Dans un entretien accordé au « Mauricien » cette semaine, Dominique Vaysse, attachée de coopération éducative au Service de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France, explique de manière détaillée des facilités mises à la disposition des Mauriciens qui souhaitent entreprendre des études en France. « Les étudiants mauriciens sont très appréciés en France. Ils sont travailleurs, obtiennent de bons résultats et ont un bon comportement. C’est un avantage pour les Mauriciens constitué à la force du poignet », souligne-t-elle. Dominique Vaysse, qui était accompagnée d’Audrey Paris, responsable de Campus France et de Marie Paul Li, annonce aussi la de mise en place à partir de cette année d’une politique d’exonérations pour les étudiants brillants qui pourraient se sentir gênés dans leurs études par les nouveaux frais de scolarité. Ces élèves sont choisis sur la base des dossiers et des éléments fournis par les étudiants concernant leur inscription pour la première année universitaire.

L’enseignement supérieur a toujours occupé une place importante dans le cadre de la politique française en matière de coopération. Cela est-il toujours le cas ?

Bien sûr, cela n’a pas changé. Après leur indépendance, beaucoup de pays n’avaient pas d’universités. Donc on faisait venir en France des jeunes qui avaient leur baccalauréat pour le premier cycle universitaire, et éventuellement, les deuxième et troisième cycles. Désormais, pratiquement tous les pays disposent d’université. Certaines sont excellentes et présentent des cycles de formation dans à peu près tous les domaines. Aujourd’hui en ce qui concerne les bourses, la France encourage les jeunes à venir faire leur master ou leur doctorat en France puisque toutes les universités ne proposent pas ce niveau d’études ou pas forcément avec le niveau d’excellence. Cela dit, on encourage les étudiants qui le peuvent, à venir dans nos institutions et établissements d’enseignement supérieur.

Donc, vous faites une différence entre les boursiers et ceux qui choisissent la France pour leurs études supérieures ?

Bien entendu. Actuellement, quelque 2 000 étudiants mauriciens sont en France. Environ 80 sont des boursiers du gouvernement français et certains sont des boursiers d’université. Une trentaine vient des lycées français et bénéficie de bourses d’excellence major (bourses de licence et master), tandis que les autres avec les bourses de l’ambassade viennent des établissements secondaires et supérieurs mauriciens, français ou étrangers (bourses de master et de doctorat). Environ 400 jeunes sont admis chaque année dans des établissements d’études supérieures en France, toutes formations confondues. Ceux qui cherchent les établissements par eux-mêmes en fonction de leurs projets d’études passent par Campus France afin de pouvoir obtenir un visa d’étudiant.

Campus France les aide-t-il à faire leur choix et à s’orienter pour leurs études ?

C’est le travail de Campus France. L’équipe de Campus France Maurice assure la promotion des études en France depuis plus de 30 ans, en expliquant les modalités d’inscription, de candidature, en orientant les étudiants vers les filières et les universités correspondant le mieux à leurs attentes et seconde l’ambassade dans la gestion des bourses d’études. De plus, un Salon « 100% études françaises » est désormais organisé en décembre chaque année à l’IFM, et permet aux élèves et étudiants de Maurice (et à leurs parents) de rencontrer les grandes écoles et universités françaises ici même, et de finaliser ainsi, bien renseignés, leur projet d’études en France. L’équipe conseille également les étudiants qui ont des idées de profession sans savoir comment faire, les conseille sur les procédures et les calendriers.

Il n’y a pas que des universités, il y a aussi les grandes écoles…

Certains étudiants mauriciens éprouvent des difficultés à s’inscrire en classe préparatoire dans la mesure où les mathématiques enseignées en France ne sont pas en adéquation avec les méthodes utilisées à Maurice qui sont d’inspiration britannique. Avec un effort, ils s’adaptent mais ce n’est pas toujours facile. Cela est vrai quant aux classes préparatoires pour les écoles d’ingénieur. Il y a aussi des classes préparatoires pour l’École normale supérieure. Il y a également des classes préparatoires dans le domaine de la science politique et des arts. Tout cela demande des procédures d’excellence spécifiques. Les classes d’excellence qui préparent pour les grandes écoles sont d’un niveau très élevé et même si par hasard l’étudiant n’intégrait pas une des écoles choisies, les deux années de classe préparatoires sont reconnues comme deux années d’université et peuvent être intégrées dans le cursus universitaire normal.

