Trois semaines après avoir envoyé à chacun des parlementaires un document détaillant la discrimination salariale et autres que subissent les 466 200 travailleurs du secteur privé, la secrétaire de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Jane Ragoo, peut difficilement cacher son indignation. Seul un émissaire du MMM, parti de l’opposition, a daigné prendre contact avec la CTSP pour discuter du problème, soutient-elle.
« Quelques semaines de cela, la CTSP a officiellement envoyé à chacun de nos députés à l’Assemblée Nationale un document qui donne le détail des discriminations salariales et autres que subissent les quelque 466 200 travailleurs du secteur privé, tandis que les 83 000 employés du secteur public sont manifestement mieux lotis, avec la publication tous les cinq ans du rapport du Pay Research Bureau (PRB) qui révise leurs salaires et autres conditions d’emploi. Les députés sont élus principalement par les travailleurs du secteur privé et nous ne voulions pas, à la prochaine rentrée parlementaire en octobre, qu’ils puissent plaider l’ignorance de la dure réalité de la situation précaire de ces employés », a expliqué au Mauricien Jane Ragoo. « Jusqu’ici, seul le député Veda Balamoody a pris contact avec nous, nous disant qu’il intervient en tant que représentant de son parti, le MMM, et il a cherché un rendez-vous avec nous pour approfondir la question », a-t-elle révélé. Elle a ajouté que la CTSP est en discussion pour décider d’une date de cette rencontre.
« Il est inacceptable qu’un député qui a été élu majoritairement par des travailleurs du secteur privé ignore les conditions précaires dans lesquelles ces derniers sont quotidiennement appelés à gagner leur vie », affirme Jane Ragoo.
« Nu nepli kapav kontinie kumsa kot ena deux kalite travayer dan pei. Enn kote ena 83 000 fonksyoner ki zot saler ek kondisyon travay revize par PRB tou le 5 an, ek de lot kote ena 466 200 travayer employe dan sekter prive, parmi lekel ena environ 300 000 ki zot saler ek kondisyon travay minimum revize par le National Remuneration Board (NRB) a traver 30 Remuneration Orders (RO). Me seki ou bizin kone, seki sa bann RO-la, zot revize selma kan le minis du Travay reve ».
Jane Ragoo affirme que les parlementaires ne doivent pas ignorer que de ces 466 200 employés du privé, si environ 300 000 sont couverts par un RO, les 150 000 restants ne bénéficient d’aucun salaire ou de conditions d’emploi minimum. « Cela, alors que la République de Maurice a signé la Convention N° 26 sur le Minimum Wage Fixing Mechanism », déplore-t-elle. « Sa bann 150 000 travayer la zot vinn principalman de bann sekter ICT (call centres), de sekter financie (la bank) ek service (zanfan handikape), kot 85 % travayer bann madam ».
Pour aggraver la situation, poursuit l’intervenante, Statistics Mauritius a confirmé que plus de 100 000 travailleurs de la République de Maurice touchent moins de Rs 6 000 par mois, avec un Basic Salary ne dépassant pas Rs 5 000, et que 85 % parmi eux sont des femmes. « Quand on réalise que selon le Price Survey que la CTSP fait régulièrement tous les trois mois, en juin 2014, le Panier de la ménagère (nourriture seulement, sans eau, ni électricité ou transport) pour deux adultes et deux enfants coûtait Rs 9 200, nous pouvons aisément comprendre dans quelle situation précaire travaillent et vivent ces familles », ajoute-t-elle.
« Comment nos députés, qui ont été élus pour représenter leurs mandants, peuvent-ils ne pas se laisser interpeller alors la réalité des chiffres a démontré qu’environ 100 000 de leurs mandants vivent dans une misère inacceptable. Est-ce qu’un député et sa famille pourraient vivre avec un salaire mensuel de Rs 6 000 ? » lance Jane Ragoo.
La CTSP a promis de rendre public en octobre prochain, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale pour le travail décent, le nom des députés, « de quelque bord politique qu’ils soient », qui se seraient montrés indifférents au sort des travailleurs du secteur privé. « Inn ler ki depité aret badiner dan Parlman ek pran bann problem travayer au serye », insiste-t-elle.
Rappelons que cette action de la CTSP se situe dans la continuation de la compagne « Asse diskriminasyon ! Stop travay preker ! » Elle a annoncé une série de manifestations symboliques et une campagne d’affiches à travers l’île qui culminera en une grande manifestation nationale le 6 octobre prochain dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale pour le travail décent. « Sa zur-la nou pou fer kone ki depite ena a ker lintere travayer, ki depite pa interese ar sor travayer », prévient Jane Ragoo.