La persévérance des proches des deux pêcheurs disparus en mer, Ram Kona Herkanaidu, 47 ans, et André Roland Larame, 53 ans, de Surinam, au large de La Prairie depuis samedi a fini par payer. À 11 heures, hier matin, à la suite de recherches et d’une série de plongées en mer à des endroits habituellement fréquentés par ces pêcheurs lors de leurs sorties, des proches des disparus, dont Kesroo Herkanaidu, ont fini par identifier la pirogue à 32 mètres de profondeur. L’embarcation de couleur blanche, identifiée par son matricule P167 AF 1054, se trouvait à environ 35 mètres de la passe One Eye, La Prairie. Alertés par plongeurs, menés par le frère d’un des disparus, des spécialistes de la National Coast Guard (NCG) devaient obtenir confirmation de ce développement crucial vers 13 h 35, soit plus de deux heures plus tard. Les premières tentatives de faire remonter la pirogue à la surface de l’eau ont été vaines hier après-midi et d’importants moyens ont été déployés sur le site en mer depuis très tôt ce matin sous la supervision de la NCG, bénéficiant également de l’appui logistique de l’hélicoptère de la police, qui a quadrillé la zone en vue de retrouver toute trace des pêcheurs disparus.
Après deux heures d’opération en haute mer, ce matin, les éléments de la NCG ont pu procéder au renflouage de la pirogue et l’ont remorquée jusqu’au poste de police de Rivière-Noire pour des besoins d’expertise. Nouvelle déception pour des membres de la famille des deux pêcheurs. Depuis tôt ce matin, comme cela a été le cas depuis samedi, ils s’étaient donné rendez-vous sur la plage publique du Morne en vue de suivre les différentes étapes de la Search and rescue operation. Avec la confirmation depuis hier après-midi de la présence de la pirogue naufragée à la passe One Eye, La Prairie, ils s’attendaient à la moindre satisfaction.
Celle de pouvoir voir et toucher la pirogue, qui a emporté deux de leurs parents au large et l’espoir de les repêcher s’amenuisant au fil des heures. Dans leur profonde douleur, ils sont très remontés contre l’annonce prématurée et précipitée du décès de Ram Kona Herkanaidu et André Roland Larame sans aucune confirmation. Ce matin, certains des proches, dont Bhumindra Kumar Boodhun et Kesroo Herkanaidu, respectivement beau-frère et frère de l’un des disparus, avaient même pris place à bord d’une autre embarcation en vue de pouvoir suivre les opérations en mer. Mais, ils ont été devancés par les moyens techniques plus sophistiqués à la disposition de la NCG. Ces parents, qui avaient tenté de suivre les Heavy duty boats de la NCG, ont été laissés sur place. Ils ont dû retourner à terre au Morne ce matin, tout simplement pour informer les autres membres des familles que la pirogue a été remorquée jusqu’au poste de la NCG de Rivière-Noire pour les besoins d’enquête et d’inventaire d’objets et de débris recouvrés sur les lieux du naufrage.
Pour eux, cette opération de recherches a encore un arrière-goût amer car cela fait presque 72 heures qu’il n’y a aucune trace des deux pêcheurs, qu’un autre pêcheur rentrant sur Le Morne avait croisés pour la dernière fois vers 10 h 30 samedi. Depuis 7 h 30, ce matin, l’hélicoptère de la NCG, qui appuyait l’opération de renflouage, a également participé à un exercice de reconnaissance dans le cadre de la Joint NCG/PHS Coastal Surveillance Sortie pour tenter de retrouver les deux pêcheurs disparus.
Frustration
Avec le démarrage des recherches samedi vers les 16 h 30, des membres de la famille des pêcheurs disparus, eux-mêmes des spécialistes de la mer, pouvaient difficilement occulter leur frustration. Dès dimanche, il était question de la présence d’une pirogue au large de La Prairie. Mais cette indication a été balayée d’un revers de la main au nom de la rumeur. Toutefois, Kesroo Herkanaidu, le frère de Ram Herkanaidu, qui est également pêcheur, devait prendre les choses en mains dès hier matin. « Vers 5 h, le matin, j’ai pris mon propre bateau accompagné de deux amis plongeurs et je suis allé à l’endroit où mon frère a l’habitude de déposer ses casiers, au large du Morne. Nou inn plonze depi (yer) gramatin ek ver 11 zer, nou inn trouv-li anba dilo », confie-t-il au Mauricien tout en fulminant contre les procédures et le protocole de la NCG, avec des délais sur des interventions en haute mer. C’est le plongeur Rajeswar Lobin, qui a vu l»’épave au fond de lm’eau en premier, hier matin.