Je voudrais préciser que les étudiants mauriciens sont bien appréciés en France. C’est un avantage pour tous ceux qui viennent. La plupart sont des travailleurs, obtiennent de bons résultats et ont un bon comportement. Ce qui fait que lorsqu’une université reçoit une candidature de Maurice avec un dossier académique satisfaisant, elle va prendre cet étudiant. Ce n’est pas nécessairement le cas pour d’autres pays. C’est un avantage pour les Mauriciens constitués à la force du poignet.

Une nouvelle stratégie est en vigueur depuis l’année dernière. Pouvez-vous nous en parler ?

Le grand changement qu’on peut évoquer est celui qui a été lancé l’année dernière par le gouvernement français. Il s’agit d’une nouvelle stratégie d’attraction des étudiants étrangers en France en prenant en compte une étude internationale concernant la mobilité des étudiants. Il a été décidé d’instaurer des frais d’inscription différenciés pour les étudiants non européens dont les Mauriciens. L’argent récupéré est utilisé, entre autres, pour améliorer les services d’accueil en France et pallier les manquements. Un label « Bienvenue en France » a été créé pour assurer la qualité de l’accueil des étudiants en France. Ce qui inclut l’arrivée des étudiants, la simplification des démarches et le logement. Toutes les universités françaises qui adhèrent au label « Bienvenue en France » l’affichent sur leur site web en précisant leur classement. Des étoiles sont allouées en fonction des services d’accueil offerts dont le logement qu’elles sont en mesure d’offrir. Il est intéressant de noter qu’il y a aujourd’hui 5,5 millions d’étudiants en mobilité dans le monde. Ils seront 9 millions en 2025. Les autorités françaises se sont rendu compte que les frais de scolarité élevés ne sont pas déterminants pour accueillir les étudiants. C’est plutôt la façon dont l’étudiant est accueilli et s’implante dans le pays d’accueil qui compte le plus. Donc, la France a décidé d’augmenter les frais de scolarité pour les étudiants non européens de manière à leur offrir un meilleur service. Par ailleurs, le gouvernement français a décidé de mettre en place toute une politique pour favoriser la projection de nos établissements supérieurs dans les pays du Sud.

En la matière, Maurice est précurseur. Il y a déjà le campus de Medine avec l’installation de plusieurs grandes écoles. Outre Maurice, des partenariats universitaires et des antennes sont aussi installés à Singapour, Abou Dhabi, Pékin, Casablanca. Comme indiqué l’année dernière, un fonds français d’un montant de Rs 5 millions d’euros a été créé. 20 millions d’euros sont consacrés chaque année à l’AFD pour favoriser la projection des universités françaises et la recherche, plus particulièrement en Afrique. L’idée est de rapprocher les formations françaises de réputation mondiale des étudiants.

Conseillez-vous aux étudiants qui viennent solliciter vos conseils à Campus France de se tourner vers des institutions mauriciennes également ?

Cela peut se faire, dépendant des informations disponibles sur les diplômes disponibles à Maurice.

Peut-on à ce stade dire que l’enseignement supérieur en France est gratuit ?

On ne peut pas dire que c’est gratuit, mais on peut dire que cela reste extrêmement économique puisque l’État français continue à prendre en charge les trois quarts du coût des études d’un étranger. L’État français amortit la plus grande partie de la charge, même en termes de logement. Si l’étudiant est en France, il peut demander une allocation logement, sans compter les facilités au niveau de la restauration universitaire. S’il dispose d’une carte d’étudiant, il bénéficie d’une série de facilités.

Ces changements, surtout en ce qui concerne les frais d’inscription, ont-ils eu un effet sur le nombre d’étudiants mauriciens qui se tournent vers la France ?

Oui. La demande est toujours là. Notre public ne se limite pas à ceux qui veulent être admis à l’Université, mais il y a également des étudiants qui cherchent une formation au niveau supérieur, venant des lycées français à Maurice.

