Le Dr Anil Banymandhub, consultant en psychiatrie, est catégorique : « Nous avons, en chacun de nous, ancré au plus profond de notre être, des pulsions meurtrières. Mal gérés, ces sentiments peuvent nous mener à tuer. Nous sommes donc, tous, des meurtriers potentiels ! » Mais pour expliquer pourquoi dans certains cas les agresseurs passent de la violence physique au crime, comme finalité, le psychiatre rappelle qu’il faut « comprendre les circonstances ayant poussé la personne vers son acte ».
« Chaque crime fait deux morts : la victime, elle-même, mais aussi l’agresseur. Car après que cette personne a retrouvé la lucidité et a compris son acte, elle n’est plus la même personne… », soutient le Dr Anil Banymandhub, qui exerce depuis plus d’une trentaine d’années comme psychiatre et a pratiqué longuement en Angleterre. Et d’ajouter : « Dans la plupart des cas, celui ou celle qui a commis le meurtre, est rempli/e de remords et s’excuse. »
D’ailleurs, très souvent, lors du déroulement des procès en cour, on peut entendre les meurtriers présenter leurs excuses aux familles des victimes. « Mo exkiz mwa… », « Mo pa koner ki mo ti pe fer… », « Mo regrete… » Les colonnes des journaux en font d’ailleurs régulièrement état. « Il ne s’agit pas d’excuser ou de justifier celui ou celle qui a commis un crime. L’important est de comprendre les circonstances ayant poussé la personne vers son acte », précise le Dr Banymandhub.
Le consultant en psychiatrie explique que « dans nombre de cas, et cela a été prouvé scientifiquement, les personnes qui commettent des actes violents sont elles-mêmes des victimes de violence, et souvent, multiples. Pour nombre d’entre eux, ces expériences ont marqué leur enfance. Ces personnes sont nées et ont grandi au sein de familles où le quotidien s’est conjugué aux disputes, maltraitances verbales mais aussi physiques, injures proférées à tort et à travers… Il y a aussi des couples où le schéma “bate, zoure, crie” se solde systématiquement par une réconciliation sur l’oreiller. »
L’acte sexuel devenant, dans ces cas, quasiment un moyen d’expiation, voire un exutoire. Mais pas thérapeutique. « Car cela ne veut pas dire qu’ils ne recommencent pas le lendemain ! », ajoute notre interlocuteur. En effet, souligne le Dr Banymandhub, « un bon nombre de personnes n’arrivent pas à évoluer dans un environnement où il n’y a pas ces disputes régulières, ni ces accrochages verbaux et physiques quasi quotidiens. Elles sont comme conditionnées à vivre dans cette spirale destructive et n’arrivent plus à s’en sortir. Il se développe alors entre ces deux personnes une sorte de co-dépendance qui les empêche de vivre l’un sans l’autre… »
Un enfant ou un adolescent grandissant dans ce type d’environnement, poursuit le psychiatre, « finit, inévitablement, par reproduire ces schémas ! Non pas par choix, mais parce que justement il n’a jamais connu d’autre méthode de fonctionnement ! » Il faut comprendre, note aussi le Dr Banymandhub, que « ces personnes sont exposées, depuis un très jeune âge, à des violences émotives, physiques et sexuelles. Quelque part, elles n’ont pas choisi de devenir violentes. Mais très souvent, les circonstances et la prise de substances, comme l’alcool, aidant, elles se retrouvent à reproduire ce qu’elles ont toujours vécu. »
Les drames survenant ainsi en milieu familial et dans le couple « ne sont ainsi pas anodins. Quand on remonte à la source, on se rend compte, qu’avec le recul, il fallait s’y attendre ! »
Autre élément, relève le consultant en psychiatrie, « certains codes comportementaux, relatifs à certaines sociétés. Par exemple, dans un pays du monde, où l’on construit des îles artificielles et le pétrole coule à flot, les femmes n’ont pas le droit d’apprendre à conduire ! C’est une manière de penser très révélatrice… » Dans un autre, poursuit-il, « on contraint encore les jeunes veuves à des supplices extrêmes ; à s’isoler de la société active, comme si c’était de leur faute si leur mari est décédé ! Encore une fois, cela témoigne de certaines valeurs qui sont prônées et qui suscitent la réflexion. Certes, nous sommes à Maurice et notre société plurielle n’est pas totalement exposée à ces codes. Cependant, certains aspects subsistent. Ce qui amène certaines personnes, par moments, à croire et vivre selon ces repères qui, par exemple, en Occident, n’ont pas cours ». Selon le Dr Banymandhub, « la relation amoureuse n’est pas vécue de la même manière en Orient et en Occident. Les valeurs et comportements ne sont pas les mêmes. Ce qui provoque, à Maurice où toutes ces cultures se retrouvent, des situations souvent incomprises ».
Le Dr Banymandhub interpelle les autorités sur nos lois « qui ne sont pas adéquates en ce qu’il s’agit de la prise en charge psychiatrique de criminels. Il faudrait qu’au plus tôt, chaque personne ayant commis un acte répréhensible, qu’il s’agisse d’un crime, d’attouchements sur des enfants, d’inceste ou d’autres types de comportements déviants, puisse avoir un encadrement et un suivi médical en ce sens ». Ce qui devrait être le cas aussi pour les victimes et proches de ceux-ci, conclut le psychiatre.