Il ne faut pas oublier que sur la santé, les drogues provoquent des dégâts conséquents, qui sont souvent irréversibles à différents niveaux. Je me base sur des évidences médicales pour me prononcer, et je tiens à faire clairement ressortir que je suis contre toute tentative de rendre les substances encore plus disponibles.
Déjà, quand on considère les statistiques, on peut voir à quel point les complications qui sont provoquées par les drogues légales, telles que la cigarette et l’alcool, sont graves. Sans compter que l’alcool est étroitement associé à la violence, l’inceste, les accidents de la route et nombre d’autres problèmes sociaux et familiaux.
Aujourd’hui, s’il nous faut adopter une attitude libérale face aux substances illicites, c’est surtout parce que notre prévention a échoué. La légalisation de l’alcool et du tabac n’a rien apporté de bon à la santé. Elle n’a pas apporté de solutions aux problèmes que représentent ces produits. Si les produits illicites sont libéralisés, il ne faudrait pas croire que les dégâts sur la santé seront moindres. Ce sera peut-être même pire. Je suis donc contre la décriminalisation si elle implique la mise à disposition des produits illicites.
Mais j’ai toujours considéré qu’une personne en état de dépendance est un malade ayant besoin d’un traitement médical. Comme tout patient, cette personne doit être prise en charge jusqu’à ce qu’elle guérisse complètement. Je ne crois pas en la théorie “once a drug addict, always a drug addict”. Un toxicomane peut être soigné. Je crois aussi en la réhabilitation. C’est la raison pour laquelle je continue mon travail auprès d’eux.
La prison, c’est pour les trafiquants. Pas pour les personnes qui souffrent de dépendance. Les usagers de drogues ont droit au traitement, c’est un droit fondamental garanti à tout être humain. Ils doivent bénéficier de toutes les possibilités médicales possibles. S’il est nécessaire d’introduire le Subutex ou d’autres substances dans le traitement, qu’on le fasse. Nous aurons alors plusieurs options pour soigner nos malades. Mais qu’on ne vienne pas dire qu’on remplacera un médicament par un autre sous prétexte qu’un traitement ne fonctionne pas. En ce moment, les dysfonctionnements observés dans la thérapie à la Méthadone ne sont pas liés à cette substance, mais dans la manière dont le traitement est fait. En sus de la Méthadone, il aurait fallu mieux encadrer les patients pour les réhabiliter et les réinsérer, afin qu’ils retrouvent une vie sociale et professionnelle active.
Si la décriminalisation veut dire donner un accès aux soins aux patients, là je suis pour. Mais tout cela doit être clairement défini.