DR DIPLAL MAROAM

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, point de départ de la crise financière qui s’était propagée sur toute la planète comme une traînée de poudre, hormis certaines réformes purement cosmétiques apportées au système bancaire, le monde de la finance n’a point connu de changement majeur. Une fois la crise passée et malgré la clarté de ses enseignements, les opérateurs ont très vite retrouvé leurs anciennes habitudes, ayant tout oublié et rien appris. Ainsi, la finance internationale est devenue aujourd’hui aussi puissante qu’elle ne l’était auparavant. Pourtant, de nombreux observateurs sont d’avis qu’après une chute si brutale avec des conséquences si étendues, le changement était inévitable. Or, c’était sans compter avec les conservateurs attitrés qui avaient tellement profité du système financier et qui ont, par conséquent, exercé un puissant lobby sur les décideurs politiques dans le but de tuer dans l’œuf toute velléité de changement.

Ainsi, l’argent étant le nerf central du système économique actuel, 1000 milliards de dollars furent soulevés illico presto et injectés dans le circuit bancaire – un investissement à la mesure de l’ampleur de la crise – afin de stimuler la relance. Mais aujourd’hui, 10 ans plus tard, le débat portant sur la méthode utilisée, c’est-à-dire, le choix entre plus de relance et plus de régulation, ne s’est toujours pas estompé. Les partisans de la régulation étant d’avis que leur méthode constitue la seule à pouvoir inverser la récurrence des crises et apporter une solution pérenne et non pas un apaisement éphémère que, selon eux, prône la relance. Certes, le système économique mondial s’est depuis stabilisé mais, vu la tendance actuelle, très volatile au demeurant, des marchés financiers, l’on se demande pour combien de temps encore serons-nous à l’abri d’autres secousses.

Aux crises financières, économiques et celle de la dette qui sanctionnent bien évidemment l’échec d’un modèle de développement, est venue s’ajouter celle de l’environnement. En effet, un système économique reposant sur la croissance à tout prix, qui elle-même dépend essentiellement de la disponibilité des matières premières, majoritairement non renouvelables, compromet inévitablement la durabilité de son existence. En France, la démission fracassante de Nicolas Hulot en tant que ministre de la Transition écologique le 27 août dernier, constitue un parfait indicateur de l’incompatibilité du système économique actuel aux exigences écologiques fondamentales. Une hirondelle ministérielle ne faisant pas le printemps environnemental, beaucoup s’interrogent aujourd’hui à propos de la pertinence de sa décision, l’an dernier, de se joindre au gouvernement d’Édouard Philippe. Ainsi, pour de nombreux observateurs, ce départ prématuré de Nicolas Hulot était inscrit d’avance. Ayant, manifestement, sous-estimé la puissance et l’omniprésence de la finance, il n’a pu qu’exprimer des regrets, lors de la passation de pouvoir à son successeur le 4 septembre dernier, pour n’avoir pu, au cours des 15 derniers mois, « combler l’écart entre l’économie et l’écologie ». En effet, comment peut-il en être autrement quand les marchés financiers sont toujours animés d’une logique de court terme qui les conduit à préférer la croissance et le profit d’aujourd’hui à un environnement planétaire sain pour la survie des générations futures.

Par conséquent, à la question qu’avait posée Nicolas Hulot après sa démission en direct sur France Inter : « Avons-nous commencé à réduire les gaz à effet de serre, les pesticides, à enrayer l’érosion de la biodiversité ? », la réponse également était connue d’avance. Car, ce n’est certainement pas à Paris uniquement que le projet d’assainissement global peut se réaliser. Il requiert l’implication active et concrète de tous les États, grands et petits, riches ou pauvres, agissant de concert, sans compromission aucune, pour atteindre un seul et unique objectif – la sauvegarde de la vie sur la planète. Car les conséquences de la subordination de l’homme à l’économie ne connaissent pas de frontières. Or, déjà, pour des motifs purement économiques et financiers, le plus grand pollueur mondial s’est désolidarisé de la communauté internationale en se retirant de l’accord de Paris mais aussi en avouant qu’il ne reconnaît plus l’implication des énergies fossiles dans la pollution de notre biosphère.

Bref, l’économie ne peut plus continuer à évoluer selon ses propres règles au mépris d’autres considérations qui affectent directement le bien-être de l’homme et son environnement.