Quel est le coût moyen pour une année d’études en France ?

Cela devrait tourner autour de Rs 400 000 à Rs 500 000 par an, tous frais compris (frais d’inscription, logement, nourriture et billets d’avion). Les frais varient en fonction des villes. À Paris, comme on le sait, c’est beaucoup plus cher.

Des bourses sont-elles allouées à ceux qui choisissent une institution supérieure dans leur pays ?

Les bourses sont réservées à ceux qui étudient sur le territoire français. Cela peut être La Réunion.

Quelle est votre politique en matière de bourses. Favorisez-vous certaines filières ?

On travaille en la matière avec le ministère de l’Éducation de Maurice en vue de l’identification des besoins. En fonction de cela, nous décidons chaque année des filières vers lesquelles on orientera les étudiants. Cette année, c’était la science de l’ingénierie, les sciences dures, les arts et l’environnement, le traitement des déchets et le patrimoine. Il y a des étudiants qui sont à Maurice ou ceux d’autres pays qui souhaitent faire leur deuxième et troisième cycles en France. Dès lors qu’ils ont la nationalité mauricienne, ils peuvent soumettre leurs dossiers au ministère de l’Éducation à Maurice par correspondance. La décision sera prise par une commission composée de représentants français et mauriciens. La sélection se fait principalement sur le critère d’excellence. Cette année, on a attribué une trentaine de bourses. Les élèves qui sont dans les lycées français peuvent candidater à un dispositif spécial de bourses directement à Paris. Cinq étudiants en ont bénéficié cette année. Ce qui nécessite qu’ils obtiennent leur Bac avec mention très bien. Par ailleurs, on vient de remettre en place un dispositif où les gagnants des concours de l’Alliance française obtiennent une bourse pour étudier en France. Deux bourses ont été allouées aux lauréats des concours de 2018.

Avez-vous d’autres formes d’aide pour les étudiants étrangers ?

Je voudrais revenir sur la nouvelle stratégie d’attractivité des étudiants étrangers. Un point important est que pour accompagner cette mesure, la France a décidé de mettre en place une politique d’exonérations pour les étudiants brillants qui pourraient se sentir gênés dans leurs études par les nouveaux frais de scolarité. Un certain nombre d’exonérations a surtout trait aux frais d’inscription à partir de cette année à l’intention de certains étudiants pour leur admission dans les établissements supérieurs français.

Comment faites-vous la sélection ?

Sur l’excellence, sur la base de l’étude des dossiers et des éléments que nous donne l’étudiant concernant son inscription pour la première année universitaire. Ces dossiers sont traités directement par Campus France. Cette mesure a été annoncée en même temps que l’annonce de l’introduction des frais d’inscription différenciés l’année dernière. On a déjà choisi deux étudiants lauréats des bourses additionnelles du gouvernement mauricien, inscrits pour des études en France qui démarrent en septembre. Ils ont été informés qu’ils seraient exonérés de ces frais durant toutes leurs études en France. On attend qu’ils choisissent définitivement la France afin de savoir pour quels établissements ils opteront. Ils ont un choix entre trois universités pour la licence et sept au niveau du master. Grâce à cette exonération, ils n’auront pas à payer les 2 700 euros (Rs 110 000) comme frais d’inscription.

D’autres étudiants souhaitant démarrer ou continuer leurs études en France seront sélectionnés par une commission ad hoc, principalement sur des critères académiques. Enfin, des élèves des deux lycées français ayant obtenu d’excellents résultats au baccalauréat et ayant besoin d’un appui financier se verront offrir cette exonération. En outre, de nombreux établissements d’enseignement supérieur français ont déjà décidé qu’ils n’appliqueraient pas ces frais additionnels d’inscription aux étudiants étrangers (55 universités sur 75 et 9 Grandes Écoles et Écoles spécialisées). Avec ces dispositions, la France demeure une destination d’excellence pour les études supérieures, attractive à bien des égards, et encore très compétitive car présentant le coût le plus bas, parmi les quatre premiers pays d’accueil des étudiants étrangers au niveau mondial.