Alors qu’il se confiait au Mauricien, hier après-midi, Kesroo Herkanaidu faisait état de sa principale crainte : « Pangar bannla (les deux pêcheurs disparus) inn kwinse anba bato. » Il raconte que son frère et lui avaient participé à la construction de leurs bateaux respectifs, d’où sa certitude que c’est bien celui-ci qu’il avait identifié au fond de la mer. C’est ainsi qu’il est ensuite retourné à la berge et a récupéré des plongeurs de l’hôtel Lux, des amis à lui, pour qu’ils l’y accompagnent munis de bouteilles de plongée.
« Ils ont plongé et ont installé un repère au bateau de Ram et nous avons ensuite alerté la National Coast Guard », explique-t-il en ajoutant que « j’ai récupéré des plongeurs de la NCG à bord de mon embarcation et je les ai conduits à l’endroit où se situait le bateau ». Équipés de masques et de bouteilles, ces derniers devaient plonger et ont effectivement trouvé le bateau mais vu qu’ils n’avaient pas de remorqueur, ils n’ont pas été en mesure de faire remonter celui-ci. « Bann plongeurs NCG inn desann avec enn lakord. Mo finn sey explik zot kouma fer pou atass enn noeud a bato la pou fer remont li la me zot pa finn resi. Zot finn dire moi se demin matin a 6 h 30 ki zot pou revini avec plis lekipman parski ti pou fer trop nwar si zot ti fer li azordi mem », raconte Kesroo Herkanaidu.
« Ena neglizans »
Du côté de la NCG, l’on confirme que lors d’une plongée en dehors de la passe One Eye, La Prairie, vers 13 h 35, la présence de l’embarcation a été confirmée tout comme celle des deux moteurs hors-bord de la marque Suzuki. La NCG souligne que l’opération a été grandement handicapée par de forts courants tirant vers le large. Les recherches ont été abandonnées vers 17 h, hier, et reportée à ce matin.
Hier, l’hélicoptère de la, pollce a survolé la eone de 9n heures 45 à 12 heures 20 et de 16 heures 45 à 18 heures 45. L’avion de patrouille Defender était également dépliyé dans la, région avec le CGS Guardian  effectuant des recherches entre Port-Louis et La-Prairie.
Les membres des familles Herkanaidu et Larame déplorent la manière de faire de la NCG. « Se enn zafer ki ti bizin fer azordi mem. Me la nou oblize atann demin matin pou kone ki pou arive », déclare Kesroo Herkanaidu. Les proches de Roland Larame sont, pour leur part, moins indulgents. « Nou ti a kontan fini gagn lekor la, ki gouvernman fer so travay. La nou bizin re atann. So madam pa pe kapav siport tousala. Li pa pe manze et pa pe dormi depi inn ariv tousala », raconte Marina Larame, la belle-soeur de Roland Larame. Elle ajoute que cela fait plus de 20 ans que Roland, qui est le père de deux filles et d’un garçon issus d’une première union, est pêcheur. « Zame linn gagn sa bann problem la. Li pa ti pe pran risk. Kan la mer pa ti bon, li ti pe rod bann travay an deor pou li fer ».
Rencontrée à son domicile, à Surinam, Jeanine Antonio, 62 ans, la compagne de Roland Larame, est inconsolable. Depuis qu’elle a eu vent du fait que le frère de Ram Herkanaidu avait aperçu leur embarcation sous les eaux, elle craint le pire et fond en larmes à chaque fois qu’elle pose les yeux sur la photo du quinquagénaire, qu’elle connaît depuis 22 ans. « A sak fwa zot al lapess, Ram Herkanaidu pran li dan so transpor depi 4 h, lerla zot al Macondé pou pran bato », explique-t-elle. « Dabitid li rentre midi 15 ou o pli tar 1 h mwins 15 ».
À Trois-Bras, chez les Herkanaidu, l’ambiance est tout aussi tendue. Kishan Herkanaidu, le cousin de Ram Herkanaidu, s’en prend également aux sauveteurs. « Se enn erer qui Coast Guard inn fer. Ena neglizans. Zot ti bizin pran zot bann dispozision tou de swit. Depuis 15 h 30 zot inn aprann kot bato la ti ete, zot ti bizin pran bann aksion tou de swit ! » De plus, il ne comprend pas comment cela se fait que les sauveteurs de la NCG n’ont rien trouvé alors qu’ils ont quadrillé la zone à maintes reprises, équipés de bateaux et d’avions, et qu’il aura fallu que le frère du pêcheur disparu entreprenne ses propres recherches pour des résultats fructueux. Solinee Herkanaidu, 39 ans, l’épouse de Ram Herkanaidu, n’a, pour sa part, pas été en mesure de s’exprimer. Kishan Herkanaidu explique : « Elle est complètement affaiblie. Elle doit s’occuper de leurs trois filles, qui sont très jeunes. La plus âgée devait entamer la Form 1 aujourd’hui mais n’a pas été en mesure de s’y rendre. Les petites sont effondrées. Elles étaient très attachées à leur père. »