Le beau-frère de la victime, inconsolable : « Soudain, nous avons vu une vague immense nous tomber dessus et je me suis retrouvé séparé de Josy »
Le skipper du trimaran, Jayson Herts, alias Jackson, placé en état d’arrestation sous une inculpation provisoire d' »involuntary homicide by imprudence »
Un nouveau drame en mer, avec pour victime une touriste française, Josy Gubert, âgée de 65 ans, et huit autres touristes blessés, dont deux graves, est survenu hier matin à la passe de l’île Plate. Cela presque trois semaines après le double drame au large de Belle-Mare au cours duquel le couple Baudron a été tué par un bateau de plaisance lors d’une plongée en apnée. Aux dires de ceux qui avaient pris place à bord du trimaran Babacool, treize touristes, principalement des Français, et le skipper, Jayson Herts, aussi connu sous le sobriquet Jackson, et son aide Rudy Johnson, pour une sortie à l’île Plate faisant partie du circuit des sorties en haute mer ans le Nord, tout s’est joué en un clin d’oeil. À peine avaient-ils été avertis de l’arrivée de cette houle sourde que le trimaran était pris par le tourbillon de vagues qui projeta cinq des occupants par-dessus bord. Ce qui donna lieu à de véritables scènes de panique parmi les touristes, pris de peur.
Le bilan est catastrophique : une victime, Josy Gubert, deux blessés qui ont dû être hélitreuillés d’urgence vers la terre ferme en raison de la gravité de leurs blessures et six ayant eu besoin de se faire soigner à la Clinique du Nord une fois le retour à Grand-Baie. Le skipper, qui a été entendu par la police, a été placé en détention policière sous une éventuelle inculpation provisoire d’involuntary homicide by imprudence. Il devra comparaître devant la Bail and Remand Court aujourd’hui.
Pourtant, au départ de Grand-Baie hier matin, rien ne présageait ce cauchemar. C’est ce qu’indique un des touristes, Roger Quemener, qui avait pris place à côté de la victime. Le programme dont le départ était à Grand-Baie à destination de l’île Plate, avec un crochet au Coin de Mire, constitue en principe une routine quotidienne pour les membres de la communauté des skippers du Nord. « Quand nous avons mis le cap sur le Coin de Mire, il faisait très beau. Rien à redire. Une belle journée en perspective », se rappelle encore ce septuagénaire encore sous l’effet du choc d’avoir perdu une proche au passage d’une vague énorme.
Mais très vite, après le passage du Coin de Mire, la situation allait changer du tout au tout, la mer devenant de plus en plus démontée. « Mais au moment d’arriver dans les parages de l’île Plate, la mer n’était plus la même. Nous commencions à craindre à la vue des houles énormes qui se profilaient. À un certain moment, le skipper a pris la décision de faire demi-tour pour rentrer. Nous avons été sommés de nous asseoir en raison du déferlement de grosses vagues. Tout d’un coup, nous avons vu une vague immense nous tomber dessus », poursuit ce rescapé alors qu’il se faisait soigner pour ses blessures.
Le plus dur de ce récit allait venir. Roger Quemener, qui est en vacances avec son épouse à Maurice depuis le 10 novembre de l’année dernière, se trouvait à côté de sa belle-soeur à bord du Babacool, appartenant à la compagnie Imagine Paradise Co. Ltd. Josy Gubert était arrivée à Maurice avec son époux pour des vacances il y a une quinzaine de jours. Les deux familles logent dans le même bloc d’appartement à Pereybère.
« Quand la montagne d’eau de mer a englouti le bateau, j’ai tenté d’accrocher ma belle-soeur pour la retenir. Mais la succession de vagues a eu raison de mes forces et nous ont séparés », raconte ce témoin, comme s’il revivait cet épisode sombre de sa vie. Vu que le Babacool a chaviré, Roger Quemener et cinq autres touristes se sont retrouvés à la         mer. Il n’y avait aucune trace de sa belle-soeur. Le seul conseil qu’a pu leur prodiguer le skipper était de nager en direction de l’île Plate et de ne pas tenter de s’agripper au trimaran
Un détail crucial qui pèsera lourd dans la balance : aucun des passagers du Babacool ne portait de gilet de sauvetage au moment de la catastrophe. Le choc allait venir une fois que le septuagénaire aura atteint la terre ferme de l’île Plate. « Quand j’ai revu Josy. C’était tard. Vraiment trop tard, elle avait déjà rendu l’âme. J’osais à peine croire que quelques secondes auparavant, nous parlions encore. J’essayais de comprendre. Mais des volontaires étaient venus à mon secours en raison de mes blessures et je la voyais étendue sur la plage et sans vie. Non ! Ce n’est pas vrai », regrette le beau-frère, qui portait des blessures aux jambes et à la tête.
Malgré la distance avec la terre ferme de Grand-Baie, les secours furent vite organisés. L’hélicoptère de la police était mis à contribution pour l’évacuation des blessés les plus touchés, soit Roger Quelener et Christiane Hey, 55 ans, séjournant au Paradise Cove Boutique Hotel, et pour le transfert dans les meilleurs délais de la dépouille de la victime au Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital. Il était 10h40.
Le National Coast Guard Post de Grand-Baie allait dépêcher un heavy duty boat et un utility boat pour faciliter les opérations d’évacuation et de remorquage du Babacool. Six autres blessés, dont deux femmes, furent dirigés d’urgence vers la Clinique du Nord pour des soins. L’enquête policière devait confirmer que le drame s’est joué à la passe de l’île Plate avec la succession de houles. Les membres de la NCG devaient prendre charge du trimaran pour les vérifications d’usage.
De son côté, le skipper Jayson Herts a été placé en état d’arrestation au poste de police de Grand-Baie en attendant le début de son interrogatoire formel sur cet événement tragique à partir d’aujourd’hui. Il devrait être présenté devant la Bail And Remand Court sous une charge provisoire d’homicide involontaire.
Dans une déclaration à la presse, l’homme de loi du skipper, Me Arassen Kallee, a avancé que son client a été contrôlé négatif à l’alcootest. « Mes services ont été retenus par l’épouse du skipper. La NCG a déjà procédé à une première vérification du bateau, des équipements et du permis. Un exercice de test d’alcoolémie effectué sur le skipper s’est révélé négatif. Selon les informations initiales, le drame s’est produit avec la venue de grosses vagues alors que le bateau se trouvait dans une passe à l’île Plate », a tenu à préciser l’avocat de Jayson Herts.
La propriétaire du trimaran, portant la matricule PC 3939 – 0L – 22, Sophie Castel, de la société Imagine Paradise Co Ltd, a été également auditionnée dans le cadre de l’enquête policière.