Le Dr Chandra Shekar Ramdaursingh, gynécologue, et coordonnateur du programme national contre le cancer, estime que la démarche du gouvernement à travers la nouvelle stratégie nationale pour la santé sexuelle et reproductive est d’améliorer constamment la qualité de vie de la population. Il en parle dans cet entretien avec Le Mauricien.
Pourquoi une nouvelle stratégie nationale pour la santé sexuelle et reproductive ?
La santé sexuelle et reproductive est très importante pour nous tous, hommes, femmes et enfants. Elle commence dès la conception et dure jusqu’à la mort. Sous les Millenium Development Goals (MDG), il faut réduire le taux de mortalité, surtout chez les femmes enceintes et chez les bébés. Il faut aider la population : les jeunes à vivre une meilleure vie et les aînés à vivre plus longtemps mais sainement. Est-il intéressant de vivre longtemps mais avec une maladie ? D’où cette stratégie nationale pour améliorer constamment la qualité de vie de la population.
Mais les statistiques mauriciennes à ce sujet sont positives comparées à celles du reste de l’Afrique…
Oui, nous avons de meilleurs statistiques que le reste de l’Afrique mais lorsqu’on nous compare aux pays développés, nous constatons que nous sommes en retard. Ce n’est pas parce qu’on fait bien qu’il faut tout arrêter et dormir sur nos lauriers. Il faut poursuivre le travail déjà commencé et toujours l’améliorer. On fait déjà beaucoup de choses. Ainsi, le gouvernement a mis en place une unité spéciale pour le dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus. Toutes les femmes âgées de 30 ans ou plus qui sont sexuellement actives doivent se faire dépister régulièrement. Une caravane spécialisée ira de région en région, surtout celles qui sont défavorisées, pour cet exercice de dépistage. Le ministère de la Santé a également mis des « portable hemoglobin analyzers » dans tous les area health centres et dans une quinzaine de dispensaires pour combattre l’anémie chez la femme enceinte. Elles n’ont pas à se rendre à l’hôpital pour ce test.
Vous dites que ces services sont disponibles mais beaucoup de femmes n’en prennent pas avantage…
Auparavant, les femmes se rendaient à l’hôpital quand elles pensaient être enceintes ou lorsque le bébé commençait à bouger. Tout a changé maintenant. Le ministère a émis une circulaire pour leur dire qu’elles doivent se rendre au dispensaire ou à l’hôpital dès qu’elles sentent qu’elles sont enceintes. Malheureusement, certains infirmiers et médecins leur demandent de revenir après quatre mois de grossesse. C’est mauvais. Nous devons les suivre dès le début de la grossesse pour savoir si le foetus est normal. Certaines personnes ne suivent pas les instructions du ministère. Mais cela vient graduellement.
Quel est l’impact sur la santé de la femme ?
Si on demande à la femme enceinte de rentrer chez elle alors qu’il y a un problème, on va mettre sa vie et celle du bébé en danger. Je vous donne un exemple : on dépiste le diabète maintenant chez la femme enceinte qui n’est pas diabétique dans tous les hôpitaux. Si elle ne vient pas à l’hôpital, comment va-t-on faire ce test ? Si elle est diabétique, elle n’aura pas accès à un traitement à temps.
On rapporte que les préservatifs offerts par le ministère de la Santé seraient de mauvaise qualité. Quel contrôle ce dernier a-t-il sur leur achat ?
Ca c’est nouveau pour moi. Je ne pense pas qu’il y ait des préservatifs bas de gamme. Beaucoup de personnes pensent que c’est le ministère qui achète, alors forcément, il achète le moins cher. Ce n’est pas vrai. Nous regardons toujours la qualité et le coût du produit. Je ne pense pas que la qualité du préservatif offert soit inférieure.
Dans tous les cas, la prévention est meilleure. Que fait le ministère à ce sujet ?
Le ministère a pensé à la pilule du lendemain. Elle est maintenant à la disposition des femmes violées ou abusées sexuellement dans des cas d’inceste. Nous avons à Maurice un très bon système de planning familial.
Y a-t-il des risques que la santé sexuelle et reproductive se détériore malgré les progrès accomplis ?
Oui, parce que si jamais le ministère ne joue pas son rôle de garde-fou, il n’y aura aucun audit sur le travail des médecins. Ils feront ce qu’ils veulent. Par exemple, si on ne mène pas d’enquête sur les cas de décès, rien ne sera amélioré.
Chez les jeunes, le nombre de cas de grossesse précoce continue d’augmenter. Que fait le ministère à ce sujet ?
Pour combattre ce problème, le ministère a démarré un programme de santé dans les écoles où des médecins animent des causeries régulièrement sur les maladies sexuellement transmissibles. Nous avons aussi un service de planning familial qui marche très bien. Il y a, cependant, des petites lacunes telles que l’installation de distributeurs de préservatifs dans le domaine public. On a essayé mais certaines personnes ont saccagé les distributeurs. Il y a une mentalité à changer à cet effet. Puis, il y a le tabou, la religion qui ne doit jamais s’ingérer dans les affaires de la médecine. Nous avons fait un grand pas avec l’amendement concernant l’avortement. Les femmes ont maintenant le choix. Cet amendement prévoit également la prise en charge d’une fille de moins de 16 ans qui tombe enceinte. Elle a le droit de se faire avorter. C’est un remède à ce problème mais nous, on veut toujours faire de la prévention. Nous savons qu’il est devenu acceptable dans notre pays aujourd’hui pour les jeunes d’avoir des copains et des copines. Donc, il y a forcément des relations sexuelles. Le ministère met à leur disposition des services qui vont empêcher les jeunes filles de tomber enceintes.
Quels sont les effets de cette libéralisation sexuelle ?
Il y a une hausse des cas de grossesse précoce à Maurice parce que les moeurs ont changé. Ce n’est plus comme auparavant. Outre les copains et les copines, les parents également n’ont plus de temps à accorder à leurs enfants. Éduquer les jeunes ne signifie pas qu’ils vont avoir plus de rapports sexuels. Les statistiques sont là, nous devons continuer à les améliorer.