La Mauritius Chamber of Industry and Commerce organisait hier matin à son siège à Port-Louis une conférence portant sur « Le futur rôle de l’Afrique dans le système international ». Dans son intervention, le Dr Armand Clesse, directeur du Luxembourg Institute for European and International Studies, a contre toute attente dépeint le système capitaliste comme celui de la « logique de la mort ».
Ce qui au premier abord s’annonçait comme une conférence portant sur les débouchés possibles du commerce vers l’Afrique ou encore comme une relecture du rôle de l’île Maurice dans un processus de mondialisation aura été contre toute attente (de la part de la presse, comme des autres invités présents) posé comme une critique du système actuel.
Le Dr Armand Clesse, directeur du Luxembourg Institute for European and International Studies, n’aura pas hésité à engranger un climat de « dissonance cognitive » dans l’assistance. Cédric de Spéville, directeur de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), aura même avoué, vers la fin de la conférence, que si les propos paraissaient « décousus » au départ, l’expert serait tout de même parvenu à susciter une réflexion en dehors des sentiers battus sur le thème « Le futur rôle de l’Afrique dans le système international ».
Le Dr Armand Clesse a d’emblée condamné les comportements « négatifs » émanant de l’Europe, de « ses vieux préjugés » et de « ses réflexes néocolonialistes » qui nuisent encore au rayonnement de l’Afrique. Il serait opportun d’enfin oser, en ce siècle, d’articuler l’effort africain autour de l’idée d’africanisme et de corriger, dans cet élan, le manque « affligeant de littérature sur le sujet ».
« On a souvent parlé d’orientalisme, d’occidentalisme. Il est temps de parler d’africanisme […] Je déplore qu’on publie encore à ce jour des livres qui parlent de culture ou d’économie sans faire mention de l’Afrique », martèle le Dr Clesse. Et de citer l’hebdomadaire anglais The Economist : « The Economist regretfully labelled Africa as a hopeless continent but the sunshine is bright there ». Une apologie qui devrait servir d’exemple à certains pays européens – telle la Belgique – qui auront été l’architecte du dépouillement de ce continent.
Flegme et charisme
Le rôle de l’Afrique à l’international sera marqué par le modèle économique à adopter. Le Dr Clesse abonde dans ce sens. Mais de quel espoir peut-on encore parler quand on considère les modèles néocapitalistes qui flanchent ? Notre spécialiste – qui allie par ailleurs flegme et charisme – dresse la situation mondiale en diagnostiquant la crise du vieux continent : une « euro-sclérose » ou « euro-fatigue », selon lui.
Les questions du Dr Clesse : « Peut-on encore vivre dans une exigence de la croissance ? Ne peut-on pas envisager une économie saine (NdlR : qui fait du bien-être le point focal de sa pensée) avec une croissance à zéro ? » Ou encore : « Faut-il que l’Afrique suive l’Europe dans sa démarche d’intégration (NdlR : calqué de l’Union européenne) ? » Le Luxembourgeois se montre dubitatif quant à cette idée. Et d’évoquer la nécessité d’une certaine « sobriété » économique. « Mais peut-on imposer la sobriété à ceux qui sont en retard ? » nuance-t-il.
Selon un membre de l’assistance – que le docteur Clesse aura décrit comme un « apologette du système capitaliste » –, un système socialiste est inenvisageable tant qu’il « n’y a pas d’argent ». « Seuls les pays riches peuvent soutenir le socialisme », avance-t-il. Intervention à laquelle le Dr Clesse aura répondu : « Selon vous, il faut le Mal pour faire du Bien », ce qui aura fait grincer quelques dents dans l’assistance.
Développement durable
Le Mauricien aura tenté de réagir aux propos du Dr Clesse. Peut-on donc parler de « développement souhaitable » au lieu de « développement durable » (en partant de l’idée que le développement des uns ne fait pas le développement des autres) ? Réaction : « Ah, ici aussi on vous sert la thèse du développement durable (sur un ton ironique) ? » Le concept de durabilité ne semble pas enthousiasmer notre interlocuteur. À Cédric de Spéville d’arrondir les angles : « Peut-être devrait-on parler de développement adapté… »
Même si la pointure n’aura pas donné de réponses « pratiques » à ceux visiblement en quête des clefs de l’Afrique, il aura su conférer un cadre intellectuel rigoureux à un débat quasi inexistant à Maurice, ou du moins souvent discrédité. Plus de questions auront été posées que de réponses offertes. Avec cette conférence, la MCCI se sera donc penchée sur « les choses conceptuelles ».
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Parcours international
Né le 15 novembre 1949 à Eschdorf (Luxembourg), le Dr Armand Clesse a été directeur du Luxembourg Institute for European and International Studies depuis sa création en 1990. Il a été conseiller spécial du gouvernement du Luxembourg de 1986 à 1994, travaillant avec le Premier ministre Jacques Santer, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Défense.
Le Dr Armand Clesse a également été un maître de conférences à l’Université de Trèves, professeur invité à l’Université de Sarrebruck (Département de sciences politiques), un chercheur invité à l’Africa Institute of South Africa à Pretoria, un conférencier au Miami University Center au Luxembourg et un professeur invité à l’Institut Max Planck de Stanberg. Il a étudié la philologie allemande, la littérature, la philosophie, les sciences politiques, l’économie européenne et le droit européen à l’Université de Bonn à Paris (Sorbonne ; Institut d’Études Politiques ; École des hautes études en sciences sociales), à la London School of Economics, au Collège d’Europe à Bruges et l’Institut universitaire de hautes études internationales à Genève.
L’originaire du Luxembourg a obtenu un doctorat en Histoire et Civilisation de l’Institut universitaire européen de Florence en 1982. Le Dr Armand Clesse a publié et édité un certain nombre de livres sur les affaires européennes et internationales.