Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, demande au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à rencontrer le leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, dès le retour au pays de ce dernier pour, surtout, le mettre en garde contre la « parade coloniale » que constitue, selon lui, la proposition faite aux Chagossiens de contester l’Order In Council de 2004 leur interdisant l’accès à leurs îles natales. Il salue la prise de position d’Olivier Bnacoult sur la question de la revendication de la souveraineté mauricienne sur les Chagos et estime que les Chagossiens doivent être mis dans le coup. Soulignant la référence faite, hier dans la presse, à Gibraltar, il insiste que la question de souveraineté relève de discussions entre Etats. Le leader de l’opposition souhaite que la Grande-Bretagne vienne avec des « propositions positives » pour que Maurice ne soit pas contraint de recourir aux Nations unies en vue d’être rétabli dans son droit de souveraineté sur les Chagos.
Paul Bérenger condamne, une fois encore, le ton « menaçant» du communiqué conjoint américano-britannique en date du 24 juin et qualifie de « niaiserie» la prétention de la Grande-Bretagne d’exercer la souve-raineté sur les Chagos depuis 1814. Le leader de l’opposition souhaite des « propositions positives » à cet égard.
Il estime, néanmoins, que l’Etat mauricien doit activer la présentation d’une résolution relative à notre pleine souveraineté sur les Chagos à l’assemblée générale de l’ONU.
Paul Bérenger rappelle, à cet effet, que ce n’est que sur la base d’un vote en faveur d’une telle résolution aux Nations unies que la question pourra, subséquemment, être portée au niveau de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye. Pour lui, il est d’autant plus urgent d’activer les choses que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a laissé comprendre son intention de saisir l’assemblée générale de l’ONU de la question à sa prochaine séance, soit, en septembre prochain. Il rappelle, de même, qu’en lien avec sa présidence tournante, c’est l’ambassadeur fidjien auprès des Nations unies qui sera le nouveau président de séance.
Il évoque les trois principaux obstacles à surmonter en vue de mettre toutes les chances du côté de Maurice: (i) une rédaction appropriée de la proposition de résolution; (ii) convaincre le président de séance d’inscrire la proposition de résolution à l’ordre du jour et (iii) l’intense campagne de lobbying à être entreprise auprès des Etats-membres en vue de s’assurer que la résolution soit adoptée par une incontestable majorité. Paul Bérenger déclare espérer, à ce propos, que ce lobbying en faveur de Maurice est déjà en cours.
Il suggère particulièrement que l’Etat mauricien obtienne, non seulement le soutien des pays comme l’Inde, la Chine, la Russie et le Japon, mais d’organisations internationales comme l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE), le Mouvement des Non-Alignés, l’Organisation des Etats islamiques et la Ligue arabe. Le leader de l’opposition rappelle que son parti et lui se sont, de tout temps, intéressés à la question de l’intégrité territoriale de Maurice et à la cause du peuple déplacé des Chagos. Il déclare, à ce propos, proposer ses «conseils de patriote ».
Order In Council: « Instrument juridique féodal »
A l’attention particulière de la jeune génération peu, voire pas informée, selon lui, de toute la problématique des Chagos, Paul Bérenger rappelle l’adoption par Londres en 1965 du Order In Council visant au démembrement du territoire mauricien en vue de la création du prétendu British Indian Ocean Territory (BIOT). Le « so-called BIOT » qui, outre l’archipel des Chagos comprenait aussi, au départ, souligne-t-il, trois îles seychelloises, dont Aldabra, depuis classée au patrimoine mondial par l’UNESCO. Avant que ces trois autres îles ne soient, finalement, restituées aux Seychelles en juin 1976 peu avant l’indépendance de cet archipel.
Il explique que le recours à « l’instrument juridique de type féodal » qu’est l’Order In Council a surtout pour but d’éviter que des décisions en Grande-Bratagne ne soient soumises à l’approbation du Parlement britannique. Il rappelle que le décret adopté en 1965 était en violation de la Charte des Nations unies et en contravention du Droit international. En 1971, rappelle Paul Bérenger, un autre Order In Council fut adopté en vue, cette fois, du dépeuplement des Chagos. C’est ainsi que plus de 2000 Chagossiens furent déportés. Ce qui, pour lui, n’était rien d’autre qu’un « crime contre l’Humanité ».
Paul Bérenger ne manque pas de souligner qu’outre d’avoir été les victimes d’une inhumaine déportation avec ce démembrement du territoire mauricien par les Britanniques, les Chagossiens ont aussi été des victimes collatérales en marge de l’accession de Maurice à l’indépendance. Il aborde, ensuite, la lueur d’espoir qui avait surgi quand la Haute cour de Londres déclara illégal le décret de déportation de 1971 le 3 novembre 2000. Il rappelle que Robin Cook, alors mi-nistre britannique des Affaires étrangères, avait laissé entendre que le gouvernement britannique n’allait pas faire appel du jugement et que les Chagossiens pouvaient, s’ils le souhaitaient, retourner dans les îles autres que Diego Garcia où se situe, précisément, la base militaire aéronavale américaine.
