Cette expérience traumatisante, cette habitante de Poste-de-Flacq n’est pas prête de l’oublier. Il était environ 8 h 30, hier matin, lorsqu’elle a emprunté un sentier situé dans les parages de la route principale de sa localité, à quelques mètres de la Quincaillerie Loulou, pour aller déposer ses enfants à l’école. Elle était loin de se douter que ce matin-là, elle y aurait fait une découverte macabre. En effet, elle y a trouvé le cadavre d’un homme pendu à une branche d’arbre. Elle devait immédiatement alerter les services de police, qui n’ont pas tardé à arriver sur les lieux. La victime n’était qu’autre que Jocelyn Joseph, un pensionnaire de 65 ans domicilié à Débarcadère, Poste-de-Flacq, qui était activement recherché par la police pour tentative de meurtre.
En effet, la veille, le village de Poste-de-Flacq avait été secoué par un drame qui aurait pu s’avérer fatal à Sarah Jane Fenouille, une habitante de la localité âgée de 26 ans. Cette jeune femme, qui cumule plusieurs petits boulots, était à vélo et rentrait du travail, vers 16 h 45 jeudi, lorsqu’elle est tombée sur le sexagénaire, à une vingtaine de mètres de la Quincaillerie Loulou. Ce dernier l’avait alors aspergée d’huile de moteur avant de mettre le feu. Gravement brûlée, la jeune femme avait été conduite à l’hôpital de Flacq par un volontaire, avant d’être transférée à la Burns Unit de l’hôpital Victoria, à Candos.
Rencontrée par Le Mauricien, hier après-midi, Sarah Jane Fenouille, qui se remet lentement de ses blessures, est revenue sur les circonstances de ce drame, qui aurait pu lui coûter la vie. Au moment des faits, la jeune femme était en route pour aller récupérer sa fille unique de neuf ans.
C’est alors qu’elle est tombée sur le pensionnaire, qu’elle déclare connaître depuis son plus jeune âge. « Il s’était caché derrière un buisson et m’avait attendue car il savait que j’empruntais toujours cette route en sortant du boulot », raconte-t-elle. Ce dernier l’aurait alors agrippée par le bras et lui aurait dit « mo ena pou cause avec toi », ce à quoi elle aurait répliqué qu’elle n’avait rien à lui dire. Tous deux en seraient alors venus aux mains, après quoi la jeune femme est tombée de son vélo, entraînant le sexagénaire dans sa chute. Ce dernier, ajoute-t-elle, « tenait dans la main une bouteille en plastique qui contenait de l’huile de moteur et en avait vidé le contenu sur moi. Je me suis relevée et Jocelyn, qui était toujours à terre, a mis le feu à mes vêtements en utilisant son briquet ». Pendant qu’elle se déshabillait pour éviter que le feu se répande, son agresseur, allègue-t-elle, « s’est relevé et s’est éloigné en me disant “sa même qui mo ti ena pou dire toi” ». Son premier réflexe avait immédiatement été d’alerter son employeur, Capil Nudram chez qui elle travaillait en tant que femme de ménage. Elle lui passa un coup de fil et ce dernier n’a pas tardé à arriver sur les lieux.
D’après celui-ci soudeur de profession et domicilié dans la localité, le pensionnaire harcelait constamment la jeune femme, même lorsqu’elle se trouvait sur son lieu de travail. Il confie que mardi dernier, il lui avait même conseillé d’aller consigner une déposition au poste de police de la localité et que cette dernière avait prévu de le faire vendredi matin. « Kapav li pas ti pou souffert koumsa si li ti faire sa avant. Guette kinn fini arrive zordi », regrette-t-il. Il ajoute que « lorsque je suis arrivé sur place, Sarah Jane avait déjà enlevé son t-shirt, son jean, son blouson, et même ses sous-vêtements. Elle souffrait atrocement. Une passante habitant à quelques mètres des lieux était venue, quelques minutes plus tard, munie d’un châle pour la couvrir. Entre-temps, j’essayais de trouver un automobiliste pour qu’il la transporte à l’hôpital. Après avoir essuyé plusieurs refus, une de mes connaissances, qui passait par là, s’est portée volontaire pour l’y conduire ». La jeune femme, pour sa part, estime que le pensionnaire a tenté de la brûler parce qu’elle avait repoussé ses avances à plusieurs reprises.
Toutefois, les proches du défunt donnent une version complètement différente de la leur. Jocelyn Joseph, un contracteur à la retraite, laisse derrière lui deux fils et deux filles, qui vivaient dans la même cour. D’après un membre de sa famille, le sexagénaire et la jeune femme avaient une “idylle” qui datait d’il y a environ deux ans, soit avant le décès de son épouse, qui a succombé à un cancer il y a trois mois. Leur aventure aurait commencé lorsque l’épouse du sexagénaire est tombée malade. Jeudi après-midi, les proches du défunt ont eu vent de l’incident dont avait été victime la jeune femme après qu’une vingtaine de proches de cette dernière eurent débarqué à leur domicile.
Lorsqu’ils ont appris la terrible nouvelle de sa mort, hier matin, « sa fille s’est évanouie. Ce n’est pas facile pour ces enfants de perdre deux parents dans un laps de temps si court ». Ses proches restent tout de même choqués qu’il ait pu agresser Sarah Jane Fenouille car « il n’était pas violent. Il avait bon coeur et n’avait pas mauvais caractère. Il était très apprécié des habitants de la localité et tout le monde le surnommait “parrain” », indique une proche, « mais il est trop tard pour essayer de comprendre. Nous l’avons déjà perdu ».