Les chiffres sont parlants. En 1985, le monde comptait 30 millions de diabétiques. En 2015, on en compte 382 millions. C’est ce qu’a indiqué le Dr Damien Steciuk, mardi, lors d’une conférence sur le diabète organisée par le MACOSS. À Maurice, la situation n’est pas moins alarmante. Environ 50 % de la population est diabétique ou prédiabétique. S’il s’agit là d’une maladie chronique, pour le Dr Steciuk, l’aspect positif serait que la maladie est soignable. « Un diabétique n’est pas un condamné. Il peut vivre très bien », dit-il, même à un âge avancé. « Encore faut-il qu’il ait un bon traitement, un mode de vie sain et un bon suivi ».
Il existe deux types de diabète. Un dépliant du ministère de la Santé rappelle que le diabète de type 1, aussi connu comme le diabète juvénile, se trouve généralement chez des jeunes de moins de 20 ans. La personne souffre d’un manque d’insuline parce que son pancréas n’en produit pas assez. Pour que la personne reste en bonne santé, une injection régulière d’insuline est nécessaire. Quant au diabète de type 2, il affecte davantage des personnes de plus de 30 ans. « Presque tous les diabétiques mauriciens souffrent de ce deuxième type de diabète. Ici, la personne ne manque pas d’insuline. Parfois, elle en a même trop. Dans cette condition, l’insuline ne peut aider à transformer le sucre en énergie suite à une résistance du corps à l’insuline », détaille encore le dépliant.
Détenteur d’un diplôme universitaire en diabétologie, le Dr Damien Steciuk, directeur de l’Apsa Diabetes Care Centre, indique que le diabète est une maladie évolutive, dans le sens où « elle ne reste pas pareille toute la vie ». Selon le médecin généraliste, une glycémie normale à jeun est entre 4-6 mmol/L et si une personne dépasse le taux de 7mmol/L, elle est considérée diabétique. Entre 6-7 mmol/L, le patient se trouve dans la zone dite de prédiabète qui est, souligne le Dr Steciuk, « guérissable, même sans traitement ». Le diabète est une pathologie très hétérogène, explique-t-il. « Chaque patient est différent ». Si l’alimentation est une des causes du diabète, la maladie peut aussi être héréditaire. Ainsi, chez la moitié des diabétiques, il y a un parent qui l’est aussi. « Si vous avez donc un parent diabétique, allez vous faire dépister », conseille le Dr Steciuk. « Si vous avez un jumeau identique, vous avez 90 % de chances de souffrir du diabète s’il est diabétique ».
Pour le Dr Steciuk, si nombre de personnes se retrouvent dans la zone prédiabète, c’est qu’elles ne s’adonnent pas suffisamment à des activités physiques. Le prédiabète, souligne-t-il, est guérissable. « Il y a de l’espoir. Un minimum d’exercices physiques d’une heure à raison de trois fois la semaine est recommandé ». Le diabète se complique lorsque les organes du patient commencent à être touchés : les yeux, les nerfs, les pieds, les reins, entre autres. Le directeur de l’Apsa Diabetes Care Centre met en garde les personnes qui ont recours à l’automédication ou aux médecines parallèles, que ce soit ayurvédique ou homéopathique. « Vous pouvez entraîner des hypoglycémies très graves ». La première chose à faire, dit-il, est d’adapter son régime et effectuer un bon suivi. Ceci consiste à toujours vérifier son traitement, son taux de sucre, sa tension, ses pieds et consulter un cardiologue une fois l’an. Pourquoi doit-on toujours vérifier ses pieds ? « Les diabétiques ont tendance à devenir insensibles au niveau des pieds et donc, s’ils se blessent, ils ne le sauront pas. De plus, à Maurice on ne se chausse pas bien. On marche pieds nus à la plage. Il suffit de regarder la plante de vos pieds. Les complications sont visibles : une plaie, un cor… »