« Nous sommes pour la décentralisation de la distribution de méthadone, mais à condition qu’elle soit effectuée dans un milieu médical ». Déclaration de l’association Aide Infos Liberté Espoir Développement Solidarité (AILES), suite aux mesures prises par le ministère de la Santé pour décentraliser la distribution de méthadone dans les postes de police depuis le début de l’année.
AILES, qui accompagne 200 toxicomanes prenant de la méthadone, insiste sur le fait que ce produit est un médicament de substitution et qu’en tant que tel il devrait être distribué dans les hôpitaux, les Area Health Centres, les pharmacies et les caravanes de santé avec le concours des ONG travaillant avec les toxicomanes. Brigitte Michel, la responsable d’AILES, émet des réserves au sujet de la distribution de ce médicament dans les postes de police car, dit-elle, les patients qui sont des personnes vulnérables, y sont exposés à des abus de la part des agents de police. AILES se dit prête à dialoguer avec le gouvernement pour que les patients aient accès à leur médicament dans un environnement plus « friendly ». L’association avait déjà proposé à l’ancien gouvernement, sans succès, le système du Take home dose, une pratique en vigueur en Europe et à La Réunion et qui consiste à donner aux patients qui sont stables des doses de méthadone tous les trois jours ou une fois par semaine. « C’est à la personne de gérer ses doses. Cette formule est indiquée pour les personnes qui travaillent, qui mènent une vie normale et qui sont bien réintégrées dans la société », explique Brigitte Michel. Ce système pourrait s’appliquer aussi, dit-elle, aux personnes traitées à la méthadone qui suite à une maladie ou à une intervention chirurgicale sont hospitalisées.
AILES souhaite que les personnes sous méthadone soient également consultées lors de prise de décision les concernant. L’association estime qu’il faut faire une évaluation avec ces patients et leur faire confiance. « Ce sont des adultes, il ne faudrait pas les infantiliser », affirme-t-elle. La porte-parole d’AILES observe que la décentralisation de la distribution de méthadone dans les postes a été prise pour dissuader des toxicomanes à s’attrouper pendant la journée dans les rues et auprès des zones résidentielles au grand dam des riverains. La décentralisation, dit-elle, permet à plus de personnes d’aller travailler après avoir obtenu leur dose de méthadone tôt le matin. « Nous souhaitons une approche inclusive. Il faudrait aussi donner à ces personnes une formation professionnelle et apporter des modifications au Certificate of character (certificat de moralité) afin que la personne ne soit pas pénalisée toute sa vie si elle a fumé un joint dans sa jeunesse par exemple. Nous demandons une amnistie pour que les délits soient rayés après cinq ans si la personne s’est bien comportée pendant cette période ».
Le programme de réduction de risques du ministère de la Santé est confronté à une réalité criante : la discrimination dont sont victimes les patients traités par la méthadone et leur difficile accès au monde du travail. « Ces personnes sont licenciées quand leur employeur apprend qu’elles suivent le traitement de substitution aux opiacés », notait la Reduction Harm Unit du ministère de la Santé lors de la dernière conférence de la Commission de l’océan Indien sur le VIH/sida il y a deux ans à Maurice. Actuellement, 50 % à 60 % des bénéficiaires du traitement à la méthadone travaillent régulièrement. « Reste à instaurer un éventail de services pour ces patients selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et favoriser leur intégration dans les services de santé communautaire », avait relevé la Reduction Harm Unit lors du colloque régional. Par ailleurs, les chiffres de la police locale avaient notamment indiqué que le nombre de délits associés à la toxicomanie avait diminué de moitié, passant de 2 600 en 2007 à 1 085 en 2012, sept ans après l’introduction du traitement substitutif aux opiacés dans les services de santé.