Deux étapes majeures ont été franchies, hier, dans l’enquête sur le drame du chenal de la Grande-Rivière-Sud-Est ayant causé la mort de deux enfants en bas âge et de deux membres de la force policière, mercredi après-midi. D’abord, la polémique autour du filet de sauvetage a été mise en sourdine avec au moins 13 gilets de sauvetage récupérés intacts dans le bateau, Love, qui avait chaviré à quelque 200 mètres du débarcadère de Deux-Frères. Ensuite, le skipper du bateau, Hayward Marie, 57 ans, qui a passé deux nuits en cellule policière, a retrouvé la liberté conditionnelle. Les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT), qui ont pris la relève de leurs collègues de la CID de l’Eastern Division, parvenant à la conclusion que le maintien du skipper en cellule n’a plus sa raison d’être dans la conjoncture.
Depuis la reconstitution des faits sur les lieux de cet accident dramatique, le Focus de l’enquête policière a été recadré. Les hommes de l’assistant surintendant de police, l’ASP Dieudonné Gérard, détiennent une pièce maîtresse, sous la forme de 13 gilets de sauvetage, encore intacts et ficelés. Ces Exhibits ont été découverts quand le bateau a été retourné dans le bon sens sur la terre ferme en présence du skipper et des enquêteurs de la police dans la journée d’hier.
« Bouze ek danse dan bato… »
L’état de ces équipements de protection et de secours en mer semble accréditer davantage la thèse défendue par le skipper Hayward Marie selon laquelle la douzaine de passagers adultes, presque tous des membres de la force policière, avaient refusé de porter des Life Jackets avant de monter à bord de l’embarcation au départ de l’île-aux-Cerfs après 16 heures 30 ce mercredi. Il maintient qu’en pas moins de quatre reprises, il les avait conseillés en vain sur l’importance du port du gilet de sauvetage.
Les adultes n’auraient rien voulu entendre, même pour les enfants, prétextant que la loi n’impose pas une telle obligation dans le lagon. De leur côté, les premiers nommés avaient avancé après le drame que le bateau n’était pas équipé de gilets de sauvetage ou de bâches de protection.
Un autre facteur ayant eu des conséquences graves lors de la traversée entre l’île-aux-Cerfs et le débarcadère de Deux-Frères aurait été le comportement collectif du groupe. « Zot ti pe bouze ek zot ti pe danse dan bato ! » devait réitérer le skipper en montrant les lieux du drame aux enquêteurs de la MCIT. Il a ajouté qu’en au moins quatre reprises, il leur a demandé de « pa bouze ! Kapav gayn problem ».
À une prochaine étape, la MCIT consignera les différentes versions des passagers, tout en les confrontant aux détails révélés par le skipper. Les premières auditions devront intervenir selon la disponibilité des concernés. La grande majorité d’entre eux sont encore sous l’effet du choc et ne sont pas encore parvenus à mesurer l’ampleur des dégâts, notamment en pertes de vie et en traumatisme.
Après la reconstitution des faits, qui avait démarré vers les 11 h 45, en présence des éléments de la MCIT, des membres de la National Coast Guard (NCG) et de la force régulière, Hayward Marie, qui compte plus d’une vingtaine d’années en tant que skipper, a été présenté devant le tribunal de Flacq. Sa remise en liberté provisoire est intervenue après le paiement d’une caution de Rs 10 000. Il avait été arrêté par la police mercredi soir peu après le drame. Une charge provisoire d’homicide involontaire avait été logée contre cet habitant de GRSE devant le tribunal de Flacq. La police avait objecté à sa remise en liberté conditionnelle, jeudi à la mi-journée.
Toutefois, outre les dépositions des passagers, la MCIT compte également approcher la Tourism Authority pour prendre connaissance des critères pour l’octroi des permis pour des bateaux. Dans les rangs des enquêteurs, l’on cache difficilement l’étonnement que le bateau Love s’est vu octroyer une Pleasure Craft Licence pour transporter 18 passagers.
Rappelons que les victimes de ce drame en mer sont le constable Chetallsing Mungur, 30 ans, et son fils Navish, 7 mois, la policière Urmila Mewa, 25 ans, et le petit Vaibhav Shamloll, 4 ans. Ce dernier est le fils d’une policière et d’un membre de la force policière. Les passagers de la pirogue, 15 au total, rentraient de  l’île-aux-Cerfs et parmi l’on comptait cinq policiers, l’épouse de l’un d’entre eux, six policières, et trois enfants âgés de 7 mois à 7 ans.
Météo et police
Par ailleurs, après le drame de Grande-Rivière-Sud-Est mercredi et le sauvetage in extremis de cinq plongeurs au large de Coin-de-Mire jeudi après-midi, les autorités policières mettent en garde contre des sorties en mer à l’approche d’un front froid. C’est ce qu’indique un communiqué émis en fin de journée d’hier. « The anti-cyclone to the South of the Mascarenes is still influencing the weather in Mauritius, as evidenced by the weather bulletin issued by the Meteorological Services. Members of the public, fishermen, owners of boat houses and skippers are strongly advised to take cognizance of the weather forecast issued by the Mauritius Meteorological Services before proceeding for sea sorties or any other nautical activity during the week-end and onwards », note le communiqué des Casernes centrales.
La police fait un appel pour le port du gilet de sauvetage même pour les sorties dans le lagon au nom de la sécurité. « They are also advised to wear life jackets when travelling afloat, even inside the lagoon, for their own safety and take all necessary precautions before venturing at sea. Boats hired for trips should refrain from admitting more passengers than authorised as per their licence », recommande la police.
Des patrouilles de la National Coast Guard sont prévues en vue de toute intervention d’urgence. D’autre part, les membres de la communauté des pêcheurs et des gens de la mer sont invités à informer le NCG Post le plus proche de leur localité de toute sortie en mer ou encore d’appeler la National Coast Guard Operations Room, qui est opérationnelle 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, aux 2083935/208 8317 ou sur VHF poste CH 16 en cas de toute urgence.