Huit jours après la disparition de Ram Herkanaidu, 47 ans, et Roland Laramé, 53 ans, deux pêcheurs n’ayant plus donné signe de vie depuis samedi dernier lorsqu’ils ont été pêchés en mer, du côté de La-Prairie, l’espoir pour leurs proches de les retrouver sains et saufs s’amenuise petit à petit. Deux jours après que leur disparition avait été signalée, l’embarcation — immatriculée P167 AF 04 — qu’ils avaient prise à Macondé pour aller pêcher, a été retrouvée à 32 mètres de pronfondeur, à 35 mètres de la passe One-Eye, soit non loin de l’endroit où les deux pêcheurs avaient l’habitude de déposer leurs casiers. Cependant, à ce jour, la National Coast Guard (NCG) n’a toujours aucune trace des deux individus.
Ram Herkanaidu, alias Rajiv, un habitant de Trois-Bras, et Roland Laramé, 53 ans, domicilié à Souillac, sont pêcheurs depuis plusieurs années. Samedi dernier, comme d’habitude, Rajiv, marié et père de trois filles, a quitté son domicile vers 4 heures et a pris sa voiture pour récupérer Roland, pére de trois enfants, qui habite non loin de chez lui. Rajiv et Roland se sont ensuite rendus à Macondé, où ils ont embarqué à bord de la pirogue de Rajiv, immatriculée P167 AF 04, pour aller pêcher aux abords de la passe One-Eye, au large de La-Prairie. D’habitude, ils regagnent le rivage au plus tard à 12h30, et rentrent ensuite chez eux. Cependant, la dernière fois qu’ils ont été aperçus remonte à 10h30, le même jour, près de cette passe. C’est, en tout cas, ce qu’aurait déclaré un pêcheur à la National Coast Guard (NCG). Sans nouvelle de son mari, l’épouse de Rajiv, Solinee, a alors alerté la NCG de Bel-Ombre de la disparition des deux individus. Des opérations de Search and Rescue (SAR) ont alors été éffectuées samedi et dimanche dernier, avec un important déploiement de bateaux et d’avions de la NCG.
Les recherches s’étant révélées infructueuses durant le week-end, celles-ci se sont poursuivies lundi. Des patrouilleurs ont à nouveau été déployés dans la région afin de retrouver les pêcheurs disparus et leur embarcation. Ainsi, ce jour-là, un hélicoptère de la police a survolé la zone de 9h45 à 12h20 et de 16h45 à 18h45, tandis que le patrouilleur Defender effectuait des rechercehes de 10h45 à 14h45. Par ailleurs, le CGS Guardian, qui a pris le large à 8h10, lundi, pendant toute cette journée de La Prairie jusqu’à Port-Louis, était en quête d’éventuels indices. Incapables de soutenir une telle pression en attendant que les opérations de la NCG aboutissent, les membres des familles Herkanaidu et Laramé, qui sont également des habitués de la mer, se sont prêtés aux recherches, eux aussi, jusqu’à ce que leur persévérance leur apporte un peu d’espoir.
« So madam pa pe manze et pa pe dormi depi ine ariv tousala »
Vers 5 heures, lundi matin, Kesroo Herkanaidu, le frère de Rajiv, qui est aussi pêcheur, a ainsi pris le large. Il était accompagné de deux plongeurs. Vers 11 heures, l’un d’eux, Rajeswar Lobin, a fini par repérer l’épave au fond des eaux, à une trentaine de mètres de la passe One-Eye, communément appelée « La Passe La Prairie ». Cependant, ces derniers n’étant pas équipés de bouteilles de plongée, ils ont alors bénéficié du concours des plongeurs de l’hôtel Lux venus en renfort pour qu’ils installent un repère au bateau de Rajiv, à 32 mètres de profondeur, avant d’alerter le personnel de la NCG. Ayant participé à la construction de la pirogue de son frère et du sien, Kesroo confie à Week-End qu’il n’a pas été difficile pour lui d’identifier l’embarcation de Rajiv lorsque les plongeurs lui en ont fait la description.
