respectivement à 22,6%, 38,4% et 41,6%. Ce qui représente environ 44% pour l’ensemble de nos réserves d’eau en surface et qui fait dire à la CWA que « nous ne sommes pas en mode rouge, mais en mode orange. »
Toutefois, certaines localités des Plaines Wilhems – à l’instar de Stanley, Rose-Hill, Roches Brunes, Chemin Prison Beau Bassin, Camp Levieux et les régions avoisinantes – sont, depuis peu, affectées par un régime de distribution d’une fois par jour, entre 4h et 10h du matin. En cause: le forage de Hollyrood, qui alimente ces régions, ne pouvant produire que 8,500 m3 par jour, contre 22,000 m3 en temps normal. D’autres régions devraient aussi subir un régime de distribution plus sévère, selon nos informations.
Citant plusieurs projets mis en oeuvre pour assurer une distribution adéquate de l’eau sur l’ensemble de l’île, Prem Saddul laisse entendre que la situation empire, l’arrivée des grosses pluies, prévue il y a quinze jours, accusant un retard considérable. Certes, dit-il, quelques régions ont été arrosées par les averses durant la semaine écoulée, « mais il s’agit de pluies localisées qui ne remplissent pas les réservoirs et pas suffisantes pour faire remonter le taux de nos nappes phréatiques. » Et si selon les prévisions de la météo, les grosses averses n’arroseraient l’île qu’en janvier-février 2013, pour l’heure la CWA se contente de sensibiliser la population à une utilisation judicieuse d’eau et appelle à la compréhension du public.
On apprend que si la tendance continue, les interdictions d’arroser les pelouses ou de laver sa voiture à grande eau redeviendront d’actualité.