Pourquoi vit-elle chez ses parents, dans la maison où, en décembre dernier, elle a mortellement poignardé l’homme qui l’aurait sexuellement harcelé à plusieurs reprises ? À Forest-Side où s’est déroulé le meurtre dont l’auteur est une fille âgée de 10 ans, c’est l’incompréhension pour de nombreux habitants, lesquels déplorent son retour dans un milieu à risque. Des questionnements ont de nouveau refait surface avec la reconstitution du crime, lundi dernier. Des habitants qui ont assisté, discrètement, à cet exercice n’ont pu s’empêcher d’exprimer leur incompréhension.
«Depuis ce crime, il s’avère que personne ne souhaitait prendre sa responsabilité. Elle n’est restée que quelques jours hors de sa maison. Puis elle est rentrée», confient des témoins. Certes, il n’y a eu aucun ordre légal pour que l’enfant soit prise en charge par une structure. Mais étant donné la nature de ce drame, l’encadrement de la jeune fille était une réelle préoccupation, d’autant qu’un retour à son domicile, qui venait tout juste d’être le théâtre d’un meurtre, n’aurait pas été souhaitable pour elle. Dans un premier temps, il était question qu’une de ses tantes l’accueille chez elle. Mais peu de temps après, ses proches et d’autres sources ont laissé entendre qu’elle était ailleurs que chez cette tante, laquelle serait partie en vacances à Rodrigues.
Même que dans une déclaration à Week-Endet dans les médias, son père confiait qu’il ne connaissait pas le lieu où vivait sa fille et qu’il souhaitait la voir. Toutefois, quelques jours après le crime et après avoir passé très peu de temps chez cette tante, c’est auprès de ses parents, à leur domicile, que la jeune fille est retournée vivre. «C’est naturel et normal que la place d’un enfant soit auprès de ses parents. Mais, dans ce cas, les autorités, surtout la Child Development Unit, auraient dû prendre en considération les conditions de vie de la famille. Nous ne comprenons pas comment la CDU, qui visite régulièrement la famille, tout en restant le plus souvent à l’extérieur de la maison, ne juge pas nécessaire de traiter le cas de cette fille avec plus de sérieux !» s’indignent des sources – désireuses de garder l’anonymat – dans la région.
Il n’y a pas que celles-ci qui se posent des questions. Mais aussi ceux qui ont suivi cette affaire de très près, d’autant que l’environnement dans lequel se trouve la jeune enfant est loin d’être sain Et cela, la Child Development Unit (CDU), du ministère du Développement de l’Enfant, en est consciente. Depuis que le Directeur des Poursuites Publiques a décidé de ne pas loger de charge provisoire contre l’enfant, c’est la CDU qui fait le suivi de l’enfant. Si au début de l’affaire, il était question d’une prise en charge loin de la cellule familiale, il était aussi question que la mineure bénéficie d’un soutien psychologique quotidien. Toutefois, près de deux mois après ce drame qui a choqué tout le pays, les choses sont autrement !
Sollicitée par Week-End pour qu’elle explique son mode de prise en charge dans ce cas spécifique, pourquoi est-ce que cet enfant n’est pas en placement ailleurs qu’au domicile familial, entre autres, la CDU est restée silencieuse. La CDU, tient à rappeler une source proche de cette unité, n’est pas habilitée à retirer un enfant de son milieu sans un ordre de la cour. Cependant, à Forest-Side, on reproche à la CDU de ne pas tenir compte de la situation familiale de l’enfant. Et surtout d’avoir ignoré un appel téléphonique qui aurait pu, dit-on, éviter le crime du 12 décembre dernier.
«Deux mois auparavant nous avions téléphoné à la CDU pour lui dire que nous avions remarqué des comportements bizarres, une relation ambiguë, des choses pas normales entre l’homme poignardé et la fillette. Nous lui avons donné des détails. Toutefois, on nous a demandé de nous tourner vers la Brigade des Mineurs !»s’insurgent des personnes rencontrées. Aujourd’hui, elles affirment, avec des détails à l’appui, que la petite ainsi que ses jeunes soeurs et son frère vivent dans un cadre qui est toujours à risque.
Contactée pour une déclaration sur les conditions dans lesquelles vit sa cliente, Angélique Desvaux de Marigny, l’avocate de la jeune enfant, s’est refusée à tout commentaire. Quant à la Head de la CDU, elle est restée injoignable malgré les appels de Week-End.