« David Snoxell, a l’époque Haut commissaire britannique à Port-Louis, nous avait même informés que les bateaux de pêche étaient aussi autorisés sur place, sauf à proximité de Diego», se souvient Paul Bérenger. C’est dans cette perspective, dit-il, que le gouvernement MSM/MMM d’alors avait pris l’initiative en 2001 d’entamer des pourparlers avec les Britanniques et les Américains pour que les îles autres que Diego Garcia soient restituées à Maurice sans pour autant que l’Etat mauricien ne renonce à sa souveraineté sur Diego sur laquelle il était question « d’agree to disagree » avec la partie britannique.
Paul Bérenger rappelle, dans ce contexte, sa rencontre avec Jack Straw, nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, de même que celle de sir Anerood Jugnauth et de lui-même avec le président américain d’alors, George W. Bush. Mais un développement dramatique, à savoir les attentats du 11 septembre 2001, allait, regrette-t-il, tout remettre en question. L’année suivante le gouvernement britannique décida ce que Paul Bérenger considère être un semblant d’étude de faisabilité pour un éventuel retour des Chagossiens dans les îles. Etude qui, dit-il, allait servir de prétexte, en 2004, pour une nouvelle interdiction de présence de civils dans l’ensemble des îles des Chagos.
L’appel interjeté par le GRC d’Olivier Bancoult contre ce décret de 2004 allait être rejeté en 2008 par les Law Lords de la House of Lords. Paul Bérenger rappelle que, par la suite, en 2012, les autorités britanniques devaient, semble-t-il, par mégarde, rendre publics des documents tendant à démontrer que l’étude de faisabilité entreprise quant à la possibilité d’un retour dans les îles des Chagossiens avait été manipulée (NDLR : les fameux Rashid Documents).
Il rappelle encore que, comme pour noyer le poisson, Londres décidait, en 2015, de publier une nouvelle feasibility study laissant comprendre qu’un ressettlement n’était possible qu’à la seule condition que Diego Garcia y soit aussi incluse. Ce qui, pour Paul Bérenger, n’était qu’un subterfuge en vue d’un nouveau refus. Commentant le rejet, cette semaine, par la Cour suprême britannique de la plainte du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) contestant le jugement de la House of Lords prononcé en 2008, le leader de l’opposition note que si jamais un des juges concernés avait délibéré dans le même sens qu’il l’avait fait en 2008, le GRC aurait eu gain de cause.
« Propositions positives pour éviter un recours à l’ONU »
Paul Bérenger considère hasardeux de suivre le conseil de la Cour suprême britannique suggérant aux Chagossiens de plutôt contester l’Order In Council de 2004. Pour lui, en effet, si jamais, en ce faisant, le GRC obtenait satisfaction, rien n’empêcherait les autorités britanniques d’émettre alors un nouvel Order In Council pour leur rendre la vie dure. Il rappelle, de plus, le temps que tout cela prendra avant que la Cour ne rende son jugement. « J’ai été souvent en désaccord avec des prises de position d’Olivier Bancoult. Mais je tiens à saluer sa déclaration très positive juste après le jugement sur toute la question de souveraineté mauricienne sur les Chagos », explique le leader de l’opposition.
Il note, à ce propos, que tout en soutenant la souveraineté mauricienne sur l’archipel, le leader du GRC demande que ceux de son groupe soient traités au même titre que les représentants élus de Rodrigues. C’est dans cette perspective que Paul Bérenger demande sir Anerood Jugnauth de rencontrer Olivier Bancoult dès son retour au pays en vue d’une mise en commun des points de vue sur les retombées du jugement de ce mercredi 29 juin, mais surtout pour le mettre en garde contre cette « parade coloniale » qui, dit-il, consisterait à contester l’Order In Council de 2004.
Le leader de l’opposition ne manque pas de souligner que le cas de Gibraltar (NDLR : territoire qui fait aussi l’objet d’un contentieux entre l’Espagne et la Grande-Bretagne) a été évoqué dans la presse hier matin. Il soupçonne les Britanniques de se tenir prêts à solliciter « l’aide mauricienne » pour le retour des Chagossiens dans les îles, mais dans un but inavouable. « Il y a énormément de danger dans l’air ». D’où la nécessité, dit-il, de discuter avec le leader du GRC.
« Il faut naturellement que les Chagossiens soient ‘on board’ des discussions, mais le fait est que la question de souveraineté sur les Chagos est une question qui relève de discussions entre Etats. Et les Etats sont des monstres froids», fait-il ressortir. Paul Bérenger souhaite que les bonnes relations qu’entretient Maurice avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis perdurent, Mais il estime que les Mauriciens ne doivent pas, pour autant, perdre leur «capacité d’indignation ».
« Je souhaite me tromper, mais il n’est pas dit que l’on ne veuille de nouveau créer de la division entre nous. J’espère, ainsi, que la Grande-Bretagne vienne avec des propositions positives et que Maurice ne soit pas contraint de recourir aux Nations unies pour ce contentieux sur les Chagos ».