Le docteur Khaled Esmat anime des conférences sur les nouveaux protocoles de fertilité à travers le monde. Après le Kenya, il était à Maurice pour une rencontre avec des spécialistes. Il s’est ensuite envolé pour l’Afrique du Sud pour la présentation d’un nouveau protocole de fertilité.
On note aujourd’hui une hausse de cas d’infertilités. De nombreuses femmes songent d’abord à leurs carrières professionnelles avant de devenir mères après 35 ans et, parfois, passé la quarantaine. C’est pour cela que le nombre de grossesses après l’âge de 40 ans a presque doublé en 20 ans. “À partir de 40 ans, la femme a 35% de chance d’être fertile; à 45 ans, elle a 5% de chance. Une grossesse est considérée comme tardive à partir de 38 ans. À cet âge, l’infertilité touche 50% des couples. Mais l’envie d’avoir un enfant est tellement forte chez quelqu’un qu’il fera tout pour l’avoir, d’où le recours à l’assistance médicale”, souligne le Dr Khaled Esmat. Cela s’explique par plusieurs facteurs : le vieillissement des tissus et des ovaires, une baisse de la fréquence des ovulations et l’augmentation de lésions bénignes, comme l’endométriose…
Sujet tabou.
Il y a quatre causes principales d’infertilité : elles ont trait à la qualité du sperme, à l’ovulation, aux voies génitales féminines et masculines, et à l’incompatibilité entre le sperme et le milieu génital féminin. “On peut estimer à 40% le facteur masculin, 35% la femme, 10% l’incompatibilité et 10% une idiopathie, dont la nature est inconnue.”
L’infertilité est un sujet encore tabou de nos jours, reconnaît le docteur Esmat. De nombreuses personnes refusent encore d’aller voir un médecin pour cela. L’infertilité est avant tout une histoire d’individus : ne pas en parler est parfois source de tensions et de conflits au sein d’un couple.
Pendant des millénaires, on a attribué l’infertilité aux seules femmes. L’infertilité masculine intéresse les scientifiques depuis très peu de temps. Les médecins ont toujours eu vent de l’existence de l’infertilité masculine, mais certains hommes avaient du mal à se soumettre aux explorations et le tabou social pesait certainement un peu sur les praticiens.
Il existe aussi l’infertilité mixte, qui est composée d’un facteur masculin et d’un facteur féminin. La difficulté réside dans le fait qu’il faut synchroniser les traitements de manière à obtenir en même temps une chance d’ovulation et une chance de fécondation. Les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) ont beaucoup apporté au traitement de ces cas complexes.
Traitements.
C’est la deuxième visite du Dr Khaled Esmat chez nous. La première fois, en 2010, il était l’animateur principal à une conférence médicale pour répondre à la question “Is there an Ideal Protocol for Ovulation?” L’objectif était de présenter diverses formes d’ovulation. “Il y a dix ans, il n’existait qu’un protocole d’ovulation. Aujourd’hui, il y a eu des évolutions dans ce domaine”, confie le docteur Esmat.
Chaque cas d’infertilité requiert un traitement différent. Il a fallu du temps avant que la science ne s’en rende compte. “Un bon traitement doit se faire sur une personne at the right time. Il ne faut plus croire dans une méthode universelle. Chaque patient est particulier et demande un traitement particulier.”
Après sa rencontre avec les professionnels du corps médical, le docteur Esmat estime qu’il y a un vrai besoin de formation, ainsi que la mise en place d’ateliers et d’échanges entre les spécialistes mauriciens et étrangers. “J’ai constaté une très bonne connaissance dans le domaine chez les professionnels. J’ai eu un taux de participation, d’interaction et de questions très intéressant et pertinent. Ce sont de bons signes, mais il manque du vécu. Il faut que les médecins découvrent les nouvelles méthodes, qu’ils aillent voir ce qui se fait ailleurs, surtout les avancées technologiques qui ne sont pas encore applicables ici.”
Le médecin a également noté à Maurice des lacunes en ce qui concerne les statistiques sur ce sujet. Il souligne l’importance d’une campagne d’information nationale pour sensibiliser la population. Mais il “faut aussi faire en sorte que ces traitements soient disponibles à Maurice. Connaître les modes d’assistance médicale de procréation (AMP), c’est bien. Mais pouvoir les pratiquer à Maurice, c’est mieux”.
Causes.
Les infertilités d’origine féminine pure ou associée à un facteur masculin constituent 80% à 90% de l’ensemble des infertilités. Elles relèvent de causes anatomiques : d’origine tubaire le plus fréquemment, ovarienne ou cervicale. Le traitement des infertilités féminines est avant tout médicamenteux ou chirurgical dans certaines situations. En cas d’échec de ces traitements, une fécondation in vitro (FIV) peut être envisagée.
Les infertilités d’origine masculine pure ne constituent que 10% à 20% de l’ensemble des infertilités. Elles sont liées à la variabilité de la qualité du sperme et à la difficulté d’apprécier la fécondité des spermatozoïdes. Parmi les infertilités d’origine masculine, il y a peu de formes curables et peu de traitements médicaux efficaces. Elles entraînent le plus souvent un recours à une assistance médicale à la procréation (AMP) : fécondation in vitro (FIV) ou insémination. Il y a aussi l’insémination artificielle du conjoint (IAC) ou injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). Ces techniques sont prisées car, aujourd’hui, un seul spermatozoïde suffit. La diminution de la numération des spermatozoïdes, qui apparaît depuis plusieurs années, suggère que les techniques d’AMP se développeront de plus en plus dans le cadre des infertilités masculines.