Tout le pays a été profondément bouleversé par le drame survenu à Camp de Masque Pavé le 26 février mais l’on retient toutefois la déclaration d’un des proches des victimes selon laquelle une déposition avait préalablement été faite à la police pour harcèlement à l’encontre du présumé meurtrier de 17 ans mais à laquelle aucune suite n’aurait été donnée. Dans l’affaire du crime de Bois-Marchand en janvier dernier également, suite à un grave problème de voisinage entre deux familles, Collet et Genave, une déposition avait été donnée à la police de la localité, selon les parents de la victime, mais aucune mesure convenable n’avait été prise avant le meurtre d’un membre de la famille Collet. Stacey Henrisson aussi s’était rendue au poste de police de Flacq pour solliciter l’aide de la police eu égard au calvaire qu’elle était en train de subir entre les griffes de son beau-père. Vu qu’elle était alors encore mineure, sa déposition fut refusée alors que sa sécurité était en jeu. Or, la moindre des choses serait d’alerter la CDU afin qu’une assistance adéquate soit apportée à cette jeune fille en situation de grande détresse.
 Et si la police était intervenue promptement dans toutes ces circonstances comme elle aurait dû le faire et ainsi accomplir sa tâche pour laquelle elle est rémunérée… Ces trois cas avaient pourtant été hautement médiatisés mais qu’en est-il de ces innombrables affaires rapportées quotidiennement mais qui sombrent dans l’anonymat et le silence, conséquences d’un laxisme et d’une léthargie institutionnelle épouvantable? Qu’est-ce qui a réellement changé depuis la présentation en grande pompe en juin 2011 du National Policing Strategic Framework dont le but était justement de « provide the public with the best policing service », « changer la mentalité et l’éthique »,  d’introduire « un nouveau style de gestion et une nouvelle philosophie du maintien de l’ordre » et « une nouvelle culture et approche plus professionnelle » ? Rappelons que le 22 avril dernier, lors d’une conférence de presse à l’occasion de la nomination d’un nouveau commissaire de police, pratiquement ces mêmes mesures avaient de nouveau été annoncées.
 Il est indéniable que nous vivons aujourd’hui dans une société complètement désorientée, troublée voire gravement malade. Et il va sans dire que le problème de l’insécurité ne peut que se corser davantage lorsque ceux responsables de son maintien sous contrôle ne parviennent plus à assumer leur rôle de manière digne et efficace. Le gouvernement Lepep avait pris l’engagement de faire du problème de Law and Order une de ses priorités. Or, plus d’une année après son installation au pouvoir, nous nous trouvons toujours à la case départ. L’augmentation annuelle de l’effectif de la force de l’ordre ne produirait aucune conséquence attendue sur l’ordre et la paix publiques sans une restructuration de fond en comble dans le but de susciter un changement drastique du mindset au sein de cette institution. Il est évident aujourd’hui que les leçons du passé n’ont pas été tirées. En effet, l’unique consolidation de la répression ne constitue pas une panacée contre la criminalité. Loin de là ! Dans certains cas d’ailleurs, cette méthode traditionnelle a même produit un effet boomerang. Car le mal social est bien plus profond ; seul un combat sans relâche mené de manière radicale pourrait entraîner son atténuation, voire son éradication. Dans le sillage du double meurtre de Camp de Masque Pavé, le débat sur la réintroduction de la peine de mort refait surface. S’il est vrai qu’en théorie, cette sentence suprême comporte un effet psychologique dissuasif non négligeable, dans les faits cependant des résultats tangibles ne sont point observés comme le démontrent les statistiques comparatives aux États-Unis dans les États qui pratiquent et ceux ne pratiquant pas la peine capitale.
  L’omniprésence de la violence dans notre vie de tous les jours ne fait point de doute. Le paysage audiovisuel ayant suivi la décadence de la mondialisation, les images susceptibles de faire grimper l’audimat et éventuellement la rentabilité voyagent d’un bout du globe à l’autre à la vitesse grand V. Quel peut être le comportement d’un jeune exposé constamment à la violence, tant physique que morale, qui pénètre tous les foyers et qui est devenue manifestement une thématique normale et acceptable ? L’impératif des profits a, paraît-il, préséance sur toutes les autres considérations, quels que soient leurs effets sur la société. Bref, devant la puissance du matériel, toutes les valeurs – sociales, morales, familiales, spirituelles ou environnementales – ne peuvent que déposer les armes. Or, si nous avons fait un choix, nous n’avons comme alternative que de l’assumer avec toutes les conséquences qui vont avec. Mais la question fondamentale toutefois demeure : sommes-nous sur la bonne voie ?