« La chirurgie plastique n’est pas seulement esthétique et réparatrice, elle est aussi thérapeutique car elle permet de sauver des vies. On parle alors de life saving surgery », affirme le Dr Javed Dawreeawo, chirurgien plastique et esthétique. Il constate aussi que « Maurice répond déjà aux critères nécessaires du tourisme médical, étant une destination alliant sécurité, coûts moindres et qualité de traitement ». Installé à Maurice depuis trois ans, le chirurgien a exercé pendant une année dans un hôpital spécialisé en chirurgie plastique en Chine. Il a pratiqué pendant quelque temps dans le service hospitalier local qu’il a quitté pour le secteur privé. « Faire en sorte que les patients soient bien dans leur peau et qu’ils ne souffrent plus psychologiquement », tel est son credo.
Dr Dawreeawo, quelles sont les interventions de chirurgie plastique les plus couramment demandées et les plus pratiquées ?
Dans le monde et à Maurice ce sont le lifting, la lipoaspiration (aspiration de graisse), la blépharoplastie (chirurgie des paupières et des poches). La liposculpture est une intervention à la mode qui consiste à prélever les graisses d’une partie du corps du patient pour le réinjecter dans le visage, les mains (lipofilling). C’est l’une des dernières avancées de la chirurgie esthétique. Le chirurgien est aussi appelé à effectuer des réductions ou augmentations mammaires. Nous pouvons aussi remplacer une cicatrice gênante par une autre plus discrète. Les taches brunes dites melasma sont traitées au moyen de la technologie. C’est un appareil qui fait le travail et l’on peut même faire pâlir les tatouages.
Qu’en est-il de la liposuccion qui a fait couler beaucoup d’encre ici après avoir entraîné quelques décès chez des femmes qui voulaient maigrir ?
La liposuccion est une procédure qui donne de bons résultats quand vous êtes entre de bonnes mains.
On a aussi beaucoup parlé du Botox en cure de rajeunissement ?
Les injections de Botox ne traitent pas seulement les rides, elles ont également un effet thérapeutique. C’est une technique pour restaurer les mouvements après une attaque (accident vasculaire cérébral), pour traiter l’hypersudation, c’est-à-dire la transpiration excessive des mains, des aisselles. Le Botox traite aussi l’incontinence fécale dit anisme. Son effet varie et dure en moyenne six mois. Il faut ensuite renouveler l’intervention. En matière esthétique le Botox est indiqué pour les rides du front et les pattes d’oie. En revanche pour le bas du visage les produits de recomblement comme l’acide hyaluronique sont plus indiqués. La technique dite auto-logous fat transfert permet d’injecter la graisse prélevée sur le patient dans les rides. Contrairement aux autres produits de comblement, la graisse ne disparaît pas car les tissus graisseux sont vivants. Ce qui n’est pas le cas des autres produits.
Votre mission n’est pas seulement esthétique puisque vous effectuez des interventions réparatrices chez les grands brûlés et les victimes d’accidents ?
La reconstruction chez les grands brûlés se fait par étapes. Dans la phase aigüe, il faut d’abord rétablir la fonction de barrière de la peau avec des pansements et des pommades pour favoriser la cicatrisation. Et éventuellement nous procédons à une greffe en prélevant un morceau de peau dans une autre partie du corps. Il s’agit ici de life saving surgery. C’est l’un des aspects thérapeutiques de notre intervention qui permet de sauver des vies. Dans certains cas quand le patient qui a subi une brûlure a conservé une cicatrice au niveau du cou ou de la fosse cubitale (pli du coude), elle souffre de limitation de ses mouvements. C’est ainsi que le chirurgien va relâcher les cicatrices en faisant soit des greffes soit en pratiquant des plasties en Z, c’est-à-dire en disséquant la peau en forme de Z. Cette technique permet de modifier et d’effectuer une réorientation de la cicatrice et restaurer la fonction des doigts, de la main ou du cou. Nous enlevons en même temps la douleur psychologique au moyen de la reconstruction. Pour être bien dans sa peau il faut être bien psychologiquement et vice-versa. Le chirurgien est aussi appelé à effectuer des gynécomasties chez les patients masculins. Il s’agit d’une réserve de graisse et de glande dans le sein qui peut avoir des causes physiologiques ou médicamenteuses suite à la prise de produits stéroïdes ou anabolisants par exemple chez des haltérophiles.
Quelles sont les opérations de reconstruction pratiquées couramment chez les patients ayant des séquelles physiques après un accident ?
La reconstruction chez les accidentés peut concerner toutes les zones du corps. Elle peut nécessiter soit des techniques simples de reprises de cicatrices, soit parfois aussi des greffes de peau, d’os et de cartilage. La greffe de peau dépend de la zone blessée et se pratique aussi sur le visage.
Quelles sont les interventions pratiquées en cas de malformations congénitales ?
L’intervention la plus classique est celle du bec de lièvre aussi appelé fente labiale. Il y a aussi l’otoplastie, une opération des oreilles décollées qui se pratique à partir de l’âge de 7 ans et qui est aussi possible chez des adultes. L’objectif est de redonner forme et angulation normale aux oreilles décollées. Une autre intervention, la syndactylie, consiste à corriger une anomalie congénitale caractérisée par une fusion de deux doigts ou plus de la main ou des orteils.
Qui sont les plus demandeurs d’interventions plastiques et à quel âge ?
60 % sont des femmes et 40 % des hommes et ce à partir de 25 ans.
Les interventions se font-elles sous anesthésie générale ou locale ?
C’est selon le type d’opération. Une chirurgie de la paupière (blépharoplastie) est réalisable sous anesthésie locale. Chez les enfants en revanche l’anesthésie est toujours générale.
Quelle est la durée d’hospitalisation ?
Dans beaucoup de cas, par exemple une blépharoplastie, le patient peut rentrer chez lui le même jour. Parfois il faut une surveillance de 24 heures à 48 heures pour éviter des complications.
Les idéaux de la beauté sont-ils les mêmes partout ?
J’ai travaillé pendant un mois en Chine et là-bas pour chercher un emploi la beauté est un critère. Il y a un idéal de beauté. Au Brésil les interventions les plus demandées sont la chirurgie du postérieur (bottom surgery), aux États-Unis c’est la chirurgie consistant à grossir les seins. Et un peu partout on fait des interventions pour restaurer la virginité.