La famille Mungur, habitant Lallmatie, arrive des plus péniblement à se remettre du drame ayant coûté la vie à deux enfants en bas âge et deux membres de la force policière. Pour cause, ce matin, se sont déroulées les doubles funérailles du petit Lovish Priyansing Mungur, âgé de sept mois, et de son père, le constable Chetlallsingh Mungur, 30 ans, emportés par les vagues quand leur embarcation a chaviré au lieu-dit Derrière Line dans le chenal de Grande-Rivière-Sud-Est. La mère, Lovena Mungur, 25 ans, rescapée de ce drame également avec sa fille aînée Nishika, trois ans, est déchirée entre les deux cercueils avant la levée des corps. Hier après-midi, la constable Urmilla Mewa, 25 ans, habitant le village de St-Julien, a eu tous les honneurs de la force policière pour son dernier voyage alors que son père et sa mère sont inconsolables devant cette séparation. Chez la famille Shamloll de Laventure, la colère et l’émotion régnaient lors de l’enterrement de Vagish Shamloll, âgé de quatre ans, victime de noyade lors de cette sortie à l’Ile-aux-Cerfs. En parallèle, la Major Crime Investigation Team s’est vue confier la responsabilité de cette enquête sous la supervision du Central CID et la possibilité que le skipper, Hayward Marie, soit remis en liberté provisoire bientôt. Il a participé à une reconstitution des faits ce matin sur les lieux du drame.
Cette dernière image de son époux, le constable Chetlallsingh Mungur, au plus fort du drame de mercredi en fin de journée, continue à la hanter. « Kan bato inn déviré, mo tand mo bolom kriye e dimand mwa : Nishika kote ! Nishika kote ! » Lovena Mungur se souviendra encore longtemps de cette ultime réclamation de cet époux et père attentif, qui allait disparaître dans les eaux boueuses de Grande-Rivière-Sud-Est à quelque 200 mètres du débarcadère de Deux-Frères.
Puis, Lovena Mungur se réveillera sur un lit d’hôpital à Flacq. Elle aura à ses côtés sa fille aînée Nishika. Mais point de trace de son bébé de sept mois. Dans un premier temps, pour éviter tout choc traumatique, elle a été informée que son nourrisson, qui était déjà mort, avait été admis à la Nursery. Elle ne sera confrontée à la dure réalité de perdre son époux et son bébé dans ce drame que quand les opérations de recherches ont débouché sur la récupération de la dépouille de Chetlallsingh Mungur dans les eaux de Grande-Rivière-Sud-Est, hier vers 10 heures du matin.
Depuis, Lovena Mungur est une épouse et mère désemparée. Installée entre les deux victimes avant la levée des corps ce matin, elle tente de comprendre comment son monde a basculé. L’innocence de la petite Nishika Mungur, qui n’arrive nullement à saisir ce qui s’est passé et qui ne cesse de répéter « bato inn devire dans delo » contrastait avec les émotions et déchirements des funérailles ce matin à Lallmatie. De temps à autre, la petite fille réclamait la présence de son père.
Comme cela a été le cas, hier, à St-Julien d’Hotman, des membres de la force policière, des collègues et voisins, ont tenu à rendre un dernier hommage au constable Chetlallsingh Mungur. Des politiciens, dont le leader du Parti travailliste, Navin Ramgoolam, Anil Bachoo, ou encore des parlementaires de la région, dont le ministre Roopun et les députés Dayal et Rampertab, ont également fait le déplacement. En tenue d’apparat, des membres de la force policière, avec en tête des membres de la fanfare de la police, ont ouvert la marche des funérailles. Mais l’image la plus émouvante reste le cercueil blanc de la petite Lovish Priyansing Mungur. Encore plus triste est ce dernier présent offert au bébé par son papa, une voiture de police en miniature, placée sur ce cercueil de bébé porté à bras-le-corps.
Presque au même moment où se tenaient les derniers rites funéraires de ces deux victimes du drame du chenal de Grande-Rivière-Sud-Est, des limiers de la Major Crime Investigation Team mettaient en place les derniers détails en vue de la reconstitution des faits, avec la participation du skipper, Hayward Marie, sur les lieux du drame. Dans sa déposition, il réfute les allégations au sujet du port des gilets de sauvetage par les passagers dans le bateau au départ de l’Île-aux-Cerfs. Il maintient sa version des faits initiale à l’effet que les occupants s’amusaient sur le trajet de retour, voire dansaient dans le bateau et qu’ils ne voulaient rien entendre des rappels à l’ordre jusqu’au moment du drame.
À ce matin, des indications étaient que le skipper pourrait être remis en liberté provisoire dans les meilleurs délais, soit en cette fin de semaine si la reconstitution des faits prend fin avant la fermeture du tribunal de Flacq…