En termes de formation primaire et secondaire, nous constatons également une forte présence française à Maurice…

Parmi ceux qui partent en France, pas mal sortent des cinq écoles à programmes français qui opèrent à Maurice : l’École du Nord, l’École du Centre, l’École Paul et Virginie, le Lycée La Bourdonnais et le Lycée des Mascareignes. Au total, ils scolarisent 5 000 enfants depuis la maternelle jusqu’à la fin du secondaire. 70% sont de nationalité mauricienne. Parmi les 400 qui partent chaque année, on doit avoir 150 qui viennent des écoles françaises.

Il faut reconnaître que ce sont des établissements d’excellence obtenant des taux de réussite et des mentions exceptionnels aux examens nationaux de fin de collège et de lycée. Pour le Brevet des collèges (DNB), il y a entre 95% et 99% de réussite selon les années, avec un taux de mention oscillant autour de 85%. Et ce qui est remarquable, c’est qu’entre 55 et 65% d’élèves obtiennent une mention bien ou très bien. Et au baccalauréat, il y a entre 97% et 99% de réussite, selon les années dans les deux lycées, parmi lesquels 69% obtiennent une mention et 40% une mention bien ou très bien.

Ces écoles sont-elles financées par le gouvernement ?

Il y a des écoles conventionnées qui sont financées en partie par le gouvernement français et des écoles partenaires qui sont autonomes financièrement, mais pour pouvoir être considérées comme école à programme français, elles doivent respecter un certain nombre de critères très stricts qui leur permettent de dispenser l’enseignement dans les mêmes conditions que les établissements français avec les mêmes programmes, le même nombre d’heures, les mêmes règles générales et les mêmes exigences pour les professeurs. Elles doivent garantir que c’est la même chose en termes de continuité d’enseignement que les lycées français. Ces écoles existent dans 65 pays. Il y a, quand même, une adaptation locale. Ici, toutes les écoles développent des programmes de sections internationales britanniques qui permettent d’avoir beaucoup plus d’heures d’enseignement en langue anglaise et plus de littérature anglaise. Les élèves ont ainsi une double culture. Il y a le cursus français, mais ils bénéficient aussi du cursus britannique auquel d’autres Mauriciens sont exposés. Ainsi les élèves sont pris aussi bien dans les universités de langue française que de langue anglaise sans aucun problème.

En dehors de l’éducation, quels sont les autres domaines de coopération ?

Nous avons des programmes de coopération avec le judiciaire. Nous aidons à l’organisation des colloques scientifiques en partenariat avec l’Institute for Judicial and Legal Studies, l’École Nationale de la Magistrature française (ENM), au développement d’un diplôme universitaire spécifique de droit civil mauricien (avec l’université de La Réunion). Nous coopérons avec le Bureau du Directeur des poursuites publiques. Nous aidons à la formation continue des magistrats et des procureurs dans des domaines variés comme la lutte contre le trafic de stupéfiants, la saisie et la confiscation des avoirs criminels, le dépistage, la saisie, les avoirs, l’identification, la traite des êtres humains, la corruption : détection, prévention et répression.

Au niveau institutionnel, nous coopérons à la formation continue des hauts fonctionnaires à travers des stages de l’ENA, les CISAP sur des sujets tels que la communication et la diplomatie, le rôle de l’État dans l’intelligence économique. Pour ce qui est de l’environnement, la France a participé au montage de l’Observatoire Mauricien et Français de l’Environnement (OMAFE) qui étudie l’évolution de la toxicité dans un continuum terre-mer, résultant en une coopération entre l’UoM, l’INP de Toulouse et le CNRS en 2016. Dans le domaine de la santé, nous avons contribué à la formation de 150 spécialistes en partenariat avec l’université de Bordeaux depuis 25 ans. Nous avons aidé à la création du Samu et à la formation des urgentistes avec Bordeaux et La Réunion. 150 jeunes médecins ont été formés à l’Université de Maurice en collaboration avec l’Université de Bordeaux. Finalement, nous avons apporté notre contribution à la participation de Mauriciens aux concours et événements francophones.