De l’atelier sortiront des centaines de milliers de diyas qui célébreront la lumière au soir de Divali. Potiers de père en fils depuis quatre générations, les Ragoobar d’Arsenal perpétuent une tradition quasi sacrée.
Caressant la colonne de boue érigée sur le plateau rotatif qui tourne à ses pieds, Salil ramène tout en haut une boule de terre qu’il façonne d’un geste rapide et précis. Quelques secondes à peine lui suffisent pour détacher le diya de la tour d’argile avant qu’il ne commence aussitôt le modelage d’un autre. Plusieurs petites lampes rouges ocre sont rapidement alignées sur un plateau en bois. Elles seront ensuite entreposées sur des étagères dans une autre pièce aérée où elles sécheront durant la nuit. Après triage, celles qui répondront aux normes seront placées dans un four en terre cuite pour solidifier sur du feu de bois à haute température.
Tradition.
Dans l’atelier, deux autres artisans répètent les mêmes gestes que Salil. Un brin de causette anime les lieux où les machines ronronnent en permanence. Il y a quelques années, les tours étaient manuelles. La modernisation a permis aux Ragoobar de rénover leur atelier. Mais en dehors des tours mécaniques, tout le travail continue à se faire à l’ancienne, confie Sasan Ragoobar.
La méthode utilisée chez Sa & Son respecte la tradition des potiers indiens. C’était d’ailleurs le métier du grand-père de Sasan Ragoobar lorsqu’il a débarqué à Maurice comme immigrant. L’homme avait aussitôt repris son travail. Son fils l’a suivi, et Salil, fils de Sasan, a aujourd’hui repris le flambeau.
Divali.
L’ambiance semble sereine dans l’atelier d’Arsenal, mais c’est néanmoins l’une des périodes les plus cruciales pour les potiers. Aujourd’hui seulement, souligne Sasan Ragoobar, quelque 5,000 diyas seront modelés. En ce moment, avec les prières du Durga Puja et l’approche de Divali, la production de lampes est plus importante que d’habitude.
Aussitôt la période des prières et des fêtes passée, l’atelier reprendra un rythme normal. Ici, on fabrique aussi et surtout des lampes, des bols et autres ustensiles utilisés pour les cérémonies de prières. Mais les artisans savent aussi s’adapter aux demandes spéciales des clients.
Dans la région, l’argile ne manque pas. C’est une des raisons pour lesquelles on trouve quelques autres potiers à Arsenal, dit Sasan Ragoobar. Une fois achetée, la terre est traitée, mélangée à l’eau et au rocksand, avant d’être pétrie et raffinée.
Artiste.
Pour être un bon potier, souligne Sasan Ragoobar, il faut avant tout posséder un vrai talent artistique. L’apprentissage et la pratique aident les ouvriers à s’améliorer. Une grande attention est accordée à la qualité. Chaque pièce est vérifiée à différentes étapes de la fabrication. Celles qui peuvent être récupérées sont retravaillées; celles qui ont déjà été cuites sont jetées, “car ne peut pas offrir un produit défectueux au client”, insiste le propriétaire. La moindre fêlure suffit pour qu’une pièce soit mise à la poubelle.
Quelque 500,000 diyas sortiront de l’atelier pour illuminer la route de Rama et de Krishna, qui rentreront victorieux de Ravana et Narakasura. Salil et les autres ouvriers sont au travail dès 5h et s’attellent aux différentes tâches jusque tard dans l’après-midi. Pour que brillent ces milliers de petites flammes qui célébreront la victoire du bien sur le mal.