Avec la fin de la période de deuil suite au drame collectif lors d’une séance de médiation et de prière au Masta Maha Kali Shihann de Belle-Rive, l’enquête confiée au CID de l’Eastern Division sur le décès de Samoo Devi, 55 ans, Sharmila Hemraz, 44 ans, Gundaree Maunick, 54 ans et d’Oodesh Cassiram, 56 ans, atteindra sa vitesse de croisière. Deux principaux protagonistes, en l’occurrence le leader spirituel du groupe, Gurudev Maunick, âgé de 59 ans, habitant Curepipe et Guirish Hemraz, 52 ans, de Camp-Thorel, devront être interrogés Under Warning au sujet de la présence inexpliquée d’un générateur à l’intérieur de la salle de prière. Toutefois, à ce stade, le mystère ne fait que s’épaissir vu que la version initiale consignée par le guru sur la séquence des événements est contredite par le témoignage d’une rescapée de la soirée du 11 juin, Pushpam Maunick, âgée de 26 ans. Celle-ci, qui n’est nulle autre que la fille du guru, issue de son premier mariage, participait à la séance, mais avait été dirigée vers l’hôpital de Rose-Belle au lieu de Flacq, ce vendredi 12. Par la suite, elle fut transférée dans une clinique privée des Plaines-Wilhems.
Comme Week-End l’avait indiqué dans son édition de dimanche, le nombre d’adeptes présents au temple de Belle-Rive pour cette séance de prière particulière, était supérieur à la dizaine recensée officiellement lors de l’hospitalisation à Flacq. En fin de semaine, les responsables de l’enquête concédaient qu’il y aurait eu une vingtaine et que des recherches étaient en vue pour les retracer individuellement. La reconstitution des faits sur la base des différents témoignages est une priorité pour la police afin d’élucider les circonstances de ce drame.
Toutefois, le témoignage de Pushpam Maunick revêt toute son importance et met les explications de son guru dans une position des plus embarrassantes. La contradiction la plus flagrante porte sur la séquence des événements. Dans sa déposition initiale dans la salle 1 – 3 de l’hôpital de Flacq enregistrée par le constable Sohoye de la police de la localité, le guru déclare qu’il avait été le premier à se réveiller le vendredi matin sur le coup de 10 h 30 pour constater qu’il y a eu un problème avec les autres participants à la méditation.
Pushpam Maunick n’est pas de cet avis. « Mo papa ti ankor endormi. Kan nou’nn leve, sertin ti pe gagn bann douler ek engourdisman dan lame avek sertin dan lipie. Mo pa ti pe kapav marse parsi mo ti pe gagn douler dan mo la jambe konpletman », dira-t-elle en précisant qu’il devait entre 11 h 30 et midi ce vendredi 11. Elle ajoutera que seules deux autres personnes dans le groupe étaient réveillées avant elle.
La fille du guru ne s’explique pas ce qui s’est passé pour cette deuxième séance de prière en prévision des célébrations de rites religieux pour le début de juillet. Comme pour la précédente séance, il était convenu que tout le monde allait rentrer à la maison et qu’il n’y avait aucun arrangement pour passer la nuit au temple. La séance devait durer jusqu’à 22 heures, soit un maximum de deux heures et trente minutes.
« Je suis arrivée à Belle-Rive à 19 h 30 jeudi. Nous avons commencé par des chants religieux et nous nous sommes mis debout pour pratiquer une danse accompagnée de chants. Mais pendant la danse j’ai senti un étourdissement. C’était vers 21 h 30. Ensuite, je ne me souviens plus de rien, c’était le black-out total. Je me suis réveillée le lendemain matin vers 11 h 30/midi », confie la jeune femme, qui confirme que son demi-frère, le fils de Ghendary Mannick, dont la mère a trouvé la mort au temple, était également présent. Jusqu’à ce jour, elle ne se rappelle pas ce qui aurait provoqué son évanouissement.
Par contre, Pushpam Maunick se dit pleinement consciente de ce qu’elle a témoigné à son réveil en fin de matinée de ce vendredi fatidique même si les douleurs la troublaient. Elle répètera avec force qu’elle avait bien vu le guru frictionner des perosnnes, qui étaient inanimées à même le sol. « Kan mo papa inn leve, linn sof 5-6 dimounes avek enn chiffon. Linn fer enn laprier ek linn alim du feu dan enn hanwankhoon pou sof chiffon-la », dit-elle. Elle assistera à cette scène impuissante et allongée, en raison de fortes douleurs aux jambes. Cela devait être en début d’après-midi vers les 14 heures. « Mo leta despri sa moman-la se ki mo ti juste konsentre lor mo douler ek mo ti pe gagn vertige », avouera-t-elle.
« Nou pann panse pou telefonn lambulance »
Avec le temps qui passe, les membres du groupe, ayant probablement placé toute leur confiance dans les pouvoirs du guru ou toujour sous son son emprise, ne songent nullement à chercher du secours, ou encore à se rendre à l’hôpital pour se faire soigner. « Nou pann panse pou telefonn lambulance. Nou pa ti pe panse ki ti ena enn problem, nou pa ti pe rann nou kont », dit-elle. C’est lorsque certaines personnes ne reprenaient toujours pas connaissance qu’ils ont décidé de se rendre à l’hôpital. Elle se souvient que c’est le proche d’une des femmes présentes qui aurait découvert leur état vendredi et aurait proposé de les conduire à l’hôpital.
Cette part du témoignage de Pushpam Maunick correspond à la version donnée à la police par Rama Bishwas, qui affirme s’être rendu vers les 14 h 30 au Masta Maha Kali Shihann pour récupérer Anuska Bhai Rama, âgée de 26 ans, habitant St-Julien d’Hotman. « Linn telefonn so neveu vers 15 h pou li amenn ban dimounn lopital dan so van », se souvient-elle encore. Cette rescapée du drame collectif, qui n’a pas encore été entendue par la police, affirme n’avoir pas le courage pour évoquer cette sinistre affaire avec son père le guru. « Mo papa ek mwa, nou pa aborde le sujet a la maison. Li assez douloureux », lâche-t-elle tout simplement en guise de conclusion.
Au cours de la semaine écoulée, les limiers du CID de l’Est, menés par le surintendant Ramgoolam, ont interrogé Guirish Hemraz, le propriétaire du générateur. Il maintient qu’il avait placé cet équipement à l’extérieur du hall et qu’il ne peut expliquer qui l’aurait déplacé à l’intérieur subséquemment. Il devra être de nouveau entendu cette semaine avec le risque d’une inculpation provisoire d’homicide involontaire.
Les quatre adeptes admis à l’hôpital de Flacq devront également être entendus par la police. Avant leur décharge, ces patients ont été auscultés par un psychiatre et ils ont fait preuve de réticence pour faire état de ce qui s’est passé dans la soirée du jeudi 11 et dans la journée du vendredi 12 au Masta Maha Kali Shihann.
L’enquête policière se poursuit…