« J’ai fait monter des plongeurs de la NCG à bord de mon embarcation et je les ai conduits à l’endroit où se trouvait l’embarcation », devait raconter Kesroo. Ces derniers ont tenté de le remorquer en y attachant une corde, en vain. Leur tentative de la faire remonter devait uniquement faire couler de plus belle les deux moteurs hors-bord de la marque Suzuki dont elle était équipée. Malgré plusieurs tentatives, il a été difficile pour le personnel de la NCG d’effectuer des recherches en dessous du bateau, qui s’était retourné sous l’eau. L’opération ayant été fortement perturbée par de forts courants, elle a dû prendre fin aux alentours de 17 heures et devait être reportée au lendemain matin, provoquant la déception des proches des pêcheurs. « Se ene zafer ki ti bizin faire azordi mem. Me la nou oblize atann demin matin pou kone ki pou arive », déclarait Kesroo Herkanaidu, craignant que les deux pêcheurs aient pu rester coincés sous la pirogue. Marina Laramé, la belle-soeur de Roland, qui avait fait le déplacement jusqu’à la plage du Morne avec sa famille, lundi, pour suivre de près les opérations de la NCG confiait : « Nou ti a contan fini gagn lekor la, ki gouvernmen fer so travay. La nu bisin re atann. So madam pa pe manze et pa pe dormi depi ine ariv tousala ».
En effet, Jeanine Antonio, 62 ans, la compagne de Roland, est inconsolable depuis qu’elle a appris cette terrible nouvelle. Rencontrée à son domicile, à Surinam, elle expliquait, en larmes, qu’au cours de ces 22 années — depuis qu’elle connaît le pêcheur —, ce dernier n’avait jamais rencontré de problèmes en mer. « Li pa ti pe pran risk. Kan la mer pa ti bon, li ti pe rod ann travay en deor pou li fer », ajoutait Marina Laramé. Chez les Herkanaidu, l’atmosphère est tout aussi pesante. Kishan, le cousin de Rajiv, déplorait également la négligence du personnel de la NCG : « Zot ti bizin pren bane dispoition tou de swit! C’est ene errer ki Coast Guard inn fer », ajoutant ne pas comprendre pourquoi ces derniers n’ont rien trouvé lorsqu’il ont effectué les recherches à l’endroit où Kesroo a retrouvé la pirogue.
« Mo prier Bon Dieu »
Mardi matin, Bhumindra Kumar Boodhun, le beau-frère de Rajiv, et Kesroo Herkanaidu, ont pris place à bord d’une embarcation afin de conduire la NCG jusqu’à la passe One-Eye pour la suite des opérations. Au bout de deux heures, ces derniers ont finalement pu renflouer la pirogue P167 AF 04 et l’ont tirée jusqu’à la plage de Rivière-Noire, en face des locaux de la NCG. Les moteurs ayant coulé n’ont pu être récupérés. Contrairement à ce qu’espéraient les familles des pêcheurs, il n’y avait toujours aucune trace des deux individus, amenuisant ainsi leur espoir de les revoir en vie.
Depuis que la pirogue a été retrouvée, les familles de Rajiv Herkanaidu et Roland Laramé ne cessent de faire les aller-retour de leurs domiciles respectifs jusqu’à la plage du Morne en vue de suivre la suite des recherches de la NCG. Contacté par Week-End, hier, Kesroo, le frère de Rajiv, confiait s’être à nouveau rendu en mer avec les plongeurs du Lux, hier matin, et avoir été en mesure de récupérer les deux moteurs hors-bord Suzuki qui avaient coulé au fond de l’eau. Complètement découragé, il confie : « Mo frer ti ene pessèr bien malin, mais sa plas kot ine retrouve so bateau la bien danzere akoz courant. Si li pane gagne secours tou sa le temps la, mo pas croir line capav tini, sinon ti bisin ine fini gagne li. » Il ajoute que depuis que la disparition de ce dernier a été signalée, ses trois filles, de qui il était très proche, n’ont pas été en mesure de reprendre l’école. « Ses enfants sont très intelligents. Sa fille aurait dû faire son entrée en Form 1, lundi, mais n’a pas encore trouvé le courage d’y aller », raconte-t-il. De son côté, Jeanine, la compagne de Roland, s’en est remise à Dieu. « Les enfants et moi avons été dire des prières à Macondé aujourd’hui, là où ils prennent habituellement la pirogue pour leurs sorties en haute mer », racontait-elle hier. « Mo prier Bon Dieu, pas conner si ene miracle capave ariver ».